Les chiffres font d’elles la sprinteuse la plus titrée de tous les temps. Et pourtant, Shelly-Ann Frazer-Pryce n’est pas américaine: elle est bien jamaïcaine.
Un exemple de persévérance,
‘’Il n'y a rien de mal à être forte”, cette pensée qui vient de l’athlète elle-même illustre combien de fois l’endurance et l’âpreté dont elle fait preuve pour établir des performances étincelantes sur les pistes, elle en fait montre également dans la vie de tous les jours. La belle preuve, au début de sa carrière, peu croyaient en elle. Elle a donc dû défier les lois du pessimisme et les vents contraires du négationnisme pour devenir l’insubmersible championne tant adulée aujourd’hui. Un regard dans le rétroviseur avec comme point d’encrage ses provenances illustrent à suffisance la force de caractère dont l’athlète de 35 ans presque est une incarnation sémillante.
‘’Je viens d'un quartier défavorisé de Kingston, où la plupart des gens ne réussissent pas, mais moi, j'ai réussi !”, raconte-elle. “Je veux juste qu'on se souvienne de moi comme d'une personne intrépide, résiliente et forte”.
Des débuts plus que prometteurs,
Née le 27 décembre 1986 à Kingston, capitale de la Jamaïque, Shelly-Ann Fraser Pryce fait ses premières armes dans le même club d’athlétisme qu’une autre future icône du sprint jamaïcain : un certain Asafa Powell. Très vite, elle se distingue par de redoutables qualités de performeuse. Il n’en fallait plus pour qu’elle intègre aussi vite qu’elle est venue le cercle des tous meilleurs du ‘’Yard’’. Et c’est à juste titre qu’à seulement 20 ans, elle participe aux mondiaux d’Osaka en 2007. Une première participation à une joute internationale couronnée d’emblée par une médaille d’argent au relai 4x100m avec la Jamaïque. Performance minimaliste et que collective pourrait-on conclure hâtivement mais ce n’était que le début de l’odyssée. Une levée de rideau avant le clou du spectacle.
Les Jeux Olympiques, sa chasse gardée,
C’est un soir estival de 2008 à Pékin pour des JO qui resteront dans les mémoires que Shelly-Ann écrit les premières salves de sa légende et de sa glorieuse.
En devenant la première jamaïcaine à remporter l’or olympique sur 100m, elle réalise une première d’éclat et se hisse sur le toit du monde. A partir de là, plus rien ne va l’arrêter. Celle qui désormais se sait attendue et qui au passage acquit une aura planétaire mettra un point d’honneur à creuser le fossé entre les autres. Le sombre épisode de 2010 (reconnue coupable de prise de produits dopants) qui va tant que faire se peut écorner son image aux yeux du monde et freiner un élan parti pour voltiger à mille à l’heure n’y changera rien. Elle reviendra plus forte et plus que jamais revancharde.
Comme si le temps n’avait pas eu sur elle quelque emprise ce soit, elle renoue son idylle avec les Olympiades à Londres pour un 2e titre en or sur 100m. Elle devra cependant se contenter de l’argent sur 200m derrière la fusée Allyson Félix. Quatre ans plus tard à Rio. Nouveau coup d’arrêt ou du moins, nouvelle grisaille. La championne ne termine que 3e sur la distance reine avec un chrono de 10’’86 bien loin des 10’’75 réalisés à Pékin. Soit. D’aucuns pouvaient imaginer qu’à 34 ans, elle n’aurait plus la même hargne et la même hardiesse qui ont lui permis de glaner tant de titres sur son parcours pour bien figurer à Tokyo mais avec Fraser-Pryce, le ciel a toujours été la limite.
Après une grosse pause maternité qui aurait pu éteindre en elle la flamme de la victoire et émoussé ses ardeurs, celle qui n’a pas volé le titre de meilleur sprinteuse de tous les temps va encore éclabousser cette édition japonaise de son immense talent. Même si elle repart de Tokyo orpheline de médaille sur 100m, elle va tout de même non sans brio composter l’argent sur 100m et l’or sur le 4×100, une première. Ce qui en fait l’une des athlètes que les JO ont le plus couronnée.
Une histoire d’amour encore plus fusionnelle avec les mondiaux,
Si les JO restent un gîte où la native de Kingston s’épanouit pleinement, les mondiaux d’athlétisme l’aiguillonnent et l’encensent encore plus. Pour preuve, elle y remporta neuf titres dont quatre en or sur 100m. Un exploit pas encore égalé à date. A toutes fins utiles, à Moscou en 2013 et à Pékin en 2015 elle s’adjugera toutes les médailles sur toutes les distances sur lesquelles, elle prendra départ. Doha 2019 ne dérobera pas à ce qui était devenu une règle. Ce malgré deux bonnes années loin des starters et de la ligne d’arrivée. Deux ans qui ont consacré la venue au monde de son fils Zyon. D’un centième sur la distance, elle échouera au pied de son record personnel apprivoisant au passage son quatrième titre mondial.
La reine des premières,
C’était écrit. Un peu comme ces prévisions qui quoiqu’aléatoires revêtent une part de cartésianisme, ‘’Mommy Rocket’’ mettra encore plus l’histoire à ses pieds ce 5 juin 2021.
En devenant la deuxième meilleure performeuse de tous les temps sur 100m lors du meeting Olympic Destiny, elle est désormais la seule athlète encore vivante qui a couru le plus vite sur la distance reine. L’américaine Florence Griffith-Joyner, décédée et sur laquelle pèsent encore de forts soupçons de dopage, avait couru sur la même distance en 10’’49 en 1998.
Un peu comme un symbole, c’est à Kingston sa terre natale que Shelly-Ann se fera le plaisir d’entrer définitivement au panthéon avec un temps monumental 10’’63. Un exploit retentissant qui n’a pas laissé de marbre son ancienne challenger et ex-détentrice du deuxième meilleur temps de l’histoire, l’américaine Carmelia Jeter (10’’64 en 2009).
« Je sais à quel point c'est mérité (…) Tu es officiellement la femme la plus rapide encore en vie »
Carmelita Jeter
Fraser-Pryce devient la 2e performeuse de tous les temps devant l'Américaine Carmelita Jeter (10.64 en 2009), qui l'a immédiatement félicitée. «Je sais à quel point c'est mérité. Tu es revenue après avoir donné naissance à un enfant et montré au monde à quel point tu es talentueuse et passionnée. Tu es officiellement la femme la plus rapide encore en vie», a tweeté Jeter, athlète retraitée.
Seule athlète de l’histoire à avoir remporté deux fois l’or aux JO et quatre fois aux mondiaux d’athlétisme sur 100m devant les sprinteuses américaines connues pour être les éternelles lumières de la distance. L’on est en droit d’en déduire que les USA auraient signé de suite si l’athlète jamaïcaine optait pour la bannière étoilée. Et que dire de sa longévité dans un monde où la constance et le règne sur le long terme sont devenus une perle rare encore plus pour le pays de l’Oncle Sam.
Déjà icônique sur la piste, Shelly-Ann l’est également dans la vie puisqu’elle consacre du temps aux œuvres de charité, étant d'ailleurs ambassadrice de l'Unicef où elle milite en faveur de meilleures conditions pour les accouchements en Jamaïque et pour de meilleures informations sur l'allaitement maternel. Il est de notoriété publique que les hommages les plus vibrants se déclament davantage à titre posthume. Et c’est peut-être dans le cas d’espèce que l’athlétisme d’hier et celui d’aujourd’hui touchera véritablement du doigt dans quelle proportion Fraser-Pryce a laissé des traces indélébiles et inoxydables sur ce sport.