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WWE Hall of Fame 2021 : Hogan, Nash, Hall, Waltman… Quand la nWo révolutionna le catch

À l’occasion de la cérémonie du Hall of Fame 2021, We Sport a décidé de faire les portraits de chaque nouvel intronisé. Précédemment, nous vous avons présenté les Bella Twins. Nous continuons donc la série de la classe 2020 avec quatre des membres principaux de la nWo : Hulk Hogan, Kevin Nash, Scott Hall et Sean Waltman.

Le 7 juillet 1996 est une date à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire du catch. Ce jour-là naissait la nWo (New World Order), un groupe composé à cette époque de Scott Hall, Kevin Nash et Hulk Hogan. Si les retournements de veste et de situation sont désormais légion dans ce divertissement sportif, cette décision marque un tournant qui permettra à la discipline, mais également à l’un de ses plus grands protagonistes Hulk Hogan, de se réinventer. À cette époque, la légende rouge et jaune s’approche de ses 43 ans, et son personnage s’épuise. Le discours du Hulkster ne passe plus, le public a vieilli, surtout mûri, et n’est plus réceptif à la parole du héros d’une Amérique patriote, prônant la bonne conduite et recommandant aux enfants vitamines et prières pour devenir le citoyen parfait. Mais Hulk Hogan a surtout changé de maison. Fini la WWF (renommée WWE au début en 2002), le visage du catch américain décide en 1994 de rejoindre la concurrence, et la WCW. Cette dernière fut fondée par Ted Turner, à la tête de l’empire Warner Bros, qui vit d’un bon oeil l’arrivée de la tête de gondole de la fédération de Vince McMahon, en situation de quasi-monopole jusque là. Problème, les fans de la WCW ne partagent pas totalement cette opinion, cherchant justement à fuir le produit WWF. Hulk Hogan était alors l’incarnation même de cette dernière, une incompatibilité qui nécessita une réaction.

HOGAN TOURNE LE DOS AUX FANS, SÉISME DANS LE MONDE DU CATCH

La première étape majeure qui mènera à la création de la nWo remonte au 27 mai 1996, lorsque Scott Hall intervient par surprise dans l’émission Nitro en tant que Razor Ramon, le personnage qui l’a fait connaître à la WWF. Dans une époque où les réseaux sociaux et la multitude de sites spécialisés n’existaient pas, la surprise est totale dans les gradins, d’autant que l’ancien champion intercontinental laisse entendre qu’une invasion attend la WCW et que celle-ci pourrait être menée au nom de la WWE et Vince McMahon lui même. Un premier coup de tonnerre qui incitera ce dernier à intenter une action en justice, affirmant que la WCW utilisait sa propriété intellectuelle et tentait de tromper les téléspectateurs. Scott Hall est en réalité libre de tout contrat depuis une semaine, tout comme Kevin Nash qui rejoindra son ami dans les jours qui suivent. Interrogé en exclusivité par We Sport lors du Paris Manga & Sci-Fi Show 2019, Kevin Nash nous avait expliqué que cette onde de choc pour les fans était l’une des premières raisons du succès de la nWo : « Je pense que les étoiles étaient parfaitement alignées. Scott est arrivé et jamais dans l’histoire du catch, deux tops-stars d’une fédération sont parties pour en rejoindre une autre à dix jours d’intervalle. Scott est arrivé et a dit qu’un grand ami à lui allait arriver la semaine d’après, et vous connaissez la suite. » « La foule avait l'impression que Diesel et Razor Ramon de la WWE allaient chez Turner pour prendre le contrôle de leur programme. Et puis quand Hulk s'est joint à eux, vous n'auriez pas pu avoir une meilleure situation. Vous aviez deux gars de premier plan, et puis vous aviez le visage de la WWE qui s’ajoutait », ajoutera-t-il à ESPN il y a quelques mois.

La trahison de Hulk Hogan envers ses fans marquera en effet le coup de grâce. Alors que Nash et Hall affrontaient Lex Luger et “Macho ManRandy Savage à Bash at the Beach 96, The Hulkster intervient à la fin du combat, et rejoint l’équipe des Outsiders pour former la nWo. En quelques minutes, Hulk Hogan mit fin à quinze années d’une Hulkamania qui a permis au catch de se développer à l’international. Le héros qui renversa André le Géant à WrestleMania III et apparaît dans les dessins animés diffusés le samedi matin dans les foyers américains se met à tourner le dos à ses supporters et à les comparer aux ordures que ces derniers jettent sur le ring. « Toute cette merde dans ce ring représente ces fans ici, lâchera-t-il sous des hués intempestives à Bash at the Beach 96. Pendant deux ans, brother ! Pendant deux ans, j'ai gardé la tête haute. J'ai tout fait pour les œuvres de charité. J'ai tout fait pour les enfants. Et la réception que j'ai eue quand je suis venu ici… Vous pouvez vous faire foutre les fans. »

« CE SERA SOIT LA PLUS GRANDE CHOSE QUI SOIT JAMAIS ARRIVÉE À MA CARRIÈRE, SOIT MA CARRIÈRE EST TERMINÉE »

