Jusqu’à fin janvier, avant d’embrayer sur une nouvelle saison de Formule 1, la rédaction Sports Mécaniques va tirer les conclusions de cette saison 2020 très palpitante. De Williams à Mercedes, plusieurs mondes d’écart existent, avec des ambitions totalement différentes. Il est temps pour chaque écurie d’être passée au crible, afin de voir ce qui a pêché, ce qui a été bien réalisé, ce qui aurait pu être mieux fait. Aujourd’hui c’est au tour de Racing Point, qui a enfin gagné un GP cette année, d'être analysée dans les moindres détails !

Racing Point, quel tour de force ! (4e, 195 points)

Coup d'oeil dans le rétro

L'année dernière, Racing Point avait connu une saison mitigée pour la première sous son nouveau nom. Le rachat par Lawrence Stroll avait un peu traîné en longueur, en plus des affaires de son ancien propriétaire Vijay Mallya. 7e au championnat du Monde, nous avions presque l'impression que l'écurie n'était pas à sa place, derrière Renault et Toro Rosso. À l'intersaison, les liaisons la concernant avec Mercedes rehaussaient la côte de l'écurie détenue désormais par le Canadien. L'avenir allait nous donner raison.

Le résumé de la saison

Après des essais hivernaux convaincants, l'écurie Racing Point était désormais attendue au tournant. Grâce aux pièces fournies par Mercedes, qui créèrent la discorde avec Renault, la voiture rose semblait avancer beaucoup, beaucoup plus vite que l'année passée. Les premières courses le confirmèrent d'emblée. La voiture, similaire en de nombreux points à la W10, permettait à Pérez et Stroll de se qualifier sur la deuxième ligne en Hongrie notamment. Avant cela, en Autriche, Pérez avait dû abandonner, tandis que la Styrie s'était mal passée sous la pluie.

Lors de la première partie de saison, c'est finalement Stroll qui a permis à l'équipe d'augmenter son capital point. Pérez, touché par la Covid-19, a laissé son baquet au revenant Hülkenberg. À Monza, Stroll signait un superbe podium, permettant de gagner des points sur McLaren. En seconde partie de saison, Pérez retrouvait ses pleines mesures. Même si RP pensait enfin décrocher sa première victoire en Turquie, la monoplace de Stroll coulait au fur et à mesure, après avoir décroché la pole dans des conditions dantesques. À Bahreïn, l'écurie prenait sa revanche, Pérez triomphait enfin en Formule 1, quelques jours après avoir été annoncé dehors, remplacé par Vettel. Stroll, 3e, parachevait le spectacle. RP signait là le meilleur résultat de la structure depuis 1998, et le doublé de Jordan (Hill et Ralf Schumacher) à Spa.

Trois pilotes à la faim de loup

Sergio Pérez (4e, 125 points)

C’est un Pérez différent de celui de début d’année qui a conclu cette année 2020. En début de saison, Pérez était bien installé chez Racing Point, avec un joli contrat, mais toujours aucune victoire. Les temps ont bien changé. Sur le banc deux GP à cause de la covid, remplacé par Hülkenberg, Pérez a su s’accrocher, ne rien lâcher. Déçu à Bahreïn, alors qu’il avait l’occasion de marquer de gros points, il a pris sa revanche la semaine d’après, triomphant enfin d’un GP. Avant cela, il avait été dominé en terme de résultat pur jusqu’en Turquie, où il avait signé un solide podium, pourtant dans l’ombre de son coéquipier en qualifs.

Pour sa meilleure saison, Pérez aura enfin montré toute l’étendue de son talon, sa gestion parfaite des pneus (comme Hamilton) et sa science de la course. Les stratégies établies en course ont souvent été payantes, son association avec Red Bull l’an prochain risque de faire très mal.

Lance Stroll (11e, 75 points)

La saison de Stroll n’est pas si mauvaise en soit. Mais son classement, derrière notamment Gasly, Norris et Leclerc fait que l’on aurait pu attendre bien mieux du Canadien. Bine que sorti définitivement de l’ombre du « fils à papa », Stroll a encore beaucoup de choses à apprendre. Inconstant, il a souvent fini très loin de son coéquipier (4 places derrière en moyenne en qualifs, 10-4 pour leur duel). Alors que Pérez se surpassait à chaque GP, le numéro 18 ne se contentait que de coups d’éclat, comme en Turquie, auteur d’une superbe pole. À Monza, il aurait pu croire en ses chances de victoire un peu plus, son second restart le condamnant.

Stroll est un pilote frustrant, mais qui n’a que 22 ans. On le sait, il est capable de fulgurances, mais aussi de courses loupées. Pour l’avenir, il va falloir travailler dessus, surtout si Aston Martin voit les choses en grand.

Nico Hülkenberg (15e, 10 points)

Tout le monde de la F1 était derrière lui, ou presque, pour le soutenir dans sa quête de podium. Malheureusement, cela n’arriva pas. En plein Juillet, l’Allemand était rappelé par RP après que Pérez soit out pour le week-end. Vandoorne et Gutierrez étaient écartés, faisant place nette à l’ancien de la maison. Lors du GP de Grande-Bretagne, il ne prend part qu’à la 3e séance d’EL, mais la conclut à seulement 3 dixièmes de Stroll. Il ne prend cependant pas le départ, victime d’un incident technique. Lors du GP suivant, il humilie Stroll en qualifications (3e, 3,5 dixièmes devant son coéquipier). En course, le soufflet retombe, mais Hulk glane 6 points. Enfin, il remplace Stroll cette fois-ci en Allemagne, où il termine 8e après être parti dernier.

Coup d’éclat / Coup de blues

  • Le GP de Sakhir, avec 40 points marqués
  • Le GP suivant, le GP d’Abu Dhabi. Avec 1 point contre 18 marqués par McLaren, RP laisse filer la 3e place constructeurs.

Le point statistique

  • 2, comme le nombre de saisons réalisées sous le nom Racing Point. L’année prochaine, le vert anglais fera sûrement son apparition, sous le nom d’Aston Martin F1.
  • 189, comme le nombre de GP qu’il a fallu à Pérez avant qu’il ne s’impose en F1.
  • 3, comme me nombre de GP disputés cette année par Hülkenberg, intérimaire de luxe. Il a marqué plus de points que Alfa Roméo, Grosjean et Williams réunis.
  • 7, comme le nombre d’abandons cette année
  • 4, comme le nombre de podiums cette année

Racing Point, pour sa seconde saison sous cette appellation, a montré qu’il allait falloir désormais compter sur elle. Non loin de Red Bull parfois, à la lutte toute l’année avec McLaren, il y a fort à parier que sous le nom Aston Martin, les podiums pleuvent. L’année prochaine, l’expérience du quadruple champion du monde Sebastian Vettel sera un atout majeur pour l’écurie, en espérant que Stroll devienne encore plus régulier.