À Angers dans cette configuration en double pivot instaurée par Stéphane Moulin dès le début de saison, on pouvait s’attendre à voir la recrue Ibrahim Amadou s’installer confortablement aux côtés de Thomas Mangani. Ce n’est pas sans compter l’éclosion tardive du remplaçant de Cheick N’Doye, 3 ans après son arrivée.

À Angers, ça coince

Crédit photo : Angers SCO

Le moment où le Malien quitte Bastia pour rallier Angers coïncide avec le départ du pilier de l’équipe, Cheick N’Doye. Le joueur de 21 ans se voit attribuer la lourde tâche de remplacer l’ancien capitaine angevin. « Mais peut-être que le costume était trop grand pour lui » analyse son agent Fabien Piveteau. À l’époque, la jeune recrue n’avait sûrement pas les épaules pour s’imposer et assurer la continuité de Cheick N’Doye. Coulibaly a commencé la saison titulaire aux côtés de Santamaria bien en place depuis un an et l’irremplaçable Mangani dans l’entrejeu des Noir et Blanc. La forte concurrence ne lui permet pas de rejoindre le Onze titulaire définitivement. Moulin préfèrera les profils de Capelle ou de Fulgini en attendant un renfort à l’hiver 2018.

Pendant le mercato hivernal, le retour dans les rangs d’Angers de Prince Oniangué sous la forme d’un prêt n’arrange rien. Barré par la concurrence, Coulibaly ne joue plus. Pour un jeune joueur comme l’ancien Bastiais, les attentes sportives en terre angevine sont élevées avec l’absence de N’Doye et le montant de son transfert. Et dans ces conditions, les bonnes performances sont attendues dès les premières minutes. Le temps est primordial pour s’adapter dans une nouvelle équipe. Mais il est aussi compté pour une entité qui joue le maintien. Son avenir à Angers est compromis.

Histoire de s’acclimater

À travers les différentes étapes de sa carrière, Lassana Coulibaly a dû faire face à des périodes d’adaptation exigeantes. Dès l’adolescence, il quitte son cocon familial à Bamako pour le Ghana. À l’académie de Feyenoord, tout change pour l’actuel milieu de terrain du SCO. De la structure du centre de formation, à la barrière de la langue anglaise qu’il ne maîtrise pas à son arrivée, le tout dans un nouveau pays. À 14 ans, le changement est rude. Une fois la langue acquise, le jeune Aigle est décidé à prendre son envol. 5 ans plus tard, après avoir changé de pays, le milieu de terrain s’apprête à découvrir l’Europe et la Ligue 1.

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Repéré par son actuel agent à la West Africa Academy, il signe en prêt avec option d’achat, à Bastia. Avec Fabien Piveteau, il emprunte la même trajectoire qu’un certain Mickael Essien, d’où les comparaisons entre les deux joueurs partis du Ghana vers la Corse. Un nouveau temps d’adaptation se présente devant Coulibaly, pourtant il répond aux attentes. Le profil offensif d’un numéro 10 évolue désormais un cran plus bas en Corse, il s’installe et l’aventure continue. À peine la vingtaine, ses performances sont récompensées par Alain Giresse qui le convoque chez les Aigles du Mali dès 2016. En 2017, le Sporting descend en Ligue 2, puis administrativement en National 3. Au terme de deux saisons abouties, le milieu doit faire ses valises. Il s’envole vers l’Anjou contre 2 millions d’euros. À nouveau, Coulibaly doit s’intégrer dans un nouvel environnement.

Bloqué, il quitte Angers

Ne s’imposant pas la première saison, il décide de partir en prêt et rejoint Steven Gerrard chez les Glasgow Rangers. Ce n’est pas un aveu de faiblesse mais un peu d’impatience, le Malien veut jouer et s’impose chez l’actuel leader du championnat d’Ecosse. Il découvre la Ligue Europa et progresse sous les conseils de l’ancien de Liverpool. Glasgow ne trouve pas d’accord avec les dirigeants angevins pour le garder et s’offre finalement Glen Kamara, il retourne en France.

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À nouveau, le milieu de terrain n’arrive pas à satisfaire l’entraineur angevin. Partie remise, il repart en prêt du côté du Cercle de Bruges en Belgique. L’objectif est de continuer sur cette bonne lancée tout continuant d’évoluer. Positionné en sentinelle, Coulibaly est le pilier de l’équipe mais la saison est compliquée. Bruges se sauve miraculeusement avant que le confinement mette fin au championnat. Après deux exercices en prêt, son bilan sur le plan personnel est positif.

En revenant à Angers du Cercle, Coulibaly veut définitivement quitter le club. Seulement la vision du milieu de terrain est sur le point de basculer après un échange avec le directeur sportif, Sébastien Larcier.

« Ce n’est pas grave, moi, je veux rester »

Son retour se fait discret dans l’effectif angevin, avec une saison amochée par l’arrêt brutal des compétitions. Il reprend avec la réserve du SCO et le chemin est tout tracé. Angers va recruter un milieu de terrain au profil défensif avec le départ de Baptiste Santamaria. Et Lassana Coulibaly devrait partir en prêt pour la troisième saison consécutive ou pour de bon. L’entraineur l’avertit de l’arrivée imminente d’une recrue. Seulement, le Malien compte s’imposer, c’est aussi ça La Dalle Angevine : « Ce n’est pas grave, moi, je veux rester ». Quand un joueur ne rentre plus dans les plans du coach, il est devenu rare qu’il affronte la réalité au détriment d’un départ.

Stéphane Moulin dans les colonnes de Ouest-France : « il a un bon état d’esprit. Et ce qui va arriver, il le mérite. J’aime bien ce genre d’histoire. Quand c’est difficile comme ça pour un joueur et qu’il arrive par son travail, son investissement à s’imposer, ça se transforme en belle histoire. »

Coulibaly redistribue les cartes

Lassana Coulibaly montre cette saison à Angers un excellent volume de jeu, porté vers l’avant avec Mangani et Fulgini. Combatif, ses interceptions sont décisives. Comme à Nîmes où le temps d’hésitation de Lucas Deaux suffit au numéro 14 pour intervenir, avant de transmettre un cadeau pour Capelle en retrait. Le milieu de terrain perd très peu de ballon. Il remporte plus d’un duel sur deux sans commettre plus d’une faute par rencontre, d’après les indices Sofascore. Il est devenu un joueur complètement transformé. Ses années en prêt ont été bénéfiques. Coulibaly a progressé et est revenu avec ce que Moulin définit comme « plus de personnalité », lui qui était plutôt « neutre » auparavant.

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Malgré l’arrivée d’Ibrahim Amadou et sa période de convalescence après avoir été testé positif à la Covid, son éclosion ne faiblit pas. Lassana Coulibaly s’est quasiment imposé dans l’entrejeu du SCO. Titulaire à 14 reprises depuis le début de saison, Stéphane Moulin compte enfin sur lui depuis qu’il a franchi un cap. Les différentes expériences accumulées et la paternité l’ont fait mûrir, et l’ont amené jusqu’ici. Le chemin a été long pour Coulibaly. Mais il est enfin à la place qu’il souhaitait obtenir, avant de rêver de la prochaine Coupe du Monde avec le Mali.

Aujourd’hui Lassana Coulibaly n’est pas encore un titulaire indiscutable, par contre il est le joueur le plus constant de l’effectif, celui sur lequel on peut compter. Son contrat arrivant à son terme cette année, celui qui n’a jamais baissé les bras discute d’une prolongation avec son club. Mais la crise sanitaire qui freine les discussions, pourrait laisser Coulibaly libre de s’engager où il le souhaite.

 

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