Éric Sikora : “Je n’ai aucun regret d’avoir fait toute ma carrière au RC Lens !”

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Ligue 1

Enfant du Racing, champion 1998, joueur emblématique des « Sang et Or », Éric Sikora nous fait l’honneur de répondre à nos questions. De son premier match en 1985 jusqu’à la session de cécifoot du racing, Cap’tain Siko, comme les supporters l’ont surnommé, revient avec nous sur les temps forts de sa carrière !

 

Le Racing Club de Lens vient de fêter les 20 ans du titre de Champion de France. Acceptez-vous votre titre de Légende du club ?

 

Pour ma part oui, un peu plus que les autres, dans le sens où j’ai fait l’intégralité de ma carrière là-bas. Je suis arrivé en 1981, j’ai fait mon premier match à 17 ans et demi, donc en 1998 j’étais déjà là depuis plusieurs années. L’identité du maillot a fait que j’ai cette étiquette de « Légende » même si le mot est fort. On a fait quelque chose d’extraordinaire pour le club, on a marqué l’histoire du Racing, mais « Légende » c’est un peu fort, sauf pour les supporters.

 

Selon vous, comment le Racing a évolué depuis 1998 ?

 

Quand vous gagnez un titre de champion de France, on veut toujours aller plus loin. L’année d’après on remporte la Coupe de la Ligue, donc forcément l’attente est énorme ! Il faut gagner toujours plus, niveau effectif on a besoin de joueurs plus expérimentés.

Le football reste un sport, malgré les bons joueurs il peut se produire un accident et c’est ce qu’il s’est passé ! C’est toujours compliqué de s’en remettre. Quand j’ai commencé en tant que professionnel en 1985 on est descendu en ligue 2, Gervais Martel est arrivé un peu après, le chantier était énorme, il a remis les choses en place, il nous a amené sur le chemin du titre de champion, de la Coupe de la Ligue, à faire une demi-finale de coupe UEFA, deux participations à la Champion’s League.

Après une descente en ligue 2, la suite est très très très compliquée.

 

N’avez-vous jamais eu l’envie de quitter le club ?

 

J’ai eu des opportunités oui. Au niveau sportif, aucune offre ne semblait plus être plus intéressante que Lens bien qu’en 1998 j’en ai eu d’un club français et deux clubs étrangers, rien n’a abouti. Pour l’un des clubs étrangers, j’étais parti pour signer dans ce club mythique anglais, mais je suis revenu à Lens, une histoire d’agent a empêché le transfert malheureusement. J’ai ressenti beaucoup de déception mais je n’ai pas de regrets même si j’aurais pu franchir des paliers dans ma carrière.

Je suis rentré à Lens et on a remporté la coupe de la Ligue, j’ai fait ma reconversion au club, j’ai entraîné l’équipe première. Je n’ai aucun regret d’avoir fait toute ma carrière au RC Lens.

 

Le soir de vos adieux à Bollaert était un moment chargé d’émotions, quel était votre état d’esprit à ce moment-là ?

 

J’ai eu le droit à deux départs (rires). Je devais terminer ma carrière en 2003, il y a donc eu une « fête », puis j’ai joué une année supplémentaire, le vrai départ à eu lieu à l’issu de cette saison. Le début du match face à Bastia, vous sentez qu’il y a des choses qui se préparent mais vous ne savez pas vraiment quoi, puis vous sortez pour l’échauffement et vous voyez ce tifo .. C’est des frissons. Pendant le match on est concentré, en plus on jouait la qualification pour les Intertoto, mais c’est surtout à la sortie que tout se joue.. Le coach m’a fait sortir un peu avant, les joueurs du Racing et de l’équipe adverse qui viennent vous saluer, tout s’arrête à ce moment-là, vous comprenez que c’est fini. Quand vous avez passé votre vie dans le foot, vous ne savez pas ce qu’il vous attend après, à ce moment-là c’est compliqué. J’ai fait un tour de terrain, j’ai récupéré un nombre incalculable d’écharpes, de drapeaux, c’est un moment marquant de ma carrière.

 

 

Vous avez connu les matchs européens, le titre de champion, mais quel est votre plus beau souvenir ?

 

Il y en a deux. Mon premier match pro. Je me souviens, c’est mon père qui m’avait conduit sur le parking de Bollaert pour prendre le bus, on partait la veille. Premier match à Sochaux, on gagne 3-1, je suis à l’origine d’un but, on se dit à cet instant que c’est bien parti pour durer, qu’il faudra être constant et sérieux.

Puis le deuxième, le match du titre en 1998. C’est un moment remplit d’émotions, une expérience de groupe avec les joueurs, le staff et les dirigeants. Comme je vous le disais j’ai commencé en 1985, on est en 1998, il s’est passé énormément de temps entre ces deux périodes, c’est l’aboutissement d’un travail.

 

Une anecdote de vestiaire ?

