Alors que le club a célébré, le 13 juin dernier, les 40 ans de sa victoire en Coupe de France face aux Verts de Michel Platini, il y a tout juste 43 ans, Bastia stoppait sa fulgurante course européenne en finale contre le PSV Eindhoven. Le jour où le petit peuple bastiais s'est déjoué de certains gros d'Europe.
Sûrement un des exploits les plus mémorables de l'histoire du club, une course européenne qui a ébloui toute une île, le Sporting peut être fier de son passé accompagné des Krimau, Félix, Papi, Rep ou même De Zerbi. Du Portugal aux Pays-Bas, les Lions de Furiani ont surpris les participants de l'actuelle Ligue Europa.
Point de départ, Lisbonne

Cette place européenne n'est que la récompense d'une saison bien remplie, car le S.E.C B terminait 3e de D1 avec 45 points, le club finit même meilleure attaque en marquant 82 buts. Pour se lancer dans cette aventure européenne, que toute une ville attend avec impatience, Bastia a la chance de recevoir pour cette première rencontre, à Armand-Cesari, un autre Sporting. Le club de la capitale portugaise, le Sporting Portugal va découvrir Furiani pour ces 32es de finale aller.
Alors que l'on approche de la mi-temps, les Portugais obtiennent et transforment un penalty à la 40e grâce à Jordão, une première période loupée pour ce premier match de la compétition. 10 minutes après le retour des vestiaires, Félix égalise et redonne espoir aux Bastiais qui ne tiennent que huit minutes avant que Fraguito ne redonne l'avantage aux siens. Mais s'ils ne le connaissaient pas encore, les Lisboètes vont découvrir Félix Lacuesta, qui grâce à un triplé ce 14 septembre 1977, offre la victoire et lance les Corses en Coupe d'Europe.
Première et vraie épreuve pour les Turchini, jouer à Lisbonne au Stade José Alvalade pour ce match retour. Loin d'être une partie de plaisir, comme annoncé plus tôt dans la presse, Bastia tient bon jusqu'à la 72e où Fernandes rallume la flamme à Lisbonne. Mais cette équipe du S.E.C. Bastia a décidé, cette saison, de se faire une petite place parmi cette Coupe d'Europe. Johnny Rep et Desvignes crucifient (2-1) les Portugais. Les hommes de Pierre Cahuzac réussissent sans trop de difficultés cette première épreuve européenne.
Les Bleus se déjouent des Magpies

Première étape passée mais d'autres attendent les coéquipiers de Claude Papi qui reçoivent une nouvelle fois, et c'est désormais au tour de Newcastle de venir se perdre en Haute-Corse. Mais malgré cela, les Toons retrouvent leur chemin en ouvrant le score dès la 8e minute avec Canelle qui fusille le portier bastiais. Comme lors du match précédent, Bastia se fait surprendre mais ce but est synonyme de réveil, car les insulaires vont pousser et dominer les Noir et Blanc jusqu'à l'égalisation de Papi à la 50e, qui 39 minutes plus tard s'offre un doublé après un enchainement somptueux à travers la défense anglaise. Deux buts à un et la formation bleue prépare le retour en terre anglaise.
Un petit but d'avance, et une équipe du SECB qui va devoir affronter les hommes de Richard Dinnis soutenus par environ 40 000 supporters dans l'antre du St James' Park. Mais il en faut plus pour impressionner ce petit poucet. À la 3e minute, Lacuesta fait danser la samba aux Anglais qui n'avaient pas eu le temps de répéter leur chorégraphie, et par peur d'humilier complètement cette formation, laisse la joie du but à De Zerbi. Le Sporting est métamorphosé, les Magpies ne savent pas où donner de la tête et Johnny Rep en profite pour les crucifier six minutes après l'ouverture du score. Malgré la réduction de l'écart à la 36e d'une tête de Gowling, les Turchini humilient une bonne fois pour toute Newcastle à la 67e minute par l'intermédiaire de Rep qui s'accorde lui aussi un doublé. Les 200 Corses qui ont fait le déplacement n'en croient pas leurs yeux éblouis par le double exploit que vient de réaliser leur équipe. La formation insulaire est la première équipe française à s'imposer en Angleterre.
Bastia tient le taureau par les cornes

C'est maintenant une montagne qui attend la petite formation bastiaise. Grand habitué des compétitions européennes, le Torino se présente à Armand-Cesari. Selon un scénario devenu classique l'équipe visiteuse ouvre la marque sur la pelouse de Furiani à la 22e minute avec un superbe enchaînement de Paolino Pulici. Le Sporting Étoile Club de Bastia commence à avoir l'habitude et égalise grâce à Claude Papi à la 37e. Une égalisation qui est déjà un exploit pour l'équipe insulaire mais qui veut et va montrer ses capacités devant son public avec Félix qui dévie parfaitement pour Rep qui cloue sur place le portier italien à la 73e minute. Impensable, le grand Torino tombe en terre bastiaise (2-1).
Autre paire de manches, le taureau italien veut sa revanche dans son arène et ne va pas se laisser éliminer par cette équipe encore inconnue au bataillon. C'est dans un stade Comunale entouré par une neige de décembre 1977 que les hommes de Luigi Radice attendent au tournant les petits bleus. Dominé en début de période, Bastia va marquer ce qui est sûrement l'un des plus beaux buts de son histoire. Après une chevauchée au milieu de Félix Lacuesta, Rep arrive dans la surface, remet en retrait pour son coéquipier qui lève le ballon, et tel un missile lancé à toute vitesse, Jean-François Larios dégaine une demi-volée pour ouvrir le score à la 19e. Seulement trois minutes plus tard, Francesco Graziani égalise et redonne même l'avantage à la 47e minute. Le Sporting est cerné et n'a plus le droit à l'erreur. Remplaçant de François Felix (absent ce match-là) et Marocain d'origine, Abdelkrim Merry Krimau, armé de ses gants rouges, va attirer le taureau vers une défaite assurée. Par deux fois, à la 50 et 65e minute, il va tromper la vigilance de Luciano Castellini et envoyer le SECB en quarts de finale.
La balade des Bastiais

