Nketiah a-t-il les épaules ?

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Ligue 1

Wright, Henry, Bergkamp, Van Persie… Le poste de n°9 d’Arsenal a vu passer des légendes, des esthètes, des joueurs qui ont marqué leur génération. C’est devenu une institution, un lieu chargé d’histoire où les attentes sont grandes. Parce qu’ils ont été habitués aux meilleurs, les supporters d’Arsenal n’acceptent que l’excellence. Actuellement, ce sont Aubameyang et Lacazette qui portent ce poids sur leurs épaules, mais l’un est vu comme un joueur de côté, et l’autre – si ce n’est les deux – sont en instance de départ.

En effet, Mikel Arteta a décidé de bouleverser la hiérarchie et de titulariser le jeune Edward Nketiah, 21 ans, à la place du Français. A chaque conférence de presse, il encense le « Baby Gunner », comme après le match contre Manchester City (3-0) : « La façon dont il a joué la nuit dernière face à ces joueurs, dans ces conditions difficiles, est extraordinaire pour son âge. Il a une forte personnalité sur le terrain, de la confiance en lui, il est puissant et se développe dans tous les secteurs du jeu. Je crois beaucoup en lui. ». Mais qu’est-ce qui fait du jeune anglais le nouveau protégé d’Arteta ?

L’enfant de Londres

Libéré de Chelsea à 16 ans à cause de sa petite taille, il termine sa formation de l’autre côté de Londres, sous la houlette d’Arsène Wenger. Celui-ci lui donnera même sa première chance en équipe première en 2017, dans un match d’Europa League contre le BATE Borisov. Petit à petit, il devient indispensable dans les équipes de jeunes, où il rencontrera Saka, Willock, et le reste des « Baby Gunners », futurs champions de PL2. Mais sous Emery, il ne parvient pas à obtenir assez de temps de jeu. Ambitieux, il ne peut se résoudre au banc et se fait prêter au Leeds de Marcelo Bielsa l’été dernier. Pourtant, la connexion ne se fera pas et « Eddie » passera la majeure partie de son prêt sur le banc. Si il affirme avoir beaucoup appris d’« El Loco », ce prêt reste un passage décevant de sa jeune carrière.

En arrivant au club à la mi-saison, Arteta décide de le rappeler, lui qui veut en faire le successeur d’Alexandre Lacazette. Et c’est chose faite puisque sur les 7 derniers matchs de PL, il en a débuté 6 (dont les matchs contre Manchester City et Wolverampton), et est rentré dans le 7ème. Lacazette n’a plus le droit qu’à quelques minutes en PL et les matchs de coupe restants.

Mais pourquoi un tel engouement pour le jeune Anglais ? Que vaut-il sur le terrain ?

Pour comprendre ce qui fait le jeu d’Eddie Nketiah, son match référence est celui contre Everton, le 23 février dernier, sûrement l’un de ses meilleurs sous le maillot d’Arsenal.

Sans ballon, un poison pour les défenses

Nketiah brille d’abord par sa capacité à maintenir un pressing constant sur les relanceurs adverses, une intensité que Lacazette n’est plus capable de maintenir sur tout un match. Contre des équipes qui n’arrivent pas à gérer cette pression, cela oblige des relances hasardeuses ou des pertes de balles qui vont lui profiter (comme contre Southampton) ainsi qu’à toute l’équipe. Mentalement, cela encourage aussi le reste de l’équipe à l’accompagner dans ce pressing, une solidarité qui avait disparu depuis longtemps à Arsenal.

 

Dans la continuité de ce point, c’est aussi un joueur qui va être extrêmement mobile lorsque son équipe a le ballon. Ce n’est pas le plus rapide, mais il va constamment attirer les défenseurs centraux adverses par ses déplacements dans la surface, laissant Aubameyang et Pépé dans des situations de 1v1. C’est notamment ce qui va se passer sur le 3ème but d’Arsenal contre Everton, où, sur un centre de Pépé seul contre Baines, il attire à la fois Mina et Holgate, laissant « Aubam’ » seul contre Sidibé dans son duel aérien.

Avoir un buteur qui pèse sur les défenses, pas par son physique mais par sa mobilité, c’est faciliter le travail d’ailiers à l’aise en 1v1 comme Aubameyang et Pépé.

