Pause Café part à la rencontre de Philippe Malige, ex arbitre professionel.

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Ligue 1

WeSportFR part à la rencontre de l’ancien arbitre Philippe Malige. De ses débuts de carrière jusqu’à ses meilleurs souvenirs, il nous en dit un petit peu plus sa passion et son métier. Pause Café vous propose un focus sur l’ex arbitre aux 250 prestations professionnelles.

 

Bonjour Philippe, merci d’avoir accepté cette interview. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Bonjour ! Je viens de Nîmes, j’y habite toujours, j’ai 51 ans et j’ai une licence en droit. J’ai été footballeur de mes 7 à 14 ans et lors de ma dernière année, j’ai décidé de me tourner vers l’arbitrage. J’ai toujours aimé le football en général, mon père était arbitre de district donc je le suivais dès qu’il allait arbitrer, j’ai donc baigné dans ce milieu tout petit. J’ai commencé à 14 ans et demi et j’ai arrêté à 45 ans, puis j’ai terminé en tant qu’observateur d’arbitre pendant 4 années.

Comment devient-on professionnel ? Quel est le cursus à suivre ?

On gravit les échelons ! On commence au niveau district, département, on essaye de se faire remarquer pour être candidat au niveau régional. Il y a des sélections pour être également candidat pour être arbitre fédéral, c’est-à-dire niveau national 2. C’est une série de classements, d’examens, de concours pour pouvoir arriver au plus haut niveau ! Quand on arrive en National 2, on est observé pour passer en National 1, puis Ligue 2 et enfin la Ligue 1. On est évalué, classé, avec des accessions et des rétrogradations comme une équipe.

 

Il y a des check-up physiques obligatoires ?

Bien entendu, il y en a à tous les niveaux, ils sont de plus en plus durs à chaque fois c’est une évidence. Pour les arbitres professionnels, ils en ont 3 par saison. Une fois au tout début pour pouvoir débuter la saison, s’ils ne réussissent pas ils doivent le repasser pour démarrer la saison, une à l’intersaison aux alentours de la trêve, et une au mois d’avril. Les tests physiques sont importants et difficiles, d’ailleurs certains arbitres ont dû mettre un terme à leur carrière prématurément parce qu’ils ne les ont pas réussis.

Pouvez-vous nous raconter votre premier match professionnel ?

Je ne me rappelle pas vraiment du premier match en national, c’est assez ancien. Par contre la ligue 2 ça devait être Châteauroux-Le Mans, c’était dans les années 2000 ou 2001, et pour la ligue 1 c’était Caen-Istres en 2004 !

Reconnaissez-vous avoir fait des erreurs ?

Oui ! Malheureusement oui, bien-sûr ! On ne s’en rend pas compte sur le moment parce qu’on prend une décision en étant sûr de soi. On peut douter par rapport à la réaction des joueurs sur l’instant T, et puis on se rend compte à la vue des images en fin de match. Il faut prendre une décision rapidement, avec la spontanéité on est parfois amené à se tromper, tout comme un joueur qui fait un mauvais choix, un avant-centre qui loupe une grosse action qui était toute faite ou alors un gardien de but qui se troue !
Ce qui est dommage c’est que dans l’opinion publique on comprend moins les erreurs d’un arbitre que celles des joueurs.

 

Avez-vous déjà été sujet aux menaces, insultes voir même de la violence ?

Menacé non, insulté oui, déjà par les supporters. Je n’ai jamais été menacé sur les réseaux sociaux, jamais de coup de fil anonyme, j’ai eu la chance de passer au travers. Jamais de violence non plus..
Pour revenir aux insultes, oui évidemment, c’est le lot qui attend tous les arbitres à n’importe quel niveau que ce soit.

 

Ces insultes des supporters, est-ce blessant pour l’arbitre ?

Non, j’ai envie de dire qu’on est habitué, c’est malheureux de dire ça mais nous sommes habitués à ça. Puis comme je vous disais on n’arrive pas dans un stade de 30.000 ou 50.000 personnes du jour au lendemain, on gravit les étapes donc on a été habitué à entendre les insultes à chaque niveau, à vivre cette pression, donc non on n’y fait pas attention, ça fait malheureusement partie du folklore.

 

Que pensez-vous de l’assistance à l’arbitrage vidéo ?

C’est une bonne chose ! Ça va apporter des solutions et des réponses sur certains cas aux arbitres, j’y suis favorable. Il ne faut pas croire que ça va être la solution miracle non plus, ça ne va pas tout solutionner ou enlever les erreurs ou les polémiques. D’ailleurs il y aura des cas qui ne seront pas sollicités par la vidéo, d’un arbitre à l’autre il y a des différences de jugements et d’appréciations.
En revanche évidemment ça coupe la spontanéité du match, la célébration et la joie du buteur, mais il faut savoir ce que l’on veut ! Il y a du pour et du contre. Ce sera utilisé sur les actions de but, les expulsions, les erreurs d’identité, les situations de penalty ! Si on se rend compte qu’il y a une erreur d’appréciation sur une touche qui engendre un but quelques minutes plus tard, l’arbitre ne fera pas appel à la vidéo là-dessus, ça c’est sûr.