Hulk Hogan disposant d’un contrôle créatif total pour son personnage, la rumeur dit qu’Eric Bischoff, président de la WCW et tête pensante de la nWo derrière puis devant les caméras, avait fait de Sting son plan B au cas où son premier choix décidait de faire marche arrière à l’ultime moment. Mais le leader de la Hulkamania avait senti le vent tourner comme il l’expliquait au quotidien américain Orlando Sentinel en 2018 : « Les fans n'encourageaient plus aussi fort. C’était un peu comme regarder la même rediffusion ou la même émission de télévision encore et encore et encore et encore et encore et encore. Déchirez le maillot, laissez tomber la jambe, blabla. » Malgré tout, la proposition d’Eric Bischoff était loin de le séduire au préalable : « J'ai dit :  “Je ne sais pas, mec, je suis un lutteur solo et je n'aime pas vraiment les équipes”. Ce sera soit la plus grande chose qui soit jamais arrivée à ma carrière, soit ma carrière est terminée. Mais quand Hall et Nash sont entrés, je les ai regardés les deux premières semaines et je me suis dit, “oh mec, je ne veux pas manquer ça.” »

Un pari audacieux, voire suicidaire, puisque même si Hulk Hogan n’avait pas permis jusqu’à maintenant à la WCW de détrôner la WWF, sa notoriété et son impact sur le merchandising servaient malgré tout à la fédération de tirer profit. Coup de poker gagnant. Avec cet angle inspiré du Japon, survenu à la NJPW au début de l’année 1996, la WCW parvient enfin à remporter la guerre des audiences du lundi soir avec la WWE. Avec son émission hebdomadaire Nitro, la compagnie de Ted Turner double celle de son rival RAW du 17 juin 1996 au 6 avril 1998, un véritable tremblement de terre dans le monde du catch, mais également dans le paysage audiovisuel américain. Une période durant laquelle la nWo sera au centre de tous les shows. Le groupe se met alors à recruter de nouveaux membres avec Ted DiBiase, ancien “Million Dollar Man” de la WWF, The Giant (connu sous le nom de Big Show à la WWE et Paul Wight à l’AEW) et Sean Waltman, s'appelant Syxx à la WCW puisqu’il sera le sixième protagoniste du groupe, futur intronisé au Hall of Fame de la WWE au côté du trio fondateur.

COMMENT LA NWO A RÉVOLUTION LA WCW… ET LA WWE

Interrogé par ESPN sur le Nouvel Ordre Mondial, Kevin Nash estime que la nWo a aidé la WCW, mais également la WWE de McMahon, et de surcroît le catch dans son ensemble. Alors que Nitro tentait de réunir un public plus adulte grâce à sa nouvelle bande rebelle, charismatique et sans limites, RAW a été contraint de réagir, donnant naissance à l’Attitude Era, et l’éclosion de “Stone Cold” Steve Austin et The Rock. « La nWo était en quelque sorte l'épicentre de cette Attitude Era. C’était le point de départ, et cela a changé la façon de penser de Vince. Nous avons construit la fusée Saturn, nous l'avons mise sur le pas de tir, et Vince est venu nous donner le coup d’envoi », confie-t-il. Un constat réaliste, puisqu’à cette époque, la WWF n’était en direct que toutes les trois semaines, proposant des émissions préenregistrées le reste du temps. Un concept usé, tout comme son contenu, lorsque la WCW renouvelle le genre avec sa nWo. La WWE a donc dû faire preuve de créativité et dépoussiérer son vestiaire. Outre Austin et le Rock, Shawn Michaels, Bret Hart, Mick Foley ou encore Triple H parviendront à tirer leur épingle du jeu. Vince McMahon n’aura de toute manière pas le choix, puisqu’une grande partie de ses stars rejoindront le navire WCW.

Avec ce renouvellement, la WWF cherche à être aussi branchée que la WCW. La nWo a permis au catch de redevenir à la mode auprès des adolescents et des jeunes adultes. Au début des années 1990, l’industrie du catch peine à retrouver son aura d’antan et les scandales liés aux stéroïdes n’arrangent pas son image. La frontière entre réalité et fiction est mince depuis qu’Hulk Hogan a lâché ses habits jaunes et rouges pour devenir Hollywood Hogan, un homme tout de noir vêtu au discours crû et sans langue de bois. Les programmes d’Eric Bischoff sont si réalistes que la violente attaque de Kevin Nash contre Rey Mysterio en 1996 incitera certains téléspectateurs à appeler les forces de l’ordre pour signaler une agression. Avec son logo épuré immédiatement reconnaissable qui permet à quiconque l’affichant de développer un sentiment d’appartenance, les sons de guitare signés Jimi Hendrix accompagnant son entrée et son attitude désinvolte, la nWo entre tout simplement dans la pop culture et bouleverse les codes du catch. Il est désormais bon d’être méchant, comme le Joker ou Dark Vador dans les sagas Batman et Star Wars.

