La saison de la renaissance, telle l’imaginait le vice-président de l’AS Monaco, Oleg Petrov. Une saison grandiose, qui aboutirait inévitablement à une qualification pour la prochaine Ligue des Champions. Encore bien loin des sommets, l’heure est au bilan pour les hommes de la principauté, à la veille du premier match de Robert Moreno en tant qu’entraîneur.
Un commencement chaotique
© Jean-François Ottonello
Les débuts auront été tonitruants, on peut le dire. Deux rencontres de suite perdues sur le score de 3-0 face à Lyon et Metz, 3 exclusions en 3 matchs. Monaco cartonne, mais pas dans le bon sens. Après six matchs sans victoire, malgré les recrutements de Wissam Ben Yedder, Benjamin Lecomte, Ruben Aguilar et les arrivées plus tardives de Tiémoué Bakayoko et Guillermo Maripán, Leonardo Jardim se voit déjà menacé de licenciement par sa direction. Le technicien lusitanien sauvera finalement sa tête après la victoire dans le derby face à Nice (3-1) en utilisant une composition avec trois défenseurs centraux, comme lors du match nul face à Strasbourg début septembre. Le 3-5-2 qui deviendra finalement le système phare de l’entraîneur portugais pour pallier aux lacunes défensives de ses joueurs. Ces derniers étant largement favorables à l’instauration définitive de ce système.
Des résultats en trompe l’œil
On semble apprécier le chiffre 6 à Monaco. Avec avoir galéré pendant six matchs pour acquérir leur première victoire en début de saison, les hommes de la principauté sont désormais invaincus à Louis II depuis autant de rencontres. C’est plus difficile à l’extérieur avec seulement deux victoires lors des neuf matchs disputés loin de leur base. Tout semble aller mieux pour le club princier ? Et bien pas vraiment. Souvent en difficulté défensivement, Monaco s’en remet quasi exclusivement à son duo offensif Ben Yedder – Slimani. Leurs performances masquant le pauvre niveau de jeu proposé par les rouges et blancs.
Les notes :
Puisque le football est un sport de chiffre, il est l’heure de noter les 11 joueurs les plus utilisés par Leonardo Jardim lors de la phase aller :
- Benjamin Lecomte (6,5/10) : en difficulté en début de saison, l’ancien portier montpelliérain a su se reprendre et redevenir le gardien décisif qu’il était du côté de la Paillade. Gardien du palais.
- Kamil Glik (3/10) : souvent dépassé, pas aligné ni dans le timing et victime des duels, le stoppeur polonais continue sur ses bases médiocres de la saison passée. Tank rouillé.
- Gelson Martins (5/10) : ses qualités de vitesse et de dribble sont indéniables et il n’est pas avare d’efforts, mais son QI football proche de celui d’un mouton aveugle le pénalise. Courant alternatif.
- Aleksandr Golovin (6,5/10) : il nous régale par son toucher de balle et commence enfin à faire des statistiques, le joyau russe commet cependant parfois quelques fautes inutiles et a tendance à se faire réprimander par le corps arbitral. Artiste engagé.
- Wissam Ben Yedder (8,5/10) : recrue phare du mercato monégasque, l’international français n’a pas déçu, loin de là. Meilleur buteur de Ligue 1 avec 13 réalisations, il est beau, petit et fort. Elève modèle.
- Tiémoué Bakayoko (7/10) : de retour là où il a fait ses preuves, Baka a su apporter de l’impact dans un milieu qui en manquait cruellement et se faisait bouffer physiquement à chaque match. Et puis quel flow. Stabilisateur.
- Jemerson (4,5/10) : il est probablement l’un des moins mauvais défenseurs de la charnière centrale, c’est dire. Souvent à l’ouest, Blackenbauer est certes un peu rapide, mais une chose est sûre, c'est qu'il n’est pas technique. Imposteur.
