Troubadours des courts, amoureux de la balle jaune, sachants de l’univers tennistique, sortez les violoncelles et sonnez unanimement du cor pour le tsar. Le futur nouveau roi du tennis mondial : Daniil Medvedev.

Le caractère et l’ambition dignes d’un tsar,

En plein 3e tour de l’US Open 2019, alors qu’il était hué par le public new-yorkais contre Feliciano Lopez, le géant d’1m98 lâchait sans coup férir : ‘’Plus vous me sifflez, plus vous me donnez de l’énergie pour la suite’’. Oui. Daniil Medevedev a le sang chaud, une sécrétion peut-être inéluctable pour se forger des ambitions dantesques et se donner les moyens de les dompter voire de les banaliser. En tout cas, propulsé de la 20e à la 4e place après une mémorable année 2019 ponctuée par le sacre à Cincinnati et à Shanghai en Masters 1000, une première finale en Grand Chelem (US Open et la perte du gain de la partie face à Nadal en cinq sets), le natif de Moscou avait depuis lors entamé une marche royale. Comme des vases communicants, c’est auréolé de son rang de 4e meilleur joueur au monde au classement ATP que Medvedev acheva l’année 2020 engrangeant dans son escarcelle le Rolex Paris Masters et le Master de Londres. L’éclair avant le génie. A cheval entre 2020 et 2021, il engrangera une impressionnante série de 20 victoires dont 12 face à des Top-10 y compris les esthètes : Nadal et Djokovic. Ombre au tableau dans ce fabuleux périple destiné à le hisser dans sur le toit du monde, un cuisant revers face au même Djoko en finale de l’US Open. Qu’à cela ne tienne. Désormais, le podium du classement ATP était sa gibecière. Il venait de l’intégrer que déjà, il se prenait à loucher explicitement sur la place de numéro. Pour le russe, être numéro 3, c’est bien mais ça n’est pas le pinacle, l’aboutissement ultime, le graal absolu. Et lui, n’est pas né pour rester cantonné aux seconds rôles. Il a la hargne, le talent, le mental et le jeu pour siéger à la première loge et en faire son gîte favori.
‘’Je ne sais pas si je deviendrai numéro 1 dans ma vie ou pas. Mais je vais faire de mon mieux à l’entraînement et sur le terrain pour essayer de prendre le plus de points et, à un moment, devenir numéro 1. Mon ambition a toujours été de donner tout ce que je pouvais et de voir jusqu’où ça pouvait me mener’’.

Roland-Garros, le sésame qui échappe au plus français des russes,

A 18 ans, Daniil Medvedev quitte sa Russie natale et s’installe à Cannes pour ses débuts en pro. Formé par Jean-René Lisnard, il intègre par la suite le staff de Gilles Cervara son coach depuis tant d’années maintenant. Cela fait aujourd’hui plus de cinq ans qu’il habite à Monte-Carlo. Mieux, il n’est pas moins un piètre locuteur de langue de Molière. C’est dire que le numéro 2 mondial est le plus frenchie des russes mais il n’en renie pas pour autant ses origines. ‘’Je dis toujours que j’ai un caractère et une mentalité russe. J’ai beaucoup de respect pour la France, c’est grâce à un entraîneur français et une éducation au tennis en France que je suis devenu un grand joueur. Toute mon équipe est française, ils savent comment bien travailler et ce qu’il faut faire pour arriver au top. Mais je suis quand-même très russe. Dès que je reviens à Moscou, je me dis que c’est la maison’’. Toutefois, cette revendication plus que légitime de la sève ‘tsarienne’ n’édulcore ou n’élude pas pour autant une tâche noire qui s’impose comme une grisaille dans la marche triomphaliste de Medvedev. L’actuel numéro 2 à l’ATP n’avait jamais jusqu’à l’édition 2021 remporté un match à Roland-Garros. Après quatre participations morbides et infructueuses, la 5e sera la bonne avec à la clé un quart de finale perdu contre le grec Stéfanos Tsitsipas. Il peut donc désormais viser plus haut pour enfin écrire une ligne dorée sur les pages de la Porte d’Auteuil. Il se le doit à lui-même et au pays qui l’a outillé et dans lequel il a fignolé son art.

