Supporter : un statut plus très gay

Football – Edito d’un supporter désenchanté

Il devient de plus en plus difficile d’aimer vivre le football comme supporter dans un stade en France. Ce n’est pas un billet d’humeur, ce n’est pas non plus un billet de mauvaise humeur. C’est un récit désenchanté.

Quand on est né, comme moi, à la fin des années 80 début des années 90 et qu’on est supporter de football, on est tombé en religion un soir de juillet 1998. Il faisait beau, il faisait chaud, la France était championne du monde, tout le monde s’aimait.

Notre génération a eu la chance de naitre dans une France pour laquelle aimer le foot cessait d’être traité par le mépris au mieux, ou de manière suspicieuse le plus souvent. La méfiance en France pour le sport et pour tout ce qui touche au corps en général n’est pas nouvelle. On ne rappellera jamais assez ces paroles de Renaud, chanteur énervant :

Femme je t’aime parce que
Lorsque le sport devient la guerre
Y’a pas de gonzesses, ou si peu
Dans les hordes des supporters
Ces fanatiques fous furieux
Abreuvés de haine et de bière
Défiant les crétins en bleu
Insultant les salauds en vert
Y’a pas de gonzesses hooligans
Imbéciles et meurtrières
Y’en a pas, même en Grande-Bretagne
À part, bien sûr, Madame Thatcher

Amour à mort

Depuis le milieu des années 2000, force est de constater que le supporter est devenu pour les autorités un problème. A raison d’abord quand il s’est agi de trouver des solutions concrètes aux problèmes de sécurité que posaient des matchs de football en France : des biens publics détruits à l’issue de matchs entre Marseille et Paris ; des bastons programmées sur des aires d’autoroutes entre factions d’archis-ultras ; des émeutes contre les forces de l’ordre à l’issue d’un match de Coupe d’Europe raté. Bilan : un mort.

Ces problèmes ont trouvé des solutions, par exemple dans ce que l’on a appelé « le Plan Leproux » et un ensemble d’interdictions administratives de réunions, de présences au stade etc. Le péché originel.

Le contraire de la démocratie

Depuis, et alors que ces dispositions auraient dû mettre fin – ou du moins enrayer sérieusement le problème réel des violences aux abords des stades, on n’a plus cessé de limiter la liberté des supporters. Interdiction des fumigènes dans les stades, ils sont autorisés partout ailleurs sur le territoire ; interdiction de l’alcool dans les stades, pas dans les loges on ne voudrait pas faire fuir le bourgeois ; interdiction administrative de déplacement de groupes de supporters dans des stades adversaires, la liberté de circuler est une liberté inscrite dans la Déclaration des Droits de l’Homme.

On se fait aujourd’hui une raison, on trouve des explications. On a tort. On a tort d’admettre qu’une entité administrative, en l’occurrence le préfet donc le Ministère de l’Intérieur donc l’État, puisse unilatéralement interdire à un groupe de personnes de circuler librement et d’assister à une manifestation sportive. Pas de procès, pas de contradiction, la seule décision d’un homme et d’un arrêté y suffit : le contraire de la démocratie.

Ligophobie

Aujourd’hui, les supporters et le football – joueurs, dirigeants, clubs, diffuseurs, doivent porter de nouvelles tares : l’homophobie et la misogynie. Ou leur présomption. Il était à parier que la crispation et bientôt la furie autour des thèmes identitaires et de genres devaient également contaminer le football, comme Philipp Roth devinait dans « La Tache » qu’elle contaminerait tout. Les joueuses sont moins payées que les hommes ? Misogynie, #MeToo, culpabilisation et victimisation ; jamais on ne peut envisager que les revenus des joueuses soient en rapport avec l’argent généré par la pratique, c’est-à-dire loin du football masculin. Des supporters chantent « La Ligue on t’encule » ? Homophobie, #MenAreTrash, culpabilisation et victimisation ; jamais on ne peut envisager que ce soit une insulte parfaitement stupide, mais simplement une insulte, ligophobe à la limite, mais qu’on peine à lier à l’homophobie. A moins de considérer que son Président est homosexuel et que par métonymie il ait été visé par cette insulte – manque de bol c’est une femme et hétérosexuelle à notre connaissance.

“Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement”

Je suis supporter, je suis suiveur du football ; j’aime penser que je connais deux ou trois aux choses au football, à son jeu, à ses règles. Je n’ai jamais considéré que ça puisse être un problème pour la société et mes contemporains. Comme les procédés qui visent à faire de comportements marginaux des généralités qui devraient s’appliquer à toute une catégorie sociale, ethnique ou sexuelle, on voudrait faire porter sur l’ensemble des passionnés de football la culpabilité de comportements offensants. En les appliquant à des banderoles, des chants, des insultes stupides mais pas répréhensibles, on nomme mal ce qui blesse vraiment.

Mal nommer les choses, c’est mal les définir, c’est finir par dessiner des contours flous et donc rendre peu accessibles et compréhensibles ce qui continue de tuer dans notre pays et dans le monde : le racisme, la xénophobie, l’homophobie. Ces questions sont trop sérieuses pour qu’on les confie à des ministres.

 

A propos de l'auteur

Fan de foot mais aussi de Serie A, je prends autant de plaisir à voir jouer Gilles Simon qu'à attendre une arrivée au sprint entre les Alpes et les Pyrénées. Talking Heads et Panetonne.

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