Portugal : Nous sommes allés à Chaves

Le 18 août à 17H30, We Sport FR assistait au match de Liga NOS entre Chaves et Portimonense. Des charmantes rues de la bourgade nordique aux ferventes tribunes des supporters régionalistes, récit d’une journée sportivement et climatiquement ensoleillée. 

Une belle journée

Iha.fr

Annuellement en vacances au Portugal, nous avons pour coutume de nous rendre à Porto, Lisbonne, Braga ou Guimarães pour assister à des “grands matchs.” Des grandes équipes s’affrontent, des grandes foules affluent, des grandes ambiances se produisent. Mais qu’en est-il des petites formations ? Celles-là même perdues dans des contrées lusitaniennes lointaines. Celles-là même économiquement vulnérables et sportivement restreintes. Enfin, celles-là même qui doivent se contenter d’une poignée de fidèles ne les ayant pas délaissées au profit d’autres écuries plus prestigieuses. Entre ferveur locale et sentiment d’appartenance unique, nous avons découvert un football différent. Et peut-être meilleur d’une certaine façon ?

13H30. Nous peinons à trouver une place dans le secteur du stade. Celui-ci fut récemment rénové, mais son accessibilité reste limitée, ses parkings insuffisants. Nous sommes ainsi contraints de nous garer non loin du centre-ville. Chaves est une cité charmante. Des personnes aux visages souriants sillonnent ses belles rues pavées. Le patrimoine architectural foisonne : un élégant château, un authentique pont surplombant les eaux calmes de la Tamêga, le fleuve traversant la ville. La plupart des habitants arborent fièrement le maillot, l’écharpe ou un autre objet distinctif de l’équipe locale. Car aujourd’hui, c’est jour de match. Les routes sont barrées, la population jubile.

Une infaillible fierté régionale

14H30. A la terrasse d’un café, un homme âgé et une adolescente jouent ensemble de la concertina, ce petit accordéon typique de la culture nord-portugaise. D’autres personnes, de tous sexes et de tous âges, les accompagnent avec des tambours (os bombos), et des petites guitares (as cavaquinhas.) Certains dansent et chantent “o rancho”, tandis que d’autres encore dégustent des “pasteis de natas”, savoureuses pâtisseries lusitaniennes. Nous sommes dans le Tras-Os-Montes (“entre les montagnes”), région la plus reculée du Portugal, dont l’inexorable charme est régulièrement sous-estimé. La culture, les rites et l’accent local persistent. Le GD Chaves est l’unique grande équipe régionale. Pour cause, de nombreux fans viennent des cités voisines : Vila Pouca de Aguiar, Ribeira de Pena, Boticas, Vinhais…

16H00. Nous marchons en direction du stade. Dans la joyeuse foule qui afflue pour le match, on trouve bien 25% de français d’origines portugaises. Comme nous, ils sont en vacances dans la terre de leurs parents, de leurs grands-parents. Il fait incroyablement chaud. La proximité de l’Espagne se ressent dans les paysages jaunis et secs des champs encerclant la ville. Nous arrivons devant la boutique officielle du club, où d’innombrables retardataires venus acheter leur billet se pressent. D’autres se dotent de la panoplie du parfait supporter. Nous nous approchons de l’enceinte : la tribune latérale principale est quelque peut désuète : structure vieillissante, peinture pourrissante. Signe que malgré sa place en première division et sa position confortable, la petitesse du club est encore observable.

Un moment plaisant

16H30. Après de très rapides fouilles, nous rentrons dans notre tribune. Située derrière les cages, c’est la plus récente et l’une des plus vastes. Nous assistons à l’entraînement des joueurs. 17H30. Le coup d’envoi est donné. L’ambiance est drôlement bonne. Dans notre tribune, le groupe d’ultras du clubs, l’União Flaviense, donne de la voix. Il y a des tambours, des écharpes, et puis ces 3 ou 4 gigantesques drapeaux. La perche tenant l’un d’entre eux se fracture en début de match, provoquant l’hilarité de l’assistance. Le reste du public suit volontiers les chorégraphies des ultras : mouvements d’écharpes, chants, cris de guerre, battements de mains. Les spectateurs sont particulièrement réceptifs aux faits de matchs : on se lève énormément, on crie (on hue). C’est une ambiance fervente à la latino, à la bonne franquette, comme nous les aimons.