- Benoît Badiashile (4/10) : on voit du potentiel mais il y a encore trop de moments d’égarement et d’oublis chez le jeune défenseur monégasque (en Coupe de la Ligue face à Lille notamment). Note peut-être sévère qui pourrait facilement doubler en seconde partie de championnat. Eclosion attendue.
- Gil Dias (5/10) : le globe-trotter monégasque semble enfin se sédentariser. Placé piston gauche, le moustachu portugais n’est ni bon ni mauvais. Il fait parfois de belles percées qui compensent ses qualités défensives plus que discutables. On ne s’attendait à rien, bah c’était pas si mal. Neutralité.
- Guillermo Maripán (5/10) : arrivé pour solidifier une défense monégasque en perdition, il est performant dans le domaine aérien mais si sa vitesse digne d’un tracteur sur la réserve ne compense pas celle de la charrette polonaise. Une opposition en sprint entre les deux serait assez divertissante. Mari-panne d’essence.
- Islam Slimani (8/10) : 8, comme le nombre de passes décisives délivrées par le buteur algérien, co-meilleur total du championnat. Personne ne l’attendait, on aurait dû. Avec en plus 6 buts au compteur, son tandem avec Ben Yedder a fait des merveilles et ses passes lasers en auront surpris plus d’un. SuperSlim.
Pour ce qui est de l'entraîneur, retrouvez un article consacré à Leonardo Jardim et aux raisons de son éviction ici.
Robert Moreno, soldat de Petrov
Elle est là, la première grande décision du vice-président monégasque. Il aura su faire entendre sa voix auprès de Dmitry Rybolovlev et évincer Leonardo Jardim, chouchou du président russe mais dont la communication en interne en faisait jaser plus d’un, à commencer par Petrov lui-même. Avec ce lien renouvelé entre la direction et les joueurs, l’objectif sera de se concentrer, enfin, uniquement sur le sportif.
Pour cela, le board monégasque a fait appel au sélectionneur éphémère de la sélection espagnole qui va occuper pour la première fois le poste d’entraîneur titulaire. Prônant le jeu de possession, comme évoqué dans son ouvrage Mi “receta” del 4-4-2, il va devoir changer totalement les habitudes des joueurs monégasques, accoutumés au fait de n’évoluer pratiquement qu’en contres. C’en sera probablement fini du système à trois défenseurs à moins d’un changement d’idéologie drastique. Mais Robert Moreno l’assure, « Je vais essayer de m'adapter au mieux ». Proche de ses joueurs, souriant et désireux d’apprendre au plus vite la langue française, les premiers pas de l’entraîneur espagnol et de son staff à la Turbie furent marqués par l’intensité des entraînements proposés.
Les infos mercato :
Difficile de faire un point sur le mercato monégasque avant que Robert Moreno n'ait fait sa revue complète de l’effectif mais on sait que Benjamin Henrichs souhaite se rendre aux RB Leipzig et que l’accord a déjà été trouvé entre le joueur et le club allemand. Monaco serait prêt à accepter 25M d’euros pour laisser partir son latéral allemand qui n’a disputé que cinq matchs cette saison. Henry Onyekuru semblerait se diriger vers la Turquie, un accord aurait été trouvé avec Galatasaray, selon Manu Lonjon, pour un prêt sans option d’achat. L’ailier nigérian pourrait enfin retrouver du temps de jeu malgré des débuts prometteurs pour le club de la principauté. Statu quo en revanche concernant la situation de Gabriel Boschilia, qui, lui non plus, n’était pas dans les petits papiers de Leonardo Jardim, au contraire de Jemerson. Le défenseur brésilien serait sur les tablettes sur Sporting Portugal selon A Bola. Le club de la capitale portugaise doit cependant attendre de dégraisser son effectif avant de formuler une offre concrète.
Si l’on sait déjà que le jeune défenseur serbe Strahinja Pavlovic rejoindra Monaco la saison prochaine, il n’y a pas vraiment de rumeurs concrètes concernant les arrivées. On peut cependant mentionner le retour de prêt du latéral gauche brésilien Jorge pour renforcer la concurrence à un poste faible de l’effectif monégasque.