Mars 2021, une entrée par la grande porte de l’histoire,

La nouvelle est tombée comme un tremblement de terre. Sur l’échelle de Richter, magnitude 6.0, la place de numéro 2 mondial acquise par le poulain de Gilles Cervara ce dimanche 14 mars 2021 a secoué le microcosme tennistique et ébranlé maintes certitudes et cisaillé une hiérarchie devenue traditionnelle depuis moult ans. Ce jour-là, en battant Pierre-Hugues Herbert en finale de l’Open 13 Provence en trois sets , compostant au passage le 10e trophée de sa carrière, le russe de 25 ans a mis fin à une hégémonie historique, vieille de 15 ans et au cours de laquelle , la domination du ‘Big Four’ aux deux premières places mondiales avait été sans partage. Le dernier à s’être incrusté dans ce cercle devenu très fermé, c’était Lleyon Hewitt devenu numéro 2 mondial à l’été 2005. Amazing. En effet depuis le 25 juillet 2005, les deux premières places du classement ATP avaient été ainsi trustées par quatre joueurs : Federer, Nadal, Djokovic et Murray. C’est dire que Daniil Medvedev n’est pas venu en villégiature ou en visite touristique. Et cela démontre à suffisance tout le potentiel du garçon et surtout les ambitions grandiloquentes qui sont les siennes et, la hardiesse dont il se pare pour ne pas faire de ses rêves de numéro 1 une aspiration pieuse ou vaseuse.

Plus que jamais sphinx de la NextGen?

Avec les fins de carrières de Roger Federer, Rafael Nadal voire de Novak Djokovic qui s’amoncellent à pas de géants, on ne parlera plus NextGen puisque cette génération qualifiée d’après est déjà en train de prendre le pouvoir et de goûter à la saveur du trône. Cela est d’autant plus vrai pour Daniil Medvedev plus que jamais incontestable fer de lance de la génération née après 1995. A lui seul, le numéro 2 mondial a déjà disputé autant de finales que tous ses petits camarades réunis. Et comme si cela ne suffisait pas, il est le seul à date à être allé jusqu’à la consécration finale en s’offrant au passage le scalpe de sa majesté Novak Djokovic. Ce dernier est d’ailleurs l’un des plus expansifs en termes d’ode au profit du francophile moscovite dont la montée en puissance le laisse terriblement admiratif.
‘’ Il n’y a pas de faille dans son jeu. Il a un gros service, il bouge très bien pour sa taille. Son coup droit et son revers sont très solides. Coup droit en mouvement, ou à mi-court, il a beaucoup progressé là-dessus. Il vous fait jouer, encore et toujours. Sa défense et sa couverture de terrain sont fantastiques. Il est devenu aussi beaucoup plus agressif, n’hésite plus à venir finir au filet. C’est un joueur complet, toujours en train d’essayer de maximiser son potentiel.’’ Déclarait-il le 07 novembre dernier.
Si le ‘’Nole’’ se montre aussi encenseur envers son désormais principal challenger, c’est parce qu’à maints égards, il y a du Djokovic chez Medvedev. Mieux, si cette ‘’grande rivalité’’ qui se meut entre les deux hommes est savourée avec appétence par le serbe, c’est parce qu’elle lui sert de boost, d’adrénaline et surtout de source indicible de motivation pour ne pas dormir sur ses lauriers et continuer sa conquête de l’histoire; conquête dont il ne se lassera point tant qu’il n’aura pas creusé l’écart en terme de grands chelems remportés devant ses rivaux éternels : Nadal et Federer.
Il n’y a rien d’attentoire pour un compétiteur de l’acabit du natif de Belgrade d’avoir le ressenti qu’en face, il n’y a personne capable de tenir la concurrence et de rendre à l’esprit de compétition ses lettres de noblesse et ça, ‘l’ours de Moscou le lui rend bien’. ‘’Daniil se rapproche de la place de numéro 1. Je suis sûr qu’il l’atteindra et quand ce sera le cas, ce sera amplement mérité, parce qu’il est le leader de cette génération. Puis, c’est un gars intelligent et un mec bien’’. Vibrant hommage.

 

 

 

 

 

Medvedev, c’est 14 titres à son actif dont 4 en Master Series pour 9 finales perdues. On peut à juste titre déjà le professer et le clamer avec enthousiasme. Le tennis mondial aura d’ici-là un nouveau roi et si le principal intéressé continue sur sa lancée actuelle, peut-être qu’il ne tutoiera pas la cime de ces illustres devanciers mais il gravera dans le marbre qu’un athlète de la balle jaune venu de Russie a marqué son temps et rendu immortel son nom.