Grand Chelem

Open d’Australie (F) : Su-Wei Hsieh, la magicienne du tennis féminin

Crédit photo : REUTERS/JAIMI JOY

A 35 ans, Su-Wei Hsieh est la joueuse la plus âgée de l'ère Open à se qualifier pour la première fois de sa carrière en quart de finale d'un Grand Chelem. Tombeuse de Bianca Andreescu et Marketa Vondrousova dans cet Open d'Australie, la Taïwanaise fait office de coupeuse de têtes sur le circuit WTA. Mais connaissez-vous vraiment l'atypique Su-Wei Hsieh ? 

L'épouvantail du circuit féminin

Elle fait partie des références du circuit du double dames qu'elle domine actuellement avec son statut de numéro une mondiale. Avec 28 titres dont trois Grand Chelem, Su-Wei Hsieh est une figure dans la discipline. Mais au delà d'une carrière remarquable en double, la Taïwanaise fait office d'épouvantail sur le circuit WTA en simple. Vingt-troisième à son meilleur classement en simple en 2013 et lauréate de trois titres, ce sont surtout ses nombreuses victoires sur le top 10 qui font d'elle l'une des coupeuses de tête du circuit féminin.

C'est à partir de 2017 que la Taïwanaise a le déclic : “Avant Roland-Garros (2017), je n'avais jamais battu de top 10. Le truc marrant cette année-là est que je sortais avec mon petit ami depuis un an ou deux et c'était la première fois que ses parents venaient me voir jouer. Je jouais tellement mal au début que j'avais l'impression que ses parents dormaient. Alors, je me suis dit : ”Ok, peu importe ce qui arrive, je vais essayer de tout renvoyer et de faire mieux. Au moins, je veux les voir réveillés.” C'est comme ça que je suis revenue dans le match et que j'ai gagné. Après ce match, j'ai commencé à battre des top 10. (L'Equipe)

Et pour cause, Su-Wei Hsieh compte depuis 2017 un total de 8 victoires sur le top 10, avec des victoires de référence notamment sur Simona Halep et Garbine Muguruza.

Roland-Garros 2017 Terre battue Johanna Konta no 8 1-6, 7-62, 6-4
Open d'Australie 2018 Dur Garbiñe Muguruza no 3 7-61, 6-4
Wimbledon 2018 Gazon Simona Halep no 1 3-6, 6-4, 7-5
Dubaï 2019 Dur Angelique Kerber no 7 5-7, 6-4, 6-0
Karolína Plíšková no 5 6-4, 1-6, 7-5
Miami 2019 Dur Naomi Osaka no 1 4-6, 7-64, 6-3
Birmingham 2019 Gazon Aryna Sabalenka no 10 6-3, 2-6, 7-61
Open d'Australie 2021 Dur Bianca Andreescu no 9 6-3, 6-2

Un jeu et une personnalité atypiques 

Son jeu atypique et peu académique est capable de faire déjouer les meilleures joueuses de monde. Aux antipodes des standards du circuit féminin, Su-Wei compense son manque de puissance par une palette technique assez impressionnante. Petite et chétive lorsqu'elle apprend à jouer au tennis quand elle est enfant, elle adopte le coup droit à deux mains, son corps ne supportant pas le poids de la raquette. “J’ai débuté le tennis très jeune mais je n’avais qu’une raquette d’adulte. Alors je la tenais à deux mains pour qu’elle me paraisse moins lourde. Plus tard, mon père a essayé de me faire changer de prise mais je n’ai pas voulu: j’étais à l’aise comme ça.”

Su-Wei Hsieh et son coup droit à deux mains.
Crédit photo : Pat Scala/Getty Images

Avec le temps, l'actuelle 71è au classement a appris à compenser son manque d'explosivité par une main impressionnante. Capable de faire déjouer les joueuses les plus puissantes du circuit avec sa faculté à rediriger la balle où elle veut sur le court, Su-Wei Hsieh fait partie de ces joueuses qui utilisent la géométrie du court à la perfection. “Quand la balle arrive,  je décide au dernier moment où je vais frapper. Parfois, mes adversaires me disent qu’elles ne savent pas où ma balle va partir, mais moi non plus.”

Sa palette technique et sa science du jeu lui ont permis de remporter ses plus belles victoires. Très loin du jeu puissant en fond du court qui domine le tennis féminin depuis plusieurs années, Su-Wei Hsieh peut compter sur son habilité et sa créativité pour casser le rythme adverse. Slices, lobs, amorties, elle maitrise tous les coups du tennis. Mais son grand manque de puissance est son plus gros point faible, notamment au service, de facto, qui est loin d'être son arme principale. Son physique frêle peut également être un frein lors de matchs marathons.

Atypique sur le terrain, Su-Wei Hsieh l'est aussi en dehors du court. Pétillante et toujours souriante, la Taïwanaise fait partie de ces joueuses qui soufflent un vent de fraicheur dans un circuit parfois en manque de spontanéité. Elle aborde ses matchs avec légèreté : “J'aime jouer tous les matches même si je me fais martyriser sur le court. Par exemple, contre Kvitova, je perds tout le temps. Une fois, j'ai gagné plus de jeux, j'étais contente et ça l'a fait rire quand je lui ai serré la main. Je ne me soucie pas vraiment de gagner ou de perdre. Je fais de mon mieux et je joue. Toutes les filles ont des jeux différents, il y a bien sûr des situations difficiles sur le court mais c'est très intéressant car tu veux trouver une solution. Au moins, j'essaie. Je n'ai rien à perdre. “

 

La montagne Osaka pour une place en demi-finale 

Cette nuit, elle affrontera Naomi Oasaka pour une place en demi finale de l'Open d'Australie. Si la Japonaise mène 4/1 dans leurs confrontations, leurs rencontres ont toujours été très accrochées.

Quand on lui indique que son jeu perturbe la numéro trois mondiale, Su-Wei Hsieh préfère temporiser : “Je la trouble ? Vraiment ? D'accord. Je ne pense plus que ce soit le cas. Nous savons tous que c'est une très bonne joueuse. Je ne m'en fais pas, elle va probablement m'écraser sur le terrain mais je vais essayer de jouer mon jeu et on verra ce qui se passe. Je reste la même et j'essaie de rester positive. Si je ne gagne pas, j'espère que la quarantaine finira bientôt pour pouvoir profiter un peu et sortir.” (L'Equipe)

Son style de jeu peu académique peut paraitre déconcertant, mais Su-Wei Hsieh est une joueuse qu'on aime voir évoluer sur un court de tennis. Cette nuit, elle tentera de remporter sa neuvième victoire sur le top 10, avec à la clé une première demi-finale en Grand Chelem.

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