Avec 250 Matchs professionnels à votre actif, quel est votre meilleur souvenir ?

C’est une question qu’on me pose souvent et c’est très compliqué d’y répondre car j’en ai tellement !
Au tout début de ma carrière, je faisais un match de Gala à Nîmes et je faisais la touche à Michel Vautrot, qui était l’arbitre numéro 1 de l’époque. A 10 minutes de la fin il m’a pris mon drapeau, m’a donné son sifflet et m’a laissé arbitrer la fin du match ! Michel Vautrot m’a fait la touche quoi… C’est quelque chose qui m’a guidé tout au long de ma carrière ! Quand on a 18 ans et qu’il y a la star de l’arbitrage qui vous fait ce cadeau, c’est beaucoup de plaisir et de fierté.
J’ai eu la chance de faire des matchs de Ligue des Champions en tant que 4eme arbitre, je faisais partie de l’équipe de Stéphane Lannoy. J’ai fait des stades comme Barcelone, Milan ou encore Munich, des finales de Coupe de France ou Coupe de la Ligue, ce sont des souvenirs qui restent. J’ai également un souvenir un peu plus particulier, j’ai été arbitrer un match de Coupe de France en Nouvelle-Calédonie, Nouméa- Fontenay Le Conte, c’était un dépaysement total et ça reste un beau souvenir de ma carrière !

 

Y a-t-il une différence physique entre un match de L1 et L2 ?

La différence est notable ! La ligue 2 est un peu plus accrochée et moins fluide, donc le ballon circule moins vite, il faut une condition physique plus importante en L1 qu’en L2 c’est sûr.
Mais le physique ne fait pas l’arbitre, c’est aussi du management, c’est la réflexion, la gestion de conflit. La pression est aussi plus importante en L1 car il y a plus de spectateurs, plus de médias.

Dans quels stades aimiez-vous aller arbitrer ?

Je ne vais pas être original mais j’aimais bien Saint-Etienne ! Lens, le parc des Princes.. Il y avait une bonne ambiance à l’époque à Marseille, mais le stade n’était pas couvert ! Je pense que si j’étais encore en activité, le nouveau Vélodrome serait dans mon trio de tête !

 

Supporter d’une équipe en particulier ?

Oui ! Le club de chez moi, Nîmes Olympique ! J’ai connu le club en ligue 1 quand j’étais plus jeune, là ils accèdent de nouveau à l’élite c’est génial, ça faisait 25 ans qu’on attendait ça ! Certains supporters n’ont même jamais connu la ligue 1

 

En France, doit-on préciser notre club de cœur quand on est arbitre ?

En Angleterre ils le font. En France, personne ne peut arbitrer un club de son département en haut niveau. Vous ne verrez jamais un parisien arbitrer le PSG par exemple, ça évite les problèmes. Etre arbitre c’est un état d’esprit, ça m’est déjà arrivé d’arbitrer le Nîmes Olympique en intersaison en amical, j’ai fait abstraction du fait que j’étais supporter ! J’ai dû prendre des décisions et même siffler un pénalty.
Mais il y a tellement de suspicions et de mauvais esprits dans le monde du football que la règle qui interdit les officiels d’arbitrer un club de la région a été mise en place.

 

Que pensez-vous de la communication autour des arbitres ?

Les arbitres sont des êtres humains, tout comme les joueurs, les supporters, les journalistes etc., donc il y a parmi eux des personnalités, des sensibilités différentes. Certains ont plus de faculté à reconnaître leurs erreurs que d’autres. Maintenant des interviews d’arbitre en activité ça n’existe pas tout simplement parce que leur communication est muselée ! Pour prendre un cas extrême, quand on voit Tony Chapron, qui a évidemment fait une erreur condamnable, et qu’on sait qu’il a eu l’interdiction de s’exprimer par sa hiérarchie tout de suite après alors qu’il le souhaitait, c’est dommage. Ca aurait pu désamorcer la situation et la tension, il aurait pu présenter ses excuses comme il le souhaitait !
Si à la fin du match on pouvait leur donner la parole pour commenter une action voire une erreur, s’ils pouvaient s’exprimer et donner une explication, ça les rendrait plus humains, plus accessibles, c’est vraiment dramatique que la hiérarchie de l’arbitrage veuille monopoliser la communication de manière aussi frileuse ! Aujourd’hui pour parler à un arbitre il faut passer par la fédération, ce qui rend la chose quasiment impossible.

 

Nous remercions Philippe Malige pour sa gentillesse et sa disponibilité ! A bientôt sur WeSportFR.

 

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