Le pilote français de l'écurie Sodicars Racing, Philippe Boutron, a frôlé le drame ce jeudi à Djeddah en Arabie Saoudite suite à l'explosion de son véhicule. Un engin explosif aurait causé ce violent accident, deux jours avant le début du Rallye-raid Dakar. Opérée de très graves blessures aux jambes, la victime a été rapatriée en urgence sur le sol français à l'hôpital militaire de Clamart. La piste terroriste est sérieusement pointée du doigt. 

Comme chaque début d'année depuis environ dix ans, Philippe Boutron comptait s'offrir des vacances dans le désert. Environ trois semaines pour oublier un quotidien plus que chargé en France avec sa présidence du club de football de l'US Orléans. Ou encore sa grosse fonction dans le monde de la grosse distribution puisqu'il est propriétaire de plusieurs enseignes Leclerc dans le Loiret. Il avait participé à la dernière édition africaine du Dakar en 2007, c'était dans la capitale sénégalaise. Depuis, Philippe Boutron s'était rendu six fois en Amérique du Sud (Argentine, Chili, Pérou). Lui et son co-pilote, Mayeul Barbet, ont d'ailleurs terminé à la 35ème et 33ème place lors des éditions 2020 et 2021 en Arabie Saoudite. Malheureusement, le pilote français de 61 ans n'a pas pu s'aligner sur la ligne de départ de l'édition 2022

Philippe Boutron et Mayeul Barbet dans leur véhicule Sodicars Racing
Philippe Boutron et Mayeul Barbet dans leur véhicule Sodicars Racing. Crédits photo : sodicarsracing.fr

Explosion sous le siège conducteur de Philippe Boutron

Présent à Djeddah avec les membres de son écurie Sodicars Racing, Philippe Boutron s'apprêtait à prendre le départ du Rallye-raid Dakar ce samedi 1er janvier 2022. La première étape longue de 614 kilomètres partant de Djeddah pour une arrivée à Haïl. Mais tout a basculé deux jours avant suite à une explosion dramatique qui a eu lieu hors-course alors que lui et des membres de son équipe rejoignaient leur hôtel dans un véhicule d'assistance. En effet, celui qui allait participé à son neuvième Dakar était au volant du véhicule de son écurie au moment des faits. Cet habitacle servant d'habitude à transporter des mécaniciens et du personnel d'assistance. D'après les dégâts causés sur le véhicule, l'engin explosif déclencheur aurait été placé sous le siège du conducteur, provoquant donc un trou sous le siège concerné. Et donc les très graves blessures aux jambes de Philippe Boutron. Les autres passagers sont indemnes.

Contacté par France Bleu Orléans ce lundi, Richard Gonzalez, le patron de l'écurie Sodicars Racing s'est confié sur les causes de cette explosion. “Au moment de l'explosion, ils ont crû que quelque chose avait tapé dans leur voiture, mais il y avait un impact important sous le châssis de la voiture. C'est bien une charge qu'il y avait sous le longeron de la voiture qui a pété. J'étais sur place, j'ai les photos, j'ai tout vu, c'est bien un acte volontaire, il n'y a aucun doute là-dessus ! Les chairs sont abîmées, ce n'est ni coupé ni brûlé, mais il y avait beaucoup d'éclats dans les jambes. De le savoir en France auprès de sa famille, c'est une bonne chose.”

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Philippe Boutron bientôt amputé des deux jambes ?

Philippe Boutron a enfin été rapatrié sur le territoire français près de cinq jours après cette terrible explosion survenue à Djeddah. La ville saoudienne étant le lieu de départ et d'arrivée du Rallye-raid Dakar cette année. Très gravement blessé aux jambes, le président de l'US Orléans est actuellement pris en charge à l'hôpital d'instruction des armées Percy, à Clamart. Il a été transféré en urgence dans un avion médicalisé après des heures d'opération subies dans un hôpital militaire à Djeddah. Voici ce que rapportait l'un de ses proches d'après Le Parisien. “Il ne va pas bien du tout. Il n’a pas été simplement blessé au mollet comme on l’a dit au début. En fin de compte, il a été gravement brûlé et déchiqueté au niveau des membres inférieurs. Nous avons très peur que les médecins soient obligés de l’amputer de ses deux jambes.”