18H30. Le premier fait marquant advient à la 27ème minute quand Ewerton (Portimonense) commet une main dans la surface. “Falta !” (faute) crie la foule. L’arbitre a recours au vidéo-arbitrage, ce qui lui vaut un concert de protestations, de sifflets et de jurons. Le penalty est finalement accordé et Marcão se charge de le convertir. Le stade s’enflamme en scandant son nom. 4 minutes plus tard, le très performant attaquant Perdigão inscrit le 2-0 d’une puissante frappe lointaine. La clameur redouble. Nous assistons à un match extrêmement plaisant et intense des deux côtés. Un jeu rapide et des occasions franches. Les 3 tribunes locales communiquent merveilleusement entre elles en se répondant, créant une sorte de “rivalité bienveillante.” Les visiteurs doivent se contenter d’une dizaine de fidèles supporters (Portimão se situe à l’extrême-sud du Portugal.)

Un exemple à prendre

19H30. Les joueurs reviennent sur la pelouse pour la seconde période. Le match perd en intensité. En tribune cependant, les chants se multiplient, comme celui reprenant l’air de la chanson “Bella Ciao.” La plupart vantent les mérites de la région, la fierté d’être Transmontanho. A certains moments, quelques supporters lancent en l’air le contenu de leur verre de bière (façon pub anglais.) D’impressionnants clappings sont lancés, suivis par tout le stade. Le climat, le paysage, l’ambiance et la structure inachevée du stade nous donne un instant l’impression d’être en Amérique du sud. Le speaker annonce une affluence de 5200 spectateurs, un excellent chiffre pour une formation de ce calibre. Puis le coup de sifflet final est donné. Les joueurs viennent remercier les supporters, lesquels effectuent un ultime clapping retentissant.

Ce qui caractérise ces petites formations, c’est le sentiment d’appartenance singulier que partagent les supporters, et la proximité de ceux-ci avec le club. Dans le cas de Chaves, les fans ont vécu en 2016 la montée du club en première division puis son ascension fulgurante, dont le paroxysme fut la 6ème place décrochée lors de la saison 2017-18. Mais avant cela, ils ont soutenu inlassablement l’équipe pendant de nombreuses années passées en D2, et ont vécu de cauchemardesques épisodes. En 2015 par exemple, le GD Chaves se fit voler lors de la dernière journée la 2ème place synonyme de montée en D1. Fait inédit, Tondela marqua un but victorieux lors des toutes dernières secondes.

Conclusion

Rares sont les formations hors 5 grands à bénéficier d’un tel engouement populaire. A l’exception peut-être du CS Marítimo, principale formation de l’archipel de Madère. Et dans une moindre mesure de l’historique équipe du Boavista FC.

Le jeu fut moins bon, l’ambiance moins impressionnante, le stade moins spacieux. Pourtant, la ferveur fut d’avantage présente, la fierté de supporter son club différente, l’atmosphère authentique et conviviale régnant. Et pour cause, soutenir la modeste équipe de sa région ou de sa ville et grandir en même temps qu’elle apporte un sentiment de proximité et d’identification particulier. De là à dire que le football portugais se porterait bien mieux si tous ses fidèles raisonnaient ainsi, il n’y a qu’un minuscule pas.

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A propos de l'auteur

Passionné de football, je suis ce fameux individu que tu ne veux pas avoir dans ton équipe. Supporter du FC Porto, je compense cette médiocrité technique par des articles sur le football portugais. Également amateur de Théâtre et de livres mais ça on s'en fout un peu. Quoi que...

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