Football

Pourquoi le football féminin est une institution aux USA ?

S’il y a une image qui restera gravée dans les mémoires et s’imposera d vitam aeternam comme un symbole du succès du football chez les femmes aux Etats-Unis, c’est celle de Brandi Chastain à l’issue de la Coupe du monde 1999 jouée à domicile: en soutien-gorge noir, tombant à genoux en hurlant sa joie après avoir marqué un penalty décisif qui scellait la victoire de l'équipe américaine. Depuis, plus rien ne sera comme avant. Même si ce sacre n’était pas le premier, il sera celui qui fera entrer cette discipline dans une autre envergure. Pourquoi le soccer a-t-il plus de succès chez les femmes que chez les hommes au pays de la bannière étoilée ? On vous dit tout. 

A l’origine des racines du succès ?

 

En 1972, une loi baptisée Title IX est votée et interdit la discrimination sur la base du sexe dans les programmes éducatifs financés par l'État fédéral. A partir de là, la plupart des sports pratiqués aux Etats-Unis ont reçu une onde de choc. L’impact fut immédiat et surtout gigantesque. Jusqu’à la mise en vigueur de la présente disposition, les facultés comptaient bien plus d'équipes masculines, notamment de football américain, que de féminines et, les étudiants mâles avaient nettement plus de chances d'obtenir une bourse sportive. Une fois votée, Title IX oblige d'un coup les universités à offrir le même nombre de bourses et les mêmes avantages aux athlètes femmes. Ce qui crée un dilemme pour obtenir la parité. Le football américain est l'un des sports qui rapportent le plus et recrute beaucoup d'athlètes. Or, son équivalence n’existe pas chez les femmes, ce sport étant séculaire au pays.  Au niveau des autres disciplines comme le volley ou le basket, les équipes féminines ont peu sinon pas d’envergure, pas de compétitivité ni de vrais challenges. Le choix du soccer devenait logique et légitime. Les universités mettent par conséquent le paquet sur le foot féminin qui a l'avantage d'appâter et surtout d’engager beaucoup de joueuses et de coûter peu cher en termes d'infrastructures. Dans le même temps, les parents, toujours à l'affût de moyens d'obtenir des bourses universitaires pour leurs enfants, se mettent à pousser leurs filles à s'enrôler dans ce sport. Le nombre de participantes se développe très vite. En 1991, on compte 120 000 lycéennes qui jouent au foot, 250 000 en 1999 et 375 000 en 2015, selon les chiffres du site Fivethirtyeight. Aujourd'hui, on estime que bien plus de deux millions de filles tous âges confondus sont adeptes du ballon rond, et, bien évidemment,  c'est l'un des sports féminins les plus populaires aux États-Unis.

Que dire du parallèle avec les hommes ?

Si les Américaines dominent autant le foot international et semblent tellement souveraines, c'est parce qu’elles ont pris de l'avance et bénéficié d'une quasi-absence de concurrence. Il y a quelques années encore, le foot féminin était quasi inexistant ailleurs. Il a en effet été interdit en Grande-Bretagne et en Allemagne pour une bonne moitié du XXe siècle avant un nivellement des valeurs beaucoup plus tard. La belle preuve, à la première Coupe du monde féminine en 1991, il y avait seulement douze équipes. Outre leur sacre sur cette édition de lancement, les joueuses américaines soulèveront trois autres fois le précieux sésame notamment en 1999, en 2015 et 2019. Sacrées à plusieurs reprises à la Coupe du monde, elles le seront également aux Jeux Olympiques sur quatre éditions aussi : 1996, 2004, 2008, 2012 ; toutes choses qui expliquent la popularité indicible désormais apprivoisée par les athlètes. A titre illustratif, la finale en 2015 contre le Japon a été vue par près de 23 millions de téléspectateurs américains, un record absolu pour un match de foot. En comparaison, seuls 17,3 millions ont regardé la finale de la Coupe du monde masculine de 2014 et 11,8 millions celle de 2018. Ce n'est pas étonnant car l'équipe masculine des USA ne brille guère. Elle n'a par exemple pas réussi à se qualifier pour la Coupe du monde en 2018 et n'a jamais dépassé les quarts de finale depuis 1930. Elle attire aussi moins de spectateurs dans les stades et, donc, moins de revenus. La comparaison est donc chimérique puisque le fossé est abyssal.

Un succès qui n’empêche pas une « discrimination sexuelle institutionnalisée »

 

Malgré ce faste et toutes ces heures de gloire qu’elle a acquises au fil des années, l'équipe féminine est bien moins traitée que ses homologues masculins et fait l'objet, selon elle, d'une discrimination flagrante à tous les niveaux : dans les traitements médicaux, les entraîneurs, les stades où elles jouent, les transports pour se rendre aux rencontres, les ressources consacrées à la promotion des matches… Sans oublier l’épineuse et non moins incontournable question des salaires. Même s’il peut sembler inopportun de comparer les émoluments dévolus aux deux sexes, les contrats ou autres accords de sponsoring étant de diverses moutures, il y a lieu de se poser des questions et de s’émouvoir. D'après le texte d'une plainte déposée il y a quelques années, les joueuses pouvaient gagner lors de 20 rencontres amicales un maximum de 4 950 dollars par match gagné, alors que les hommes, à prestations égales, empochaient 13 166 dollars.

Entre-temps, les lignes vont un peu bouger. En 2015, l'équipe féminine a réussi à imposer de ne plus jouer sur du gazon artificiel, une surface sur laquelle les hommes refusaient de jouer. En 2017, elle a négocié une convention collective de 5 ans avec la fédération qui lui octroie une hausse de salaire et des primes, améliore les conditions de déplacement et les revenus sur le marketing… Cependant, le fossé est toujours présent et les rémunérations des joueuses restent toujours en deçà de celles de leurs homologues masculins. Trois mois avant la Coupe du monde féminine en France en 2019, les 28 membres de l'équipe nationale ont frappé un grand coup. Elles ont intenté un procès contre leur fédération pour « discrimination sexuelle institutionnalisée » mais la montagne n’accouchera que d’une chenille. En mai 2020, la Team USA sera déboutée à titre provisoire par la justice, les conventions collectives du droit de travail obligent. Plus tard, à la fin de la même année, toujours dans le cadre du jugement de cette affaire, la Fédération américaine de football a accepté d’adopter et d’appliquer plusieurs politiques en faveur des footballeuses prévoyant des ressources de vols nolisés, des chambres d’hôtel, des sites de jeu, des surfaces de terrain et des services de soutien égaux à ceux de l’équipe masculine.

Un œil sur le parcours et l’aura dans le monde du sport des athlètes comme Megan Rapinoe et Alex Morgan permet de se rendre compte à suffisance de la place de plus en plus grandissante sur la planète sportive du football féminin. Une évidence désormais !


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