Dans un Super-G piégeux, Vincent Kriechmayr s'est offert un titre de champion du monde devant Romed Baumann et le Français Alexis Pinturault, médaillé de bronze surprise.
Lui aussi l'attendait depuis longtemps. Comme Lara Gut-Behrami, Vincent Kriechmayr tournait autour d'une médaille d'or mondiale depuis quelque temps. Vice-champion du monde en titre de la spécialité, l'Autrichien avait échoué à une poignée de centièmes de Dominik Paris il y a deux ans. Cette fois-ci, les centièmes ont tourné à son avantage.
Après 19 dossards, la porte vers la gloire est entreouverte pour Kriechmayr. Le podium se dessine avec Pinturault 2e et Paris 3e. Sauf qu'un homme est en forme depuis le début de la saison. Romed Baumann, autrichien passé sous nationalité sportive allemande, va affoler tout le monde malgré un haut de parcours dans la moyenne. Six dixièmes de débours après 30 secondes et ensuite de la vitesse, du risque, aucune peur. Baumann devient dauphin de l'esthète Vincent Kriechmayr pour sept petits centièmes.
Plus d'un se sont fait piéger…
Choisir les premiers dossards lors du tirage au sort n'était pas forcément l'idée de l'année. Walder avec le 1, Meillard avec le 2 et Caviezel avec le 3 n'ont pas vu la ligne d'arrivée aujourd'hui. Ils ne l'ont même pas aperçu de loin. Les trois skieurs ont perdu le fil un peu avant le deuxième intermédiaire. Le seul saut du tracé était un piège. Pour la première fois, les coachs de toutes les nations avaient le même mot à la bouche : freiner. Un descendeur ? Freiner ? “Je ne savais pas comment faire” racontera Johan Clarey en zone mixte.
Hormis Kriechmayr, un athlète a su être intelligent à l'endroit où se trouvait ce guet-apens : Alexis Pinturault. Il s'en amusera ensuite au micro de Gauthier de Tessières, pour nos confrères d'Eurosport, lui savait exactement ce qu'il fallait faire ici. Après ce passage périlleux, c'était une course contre-la-montre pour le Savoyard. Il devait passer la traverse sans encombres puis dévaler le reste de la piste en gardant la vitesse qu'il a su accumuler plus haut.
C'est chose faite avec ce podium, mais il y a eu tout de même un frisson tardif et inattendu pour le Français. Le Canada est en reconstruction et l'ombre des célèbres Crazy Canucks vole au-dessus de cette nouvelle génération inexpérimentée. Brodie Seger, pas meilleur que 21e cette saison en Super-G, va prendre une incroyable 4e place, à un poil d'Alexis Pinturault.
C'est celui qui a sans doute le mieux négocié ce saut puis les quelques portes suivantes. Il avait le bon angle pour entrer plein fer et il a appuyé fort sur son pied gauche pour avoir l'une des plus belles lignes avant la traverse. Ensuite, sa vitesse se stabilise, le Canadien avait les genoux au bout des spatules. Plaqué au sol, il échoue à quatre centièmes du podium. De loin la meilleure course de sa carrière.
Des Français mi-figue, mi-raisin
Alexis Pinturault n'est pas la seule éclaircie française de cet après-midi dans les Dolomites. Matthieu Bailet, 24 ans, ne fait que progresser ces derniers mois. Il ferme le portillon lors du Super-G de Kitzbühel et termine 8e. Ce 11 février, il a le 26 collé sur le ventre et s'assure une 7e place pour ses premiers championnats du monde. Une multitude de petites erreurs l'éloigne du podium, le Niçois appuie notamment trop tard sur certaines courbes mais c'est une nouvelle place d'honneur, prometteur pour celui qui a énormément de positivité par rapport à son ski.
Comme écrit précédemment, Johan Clarey n'a pas su gérer le gros piège du parcours et n'a pas terminé. L'encadrement France espérait mieux de Nils Allègre et le principal concerné espérait mieux de lui également. Excellent 4e à Garmisch-Partenkirchen il y a 10 jours, le Haut-alpin s'est raté avec une 21e place. Il a des mots durs avec lui-même : “Aujourd'hui, j'ai skié comme une chèvre. […] Je m'en veux car il y a des mecs qui sont restés à la baraque pour me laisser faire la course et moi j'ai fait de la merde.” Sans langue de bois, Nils Allègre pense à ses potes restés sur le canapé pour ces Mondiaux.
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