Le Sporting voulait montrer un autre visage à domicile et a plus que réussi. En réception de l'équipe de l'Allemagne de l'Est, le FC Carl Zeiss Jena, les Bastiais ont humilié l'équipe allemande (7-2), du jamais vu à ce stade de la compétition.
Beaucoup plus compliqué, le match retour en Allemagne de l'Est, Bastia a quasiment été inexistant et s'incline quatre buts à deux. Une défaite qui est vite effacée avec les sept buts du match allé, les hommes de Pierre Cahuzac sont en demi-finales.
La détermination des petits suisses

Pour la première fois de la compétition, le SEC Bastia joue son match aller à l'extérieur. Rendez-vous en Suisse face au Grasshopper Zurich, une rencontre loin d'être facile. C'est pourtant le héros de Turin, Krimau, qui prend tout le monde de vitesse et marque à la 18e minute. Un avantage qui ne va durer que quatre minutes, puisque les Suisses vont égaliser après un très bon enchaînement. Ils vont même mener à la 30e minute à la suite d'un penalty provoqué par Lacuesta. Les Corses égalisent cinq minutes plus tard aussi sur penalty grâce à la précision de Claude Papi. C'est enfin sur corner que va le Grasshopper Zurich va remporter ce match, avec une tête surpuissante qui vient tromper Pierrick Hiard. Les Turchini repartent de Suisse avec leur deuxième défaite de la compétition.
Bastia le sait, il ne pourra probablement plus jouer de finale de Coupe d'Europe, c'est pour cela qu'ils attendent les petits Suisses au tournant. Armand-Cesari est déchaîné, rempli avec ses 12 000 supporters qui veulent pousser leur équipe. Le Sporting est déterminé et le FC Grasshopper Zurich n'a quasiment pas le ballon dans ses pieds. Il va falloir attendre la 67e minute pour que Papi sorte le grand jeu et lâche une reprise surpuissante qui trompe le gardien suisse. Tremblement de terre à Furiani, Bastia est en finale de la Coupe d'Europe pour la première fois de son histoire, un exploit énorme réalisé par une équipe hors-norme.
Mort de boue

Ils y sont enfin. Le mercredi 26 avril 1978, le SECB recevait le PSV Eindhoven à Armand-Cesari. Mais voilà un terrain inondé par les intempéries devait faire reporter cette finale aller. Pas question pour les dirigeants, qui demandent même aux forces de l'ordre d'éponger la pelouse avec des sacs de sable. Coup d'envoi à 20 h 30, et malgré un terrain qui ressemblait plus aux tranchées de la Première Guerre mondiale qu'à un stade de foot, l'arbitre siffle le début de la rencontre. À chaque accélération avec le ballon, celui-ci était systématiquement freiné par la boue présente un peu partout sur le terrain. Un triste (0-0) à cause d'un superbe Jan Van Beveren qui a effectué énormément d'arrêts, à la suite d'innombrables assauts bastiais.
Le vainqueur de cette Coupe d'Europe sera donc désigné au Stade Philips (Eindhoven). Bastia peut-il le faire ? Malheureusement les Bleu et Blanc ne vont tenir que 24 minutes avant que Willy Van De Kerkhof n'ouvre la marque. Un Sporting fatigué de sa belle campagne européenne, accumule les erreurs défensives et prend du retard avec le but de Gerrie Deijkers à la 67e. Seulement deux minutes plus tard le SECB est crucifié avec la reprise de Willy Van Der Kuijlen. Les hommes de Pierre Cahuzac le diront à la presse, la fatigue a été l'un des premiers facteurs de cet échec en finale, et l'on comprend pourquoi au vu de leurs performances. Le Sporting repart donc sans la coupe à Furiani, mais il peut être fier de sa campagne en Europe, étant considéré comme le petit poucet de cette compétition.
La rage, la volonté, la détermination et l'envie ensorcelaient cette petite équipe du championnat de Ligue 1 qui a réussi à se projeter au plus haut niveau. Arrivé jusqu'en finale de la Coupe d'Europe, le club est parvenu à se faire un nom parmi les équipes emblématiques du football français. Depuis cette finale mémorable, beaucoup d'évènements se sont passés, qu'ils soient tragiques ou magiques. Dernièrement, le club a réussi à renaître de ses cendres pour retrouver le monde professionnel en Ligue 2.