Parti vivre la “vida loca” de l'autre côté des Pyrénées, Thomas Lemar a vite déchanté. Pas au niveau et souvent remplaçant depuis son arrivée à l'Atlético Madrid à l'été 2018 en provenance de l'AS Monaco, l'enfant de Baie-Mahault (Guadeloupe) aujourd'hui âgé de 25 ans renaît depuis quelques semaines. Désormais titulaire, il s'impose comme un rouage essentiel de l'actuel leader de Liga.
Une histoire à réécrire
Tout juste auréolé d'un titre de champion du monde, partagé avec ses nouveaux coéquipiers Antoine Griezmann et Lucas Hernandez, Thomas Lemar espérait bien entretenir la belle réussite des exilés français en Espagne. Seulement, dans une équipe plus réputée pour annihiler que pour créer, le pari du milieu offensif de poche (1,71m) de rejoindre l'exigeant Diego Simeone était osé et s'est longtemps avéré perdant. Une première saison moyenne (3 buts et 3 passes décisives en 31 matchs de championnat), avant le néant : 0 but, 0 passes décisive en 22 matchs de championnat en 2019/2020, et un temps de jeu moyen passé de 59 à 42 minutes. Famélique, d'autant plus au regard des 72 millions d'euros dépensés pour l'arracher du Rocher. Une feuille de statistiques pas de nature à rassurer de potentiels acquéreurs, déjà refroidis par le contrat longue durée du joueur (il est lié jusqu'en 2023 avec les Colchoneros). Mais au-delà des chiffres – qu'il n'a jamais magnifiés, son meilleur bilan grimpant à 9 buts pour 10 offrandes lors de la saison du titre avec Monaco en 2016/2017 – c'est l'impression générale dégagée sur le terrain qui interpelle. Disparu le manieur de ballon hors pair à la technique soyeuse et à la patte gauche raffinée qui éclaboussait la Ligue 1 de son talent, le voilà désormais cantonné à un rôle de supersub, quand il ne figure pas en tribunes.
La confiance du Cholo
Pourtant, à la faveur d'un calendrier démentiel et au gré des blessures dans l'effectif madrilène, le Caennais de formation s'est fait une place au soleil dans la capitale espagnole en cette troisième saison. Débutée sur les mêmes bases, sa saison rencontre un tournant début octobre, lors de la trêve internationale, comme le rapporte le quotidien sportif espagnol AS. Pas convoqué avec l'équipe de France (sa dernière sélection remonte à novembre 2019), son entraîneur Diego Simeone en profite pour s'entretenir avec lui et lui assurer qu'il compte encore sur lui. Toujours remplaçant, Lemar grappille des minutes les semaines suivantes, se montre, et finit par devenir titulaire après son entrée en jeu remarquée dans le derby madrilène face au Real, malgré la défaite de son équipe (2-0). Une montée en régime qui prend racine 15 jours plus tôt sur la pelouse de Valence selon Yohan Goudeau, fervent supporter colchonero et administrateur du compte Twitter @Atleti-France, principal compte de supporter du club en France : “Il avait fait du bien à l’équipe (Ndlr : contre le Real). Mais son premier vrai match où il a séduit et été le meilleur, c'était à Valence. Il était splendide.” Une performance annonciatrice du renouveau, confirmé par son but une semaine plus tard face à Valladolid (le premier depuis le 20 avril… 2019) puis face au modeste Cardassar, pensionnaire de 4e division, en Coupe du Roi.

Un changement tactique salvateur
Une nouvelle dynamique liée également au changement tactique opéré par Simeone en cours de saison. Le meneur d'hommes varie désormais les plaisirs : à l'immuable 4-4-2 se substitue désormais le 3-5-2 (ou 3-4-3 selon l'animation), un système dans lequel s'épanouit le milieu offensif, lui offrant la liberté nécessaire à sa créativité. “Le système aujourd’hui l’aide aussi, c’est indéniable. Quand il est isolé dans le couloir gauche, on le perd. Aujourd’hui, avec Carrasco en piston, ça lui laisse beaucoup plus de liberté dans le coeur du jeu.” analyse Yohan, pour qui l'apport du Français ne se quantifie pas aux chiffres. “Ça ne se voit pas forcément dans les stats, mais il apporte en créativité, entre les lignes, les petits espaces. Son association avec Mario Hermoso et Carrasco côté gauche est très bonne.” Situé dans le cœur du jeu d'une équipe plus joueuse que par le passé, Lemar retrouve son peps et sa mobilité, trop bridés sur le côté gauche du 4-4-2 initial de Simeone.
Dernier élément – et non des moindres – de son retour en grâce : la résilience du garçon. “Lemar a toujours travaillé sans faire de bruit, sans se plaindre, et aujourd’hui ça paye.” souligne Yohan, pas surpris de voir le champion du monde plus souvent sur le pré en cette saison si éreintante. “Pour moi, c’était certain qu’il allait avoir du temps de jeu du fait du nombre de matchs en peu de temps cette saison.” Il est plus étonné, en revanche, par ses performances : “Mais le voir faire un comeback comme celui qu’il fait actuellement, j’en doutais un peu.”
Titulaire lors des 5 derniers matchs de championnat (pour 5 victoires), Thomas Lemar réapparaît au meilleur des moments. Le Portugais Joao Félix en deçà depuis plusieurs matchs, l'Atlético peut maintenant compter sur un autre technicien pour animer un jeu parfois sommaire mais ô combien efficace. Champion de France en 2017 avec l'AS Monaco dans une équipe pourtant pas favorite, le discret Thomas se verrait bien refaire le coup cette saison, au pays de Cervantes cette fois. Avec 4 points d'avances sur le grand rival merengue et 7 sur le Barça (avec deux matches en moins), c'est en tout cas bien parti.
Crédits photo Une : Icon Sport