 

Sur le dernier match à Auxerre, on doit faire le match nul pour remporter le titre ! Metz en concurrence reçoit Lyon et mène à la mi-temps, nous on perdait 1-0. On est rentré au vestiaire mais il n’y avait pas de panique de la part des joueurs ou même de l’entraîneur, on était sûr qu’on allait revenir au score, vraiment on n’avait aucun doute là-dessus ! Et c’est ce que nous a offert Yoann Lachor avec son but. La force et la sérénité du groupe a fait qu’on soit champion ce soir-là, on ne pouvait pas avoir galéré toute la saison pour se rater au dernier match.

 

Vous avez vu beaucoup de joueurs défiler dans vos rangs de CFA, lesquels vous ont le plus impressionnés ?

 

J’ai eu la chance d’être adjoint d’Éric Assadourian en U19, et d’avoir pu entraîner un certain Raphael Varane. On le suit et on est heureux de ce qu’il fait. Il y a eu Serge Aurier, Thorgan Hazard, Geoffrey Kondogbia.. Avec les U17 j’ai eu Jean-Philippe Gbamin, Baptiste Guillaume, Madiani, Plumain etc, on a pu voir de bons joueurs passer ! Certains ont réussi, d’autres pas ou moins bien parce qu’à un moment il y a eu un choix de carrière de fait, certains ont préféré écouter les agents plutôt que les coachs.. Le centre deformation de Lens est réputé, on le voit encore aujourd’hui avec Bianda, le travail est bien fait au niveau des jeunes.

 

En parlant des jeunes de formation, un amendement devrait voir le jour, allongeant leur contrat initial de 3 à 5 années. Qu’en pensez-vous ?

 

Je n’ai pas trop suivi cette histoire, j’ai mis un peu le football de côté. A mon époque c’était 4 + 1. De toute façon aujourd’hui les contrats, ça ne veut plus rien dire.


En aout 2017, vous êtes nommé à la tête de l’équipe première, succédant à Alain Casanova. Vous récupérez une équipe qui vient d’enchaîner 4 défaites, pourquoi avoir accepté ce challenge qui s’annonçait compliqué ?

 

J’ai passé mes diplômes de BEPF pour justement pouvoir entraîner les pros. On a fait appel à moi, je ne me voyais pas refuser même si je savais qu’il y aurait forcément des difficultés. Quand vous reprenez une équipe en cours de saison c’est qu’il y avait un problème, que les résultats n’étaient pas bons. C’est mon club, je ne me voyais pas refuser.

 

Comment était le groupe ? Avez-vous du faire des changements radicaux ?

 

Je récupère l’équipe un dimanche, et on jouait déjà le mardi à Lorient pour la Coupe de la Ligue. Vous n’avez pas le temps de préparer quoi que ce soit, on perd 3-2, ensuite on va à Orléans, c’est compliqué de faire quelque chose avec groupe à ce moment-là si rapidement. Il fallait changer les techniques, d’un entraîneur à un autre c’est diffèrent, je ne critique pas le jeu d’Alain Casanova, on ne fonctionnait pas pareil il a donc fallu changer tout ça et laisser un temps d’adaptation aux joueurs. On a eu une bonne cohésion de groupe jusque décembre, on avait réussi à se replacer, mais on a eu une saison très compliquée sur le plan sportif et extra sportif.

 

Plusieurs joueurs ont été écarté du groupe. Je pense à Lendric, Lemos, Tasoulis. Quelle est la raison de ce choix tactique ?

 

Quand je suis arrivé le mercato était fait, j’ai fait un état des lieux et pour moi ces joueurs-là n’avaient pas le niveau pour jouer au club. Il y avait meilleur qu’eux, ce n’est qu’un choix de coach. Je leur ai expliqué qu’ils n’allaient pas jouer, ils ont eu l’opportunité de quitter le club au mercato et c’est ce qu’ils ont fait tout naturellement.

 

Un petit mot sur la section cécifoot du Racing Club de Lens ?

 

Je suis parrain de la section depuis quelques années déjà, Michaël Derensy m’a demandé de devenir parrain de la section, j’ai accepté tout naturellement. Je vais les voir à l’entraînement, je les suis dans les tournois !

Un contrat a été signé avec le club, c’est une très bonne chose pour eux car ils bénéficient des équipements et on parle un peu plus d’eux, c’est vraiment une bonne chose de parler de ces gens qui le méritent énormément. J’ai essayé de jouer avec eux, je peux vous dire que c’est très compliqué ! Ce ne sont pas les mêmes sensations, au niveau des repères, c’est plus facile pour eux que pour nous je pense, c’est une question d’habitude mais je vous avoue que j’étais complètement perdu (rires) ! Ils sont capables de réaliser de grandes choses, c’est impressionnant, on se demande comment ils peuvent faire !

 

Un immense merci à Éric Sikora pour cet entretien exclusif, pour sa gentillesse et sa disponibilité. 

Bonne continuation à lui.

 



crédit photo Une : Ouest-France

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