À cette époque, impossible de ne pas croiser dans les rues une personne arborant fièrement les couleurs de la faction. Le point culminant de cette incroyable popularité sera atteint lorsque Dennis Rodman, la star des Chicago Bulls et coéquipier de Michael Jordan, rejoindra lui aussi le groupe d’Hogan. Rodman ira même jusqu’à annuler un entraînement pendant les finales de la NBA en 1998 pour apparaître avec la nWo à WCW Monday Nitro, puis monter sur le ring au côté d’Hogan pour affronter Diamond Dallas Page et une autre star de la NBA, Karl Malone. De quoi accentuer la crédibilité du groupe dans les médias sportifs et généralistes. Jay Leno, hôte de The Tonight Show, désormais présenté par Jimmy Fallon, sera de son côté l’un des adversaires de la nWo.

Les Monday Night Wars réuniront jusqu’à plus de 10 millions de téléspectateurs chaque lundi aux États-Unis, un phénomène de société dont la nWo est à l’origine. L’accumulation de membres (jusqu’à trente !), la division du clan en plusieurs groupes distincts (nWo Hollywood, nWo Wolfpac, nWo 2000), et les décisions hasardeuses, voire désastreuses, auront finalement raison d’une nWo ayant eu la folie des grandeurs. La WWE reprendra la tête des audiences en avril 1998, jusqu’à la disparition de la WCW au début de 2001, lorsque McMahon rachètera la fédération. La WCW était devenue si dépendante de la nWo qu'elle en est arrivée à un point où la seule réponse de la compagnie à toute baisse d'audience était de chercher à refaire la nWo sous une forme ou une autre. En vain, de quoi précipiter sa fin. La nWo sera alors impliquée dans un scénario d’invasion à la WWE sans grande réussite, servant néanmoins à mettre en place un match de rêve entre Hulk Hogan et The Rock à WrestleMania 18, avant d’être officiellement dissoute en 2002. Mais comme la Hulkamania, la nWo ne mourra jamais.

LA NWO, MYTHIQUE POUR LA VIE

Les médias mainstream américains s’accordent encore à dire aujourd’hui que le groupe fondé par Eric Bischoff en coulisse, et incarné par Hulk Hogan à l’écran, a permis au catch de redevenir socialement acceptable, loin des stéréotypes persistants encore aujourd’hui qui entourent cette discipline. Il faut dire que l’héritage de la nWo est toujours présent. Dans le catch bien évidemment, où le logo reste fièrement affiché dans les gradins des shows, sur les pancartes et les maillots, encore sources de revenus pour la WWE de nos jours. L’influence du groupe est également très importante dans le contenu des spectacles. The Undisputed Era a rapidement été associé à la nWo, Kyle O’Reilly s’inspirant notamment d’Hulk Hogan et de son entrée « air guitar » avec sa ceinture de champion. La TNA tentera pour sa part de créer sa propre nWo en 2010, nommée Immortal, avec le Hulkster à la manoeuvre et un Jeff Hardy tournant le dos à ses fans, un remake du scénario de 1996 qui prendra l’eau. Mais le descendant direct du Nouvel Ordre restera le Bullet Club. Le groupe aux couleurs blanches et noires connaît un succès similaire, grâce à Finn Balor, AJ Styles, Kenny Omega ou encore Adam Cole, sans pour autant dépasser les barrières du catch comme leurs aînés. Les membres de cette nouvelle faction partagent l’attitude mais également les gestes et mimiques de la nWo, et notamment le cultissime Too Sweet. Une inspiration dont sont fiers les membres de la bande d’Hogan. « Je suis un grand fan du Bullet Club, avouait Sean Waltman à Sport Illustrated en 2017. Je suis flatté qu'ils se soient inspirés de nous. Ils ont pris notre recette, comme les Young Bucks et le signe ‘Too Sweet', mais ils sont aussi distinctement le Bullet Club. »

 

Kendall Jenner

Kendall Jenner arborant un t-shirt de la nWo Wolfpac (Photo : WWE.com/AP Images)

L’impact de la nWo est également resté présent dans la culture populaire contemporaine. Aziz Ansari, humoriste américain présent dans la sitcom Parks and Recreation, a participé en 2017 au Tonight Show avec un pull de la nWo Wolfpac, tandis que Kendall Jenner est apparue à un défilé de la Fashion Week à New York la même année avec un maillot rouge et noir du groupe. Ces derniers jours, c’est lors d’un épisode de la série Marvel WandaVision que certains spectateurs y ont vu un clin d'œil pour la nWo, avec la diffusion du titre Voodoo Child de Jimi Hendrix, incitant notamment un média à faire un parallèle entre le personnage de Wanda Maximoff et Hulk Hogan. À quelques jours de son entrée officielle dans le Hall of Fame de la WWE et de son 25ème anniversaire, la nWo a tenu sa promesse initiale, révolutionner le catch et entrer dans l’histoire, pour la vie (4 Life).

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(IMAGE PRINCIPALE : WWE)
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