Enfin, Nketiah sait aussi sortir de sa surface et participer au jeu, comme le fait très souvent Lacazette, pour venir apporter du soutien aux milieux. Selon le côté, il va se positionner dans le « half-space » correspondant, et va servir de point d’appui pour les milieux et les latéraux, tout en attirant les défenseurs adverses. Cela va créer des espaces qui permettront aux latéraux ou aux ailiers de se lancer en profondeur. Souvent, le temps de réflexion adverse suffit à trouver le joueur en profondeur.

On voit ainsi que dans son jeu sans ballon, Nketiah se rapproche beaucoup du profil d’Alexandre Lacazette, un facilitateur qui permet à ses coéquipiers de se retrouver dans les bonnes conditions, pour exploiter au mieux leurs qualités. La seule différence avec le Français, c’est qu’il n’a pas encore le bagage physique pour être aussi efficace dos au but, lorsqu’on aurait besoin qu’il protège son ballon le temps de laisser le bloc remonter.

Avec ballon, un finisseur clinique en devenir

Mais lorsqu’on regarde ce que le jeune Gunner est capable de faire avec le ballon, on voit qu’il tient autant de Lacazette que d’Aubameyang, dans ses qualités de renard des surfaces. Il sait être toujours bien placé dans la surface pour recevoir la balle et comprend ce que vont faire ses coéquipiers. Encore une fois, il va le montrer parfaitement contre Everton, sur le premier but d’Arsenal : sur une offrande de Saka, il arrive parfaitement lancé au point de penalty entre les deux défenseurs Toffees, et n’a plus qu’à ajuster un Pickford impuissant.

Ce profil de « fox in the box », il a longtemps manqué aux Gunners, qui ont eu Giroud, Lacazette, qui sont des joueurs de collectif, et Aubameyang, qui a été transformé en ailier. Comme on peut le voir sur cette « shotmap » de James Benge, presque tous ses tirs sont dans la surface, parfois très proche de la ligne de but.

Nketiah peut donc à la fois être ce facilitateur et ce finisseur, même s’il n’a pas encore les qualités de ces aînés dans les deux rôles. Il doit apprendre de ces derniers pour en devenir la symbiose.

Arteta a-t-il le luxe de lui donner ce temps d’apprentissage ?

Pour devenir un très bon buteur de PL, il ne manque donc à Nketiah que du temps. A 21 ans, c’est sa première saison en équipe première et il va pouvoir profiter des conseils d’Aubameyang et Lacazette pour parfaire son jeu. On sait notamment ses difficultés contre les blocs bas (voir le match contre Newcastle), et les équipes en 4-3-3 avec une pointe basse. Face à ces formations, il peine encore à être aussi influent que lorsqu’il peut redescendre entre les lignes. Si tout ce qu’il montre est très encourageant, il a encore besoin de passer un pallier pour qu’Arteta puisse se reposer sans crainte sur lui.

Or le temps, Arsenal n’en a que très peu. Après 3 saisons sans Champions League, Le club est petit à petit en train de s’installer dans les dernières places du Big 6. Cette saison encore, ils sont loin de la 4ème place, et vont batailler le reste de la saison avec les Wolves, Manchester United et Tottenham, pour les places européennes. Malgré la bonne forme que montrent les Gunners depuis l’arrivée d’Arteta, cela ne sera sûrement pas suffisant pour retrouver la Champions League l’année prochaine.

Alors faut-il lancer une reconstruction de l’effectif, comme Arteta le laisse entendre ? Ozil, Lacazette, Sokratis : Arteta semble vouloir se débarrasser de ses joueurs sur le déclin, pour donner sa chance à la génération dorée qui arrive de Hale End, le centre de formation du club. Après Saka, Willock et Nketiah, on attend avec impatience l’arrivée en équipe première d’Emile Swith-Rowe, Balogun, John-Jules, Ballard… Tous ont le potentiel pour devenir de grands joueurs de PL, à Mikel Arteta d’en faire des champions.

Pour ce qui est de Nketiah, il est évidemment promis à un grand avenir avec les Gunners. Devant la liste des légendes qui lui ont précédé, il pourrait être écrasé par le poids de l’Histoire, mais c’est un garçon bien entouré. Il a la confiance de son entraîneur, le soutien de ses coéquipiers, et l’amour inconditionnel des fans comme protection. Libéré de ce poids, il sillonne les terrains anglais sans crainte, avec pour objectif d’amener son équipe de l’autre côté de la Manche, pour ces fameuses nuits européennes qui ont tant manquées aux Gunners.

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