Les joueurs à suivre :
Qui dit nouvel entraîneur dit redistribution des cartes. Petit pronostic des joueurs qui pourraient briller en cette seconde partie de saison.
- Keita Baldé : joker de luxe de Leonardo Jardim et titulaire lors du triomphe monégasque face à Lille (5-1), l’international sénégalais a prouvé qu’il pouvait être associé et complémentaire à l'incontournable Ben Yedder. Plus rapide qu’un Islam Slimani qui semblait marquer le coup sur la fin d’année civile, l’attaquant monégasque pourrait avoir un rôle à jouer dans l’équipe de Moreno.
- Stevan Jovetic : esthète fragile, magicien de cristal, les mots nous manquent pour définir le buteur monténégrin. De retour d’une blessure au ligament croisé du genou, contractée justement face à Reims la saison dernière, ses qualités de footballeurs sont indéniables. Si ses soucis de santé le laissent enfin tranquille, il est difficile d’imaginer qu’il puisse ne pas être important pour son nouvel entraîneur, même si la concurrence est rude à son poste. En tout cas, le staff médical de Robert Moreno a bien compris qu’il fallait en prendre soin.
Pendant ce temps, le nouveau staff monégasque a pris conscience qu'il fallait prendre extrêmement soin de Jovetić !? pic.twitter.com/XB1PEuefMx
— Pierre Caron (@PierreCaron31) January 1, 2020
- Cesc Fabregas : lui aussi sacré tripoteur de cuir, le milieu espagnol pourrait bien resurgir des tréfonds du banc et devenir le relais de son compatriote entraîneur. Doté d’un toucher de balle soyeux, l’ancien joueur d’Arsenal ne serait pas de trop dans l’équipe dominante voulue son entraîneur.
- Benoît Badiashile : le jeune défenseur formé au club adhérera t-il davantage au discours de l’ancien adjoint de Luis Enrique qu’à celui de Jardim ? En tout cas, on le sentait souvent perdu sous les ordres du technicien portugais après des débuts prometteurs dans l'équipe de Thierry Henry. Son évolution sera à observer car le potentiel du monégasque, qui a récemment prolongé son contrat, est réel.
- Ruben Aguilar : enfin décisif lors du match contre Lille avec 2 passes décisives, le latéral français joue gros en cette seconde partie de saison, avec l’Euro en ligne de mire. Il devra cependant calmer ses nerfs et éviter les exclusions qui ont pollué sa phase aller.
Un club, une ambition
Slogan de l’ASM lors de son retour en Ligue 1, Robert Moreno devra le faire revivre. Finir sur le podium sera évidemment l’objectif du technicien espagnol et l’acquisition de la Coupe de France (Monaco étant éliminé de la Coupe de la Ligue), un réel objectif. Redonner espoir aux jeunes joueurs du centre de formation, souvent snobés par Leonardo Jardim est une mission que le soldat Moreno devra remplir. Lui qui assure privilégier les meilleurs joueurs, quelque soit leur statut, sera attendu. Si le podium est encore jouable, il sera difficile d’aller chercher les marseillais. L'entraîneur espagnol ne pourra probablement viser que la troisième place, occupée actuellement par Rennes. Le gain d’une sixième coupe de France ne serait bien sûr pas de trop.
7e du championnat à 10 points de la seconde place, occupée par l’OM, le bilan de cette première partie de saison monégasque est largement insuffisant. Robert Moreno devra faire reprendre vie aux rouges et blancs, les clés sont siennes désormais. Parviendra t-il à redonner le sourire aux supporters de la diagonale ? Premier élément de réponse dès demain lors de l’entrée en lice du club de la principauté en Coupe de France, à 15h, face à Reims.
Crédit photo de couverture : @AS_Monaco