Philippe Boutron aurait même été placé sous coma artificiel d'après Marie-France Estenave, attachée de presse de Sodicars Racing. Si le ministère de l'Intérieur saoudien nie la piste terroriste, les proches du pilotes et ses coéquipiers de l'écurie basée en Gironde affirment tout l'inverse. La sécurité a d'ailleurs été renforcée autour du mythique évènement automobile à la suite de cette explosion. L'organisateur du Rallye-raid Dakar, ASO (Amaury Sport Organisation) a annoncé que les investigations étaient toujours en cours.

“Il y avait une bombe dans le longeron du véhicule, sous le pédalier”

Si à l'heure actuelle les autorités saoudiennes déclarent qu'il s'agit bien d'un accident, ce n'est pas le cas de l'équipe et des proches de Philippe Boutron. Son ami, Joël Pally, était présent avec lui au moment de l'explosion. Ce dernier a livré un témoignage glaçant à La République du Centre, principal média à Orléans. “On rentrait à l'hôtel. Et, au lieu de prendre un taxi, on est monté dans le camion. C'était festif, ça blaguait. On n'a rien vu venir. J'étais juste derrière PhilippeEt puis il y a eu un grand boum. Un grand bruit qui vous transperce. Un truc incroyable… Tu comptes tes jambes, tes bras… Sur l'instant, tu penses que tu as été touché. Tu regardes si tu es entier.”

Son ami a par ailleurs réagi concernant l'état de santé de Philippe Boutron et ses lourdes blessures qui commençaient déjà à se montrer au moment de l'explosion. “On est sorti très vite, sauf Philippe. Alors, on l'a sorti, avant de l'allonger sur la chaussée. Le camion commençait à brûler. Son co-pilote (Mayeul Barbet) a réagi de manière incroyable en lui faisant des garrots. Philippe perdait beaucoup de sang. Il a des plaies importantes qu'il faut maintenant nettoyer.” Pour Joël Pally, il n'y a aucun doutes, il ne s'agit pas d'un accident mais bel et bien d'un acte terroriste, criminel. “Appelez cela comme vous voulez, mais c'est bien un acte malveillant. Un engin explosif a été posé là.” 

Mayeul Barbet et Philippe Boutron
Mayeul Barbet et Philippe Boutron. Crédits photo : sodicarsracing.fr

Un argument partagé par son attachée de presse, Marie-France Estenave. “Il faut dire la vérité. C'était un attentat, et pas un accident comme essaient de le soutenir les autorités saoudiennes. Il y avait une bombe dans le longeron du véhicule, sous le pédalier.”

Appel à la vigilance du Ministère français des affaires étrangères

Via son site internet, le Ministère français des affaires étrangères a tenu à rappeler à la prudence les voyageurs en Arabie Saoudite. “Une enquête des autorités saoudiennes est en cours pour déterminer les causes de cette explosion. L’hypothèse d’un acte criminel n’est pas écartée. La menace terroriste persiste en Arabie Saoudite. Il convient de faire preuve d’une vigilance maximale dans la vie quotidienne, notamment lors des déplacements.” 

Historiquement parlant, la France a déjà été victime de deux attaques sur le sol saoudien lors des derniers mois. La première en octobre 2020 où un vigile du consulat de France avait été blessé au couteau. L'autre a eu lieu quelques jours plus tard, le 11 novembre, dans un cimetière lors d’une cérémonie commémorative. Une grenade a été jetée et avait blessé quatre personnes. Le point commun entre l'explosion du véhicule que conduisait Philippe Boutron et ces deux dernières attaques ? Elles ont toutes les trois eu lieu à Djeddah, deuxième plus grande ville et capitale économique du pays.

Si aucune conclusion n'a encore été rendue, la piste terroriste semble prendre beaucoup d'ampleur. L'organisateur du Dakar, ASO, n'exclut aucune piste contrairement aux autorités saoudiennes qui restent sur l'hypothèse de l'accident. Le parquet antiterroriste français attend de nouvelles investigations. S'il s'agit bien d'un acte malveillant, cela ferait beaucoup parler sur le plan politique entre les deux nations. 

 

Crédits photo : sodicarsracing.fr