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Ronnie O’Sullivan, sans égal dans l’histoire ?

Ronnie O'Sullivan

Sacré, hier soir, champion du monde pour la septième fois de sa carrière en battant son compatriote Judd Trump, Ronnie O’Sullivan est devenu le deuxième joueur à réaliser une telle performance dans l’histoire du snooker. À 46 ans et alors qu’il semble encore loin d’être sur le déclin, peut-on déjà le considérer comme le plus grand de son sport ?

Avant cette édition 2022 du World Snooker Championship au Crucible Theatre de Sheffield, il y avait Stephen Hendry, septuple champion du monde, et les autres. Désormais, il y a l’Écossais, Ronnie O’Sullivan et les autres. En remportant sa septième couronne mondiale, The Rocket a conforté sa place dans l’histoire de sa discipline grâce à une nouvelle démonstration de force, relançant le débat sur sa place dans la hiérarchie des meilleurs joueurs de l’histoire.

2022, nouvelle consécration

Champion du monde en 2020, Ronnie O’Sullivan avait connu une saison bien moins faste l’an dernier, en ne remportant aucun tournoi classé bien qu’il ait disputé cinq finales. La saison 2021/2022 devait ainsi lui permettre de renouer avec le succès, et le natif de Wordsley brisa sa relative série noire en remportant le World Grand Prix à la mi-décembre, près d’un an et demi après sa victoire aux championnats du monde 2020. Toutefois, comme chaque saison, O’Sullivan savait que ses résultats seraient surtout scrutés dans la compétition qui lui réussit le mieux, celle où il a imposé sa domination depuis le début du millénaire : les championnats du monde.

Sorti au deuxième tour en 2021 par l’Écossais Anthony McGill, Ronnie O’Sullivan arrivait à Sheffield avec une certaine volonté de corriger le tir, lui qui évolue dans son jardin au Crucible Theatre. Tête de série n°2, The Rocket va écraser la concurrence pour s’inviter dans le dernier carré, en sortant successivement son compatriote David Gilbert (10-5), le Nord-Irlandais Mark Allen (13-4) et l’Écossais Stephen Maguire (13-5).

Qualifié pour la treizième demi-finale de sa carrière, battant ainsi un record qu’il partageait avec Stephen Hendry, O’Sullivan était assurément le joueur qui dégageait le plus de sérénité tant il semblait intouchable depuis le début du tournoi. Un sentiment qui va se confirmer en demies face à l’Écossais John Higgins, autre illustre membre de la génération 1992 à laquelle appartient aussi Mark Williams, également qualifié pour les demi-finales de ce tournoi. Face à Higgins, l’Anglais ne tremblera presque jamais. Mené 3-0, il revint rapidement à 3-3, avant de prendre le large et de laisser son adversaire courir après le score. O’Sullivan s’imposera finalement 17-11, se qualifiant pour une huitième finale aux championnats du monde.

Pour tenter de décrocher une septième couronne, Ronnie O’Sullivan fut opposé à son compatriote Judd Trump. Auteur d’une de ses plus mauvaises saisons et réfléchissant à mettre sa carrière entre parenthèses, le benjamin de cette finale renaissait de ses cendres dans ce tournoi, mais cela n’a pas empêché O’Sullivan de poursuivre sur sa lancée. Dès les premières frames, The Rocket domine et creuse l’écart, développant un jeu parfait à l’image de ses replacements chirurgicaux. Trump n’existera presque pas dans cette finale, et Ronnie O’Sullivan peut jubiler après le gain de sa dix-huitième frame : il est champion du monde pour la septième fois de sa carrière.

Le meilleur aux championnats du monde ?

Remporter sept titres dans la compétition la plus prestigieuse du circuit en snooker est loin d’être anodin et banal. Dans l’histoire, Ronnie O’Sullivan n’a désormais qu’un seul égal dans l’ère moderne, à savoir l’Écossais Stephen Hendry, septuple vainqueur du tournoi dans les années 90. Dans ce tournoi, celui qui est notamment surnommé The King of the Crucible est d’ailleurs le seul à pouvoir rivaliser avec O’Sullivan sur les chiffres. Sept victoires, huit finales et treize demi-finales en trente apparitions pour l’Anglais contre sept victoires, neuf finales et douze demi-finales en vingt-sept apparitions pour l’Écossais. Des statistiques très similaires qui font la part belle à Hendry sur l’efficacité, mais trop proches pour pouvoir vraiment les départager.

Pour tenter, justement, de les départager, si tant est que cela soit possible, penchons nous sur deux aspects : la capacité à enchaîner les titres et la longévité. Sur le premier point, l’avantage est clairement pour Stephen Hendry. Vainqueur sept fois en dix éditions dans les années 90, il a dominé outrageusement le tournoi, se permettant même d’en remporter cinq de suite entre 1992 et 1996, prouesse qu’aucun autre joueur n’a réalisé. De son côté, Ronnie O’Sullivan n’a jamais été capable d’enchaîner plus de deux titres : une donnée qui le place derrière d’autres grands joueurs comme le Gallois Ray Reardon (quatre titres entre 1973 et 1976) ou son compatriote Steve Davis (trois titres entre 1987 et 1989), deux hommes avec qui il partageait la deuxième place dans la liste des joueurs les plus titrés aux championnats du monde avant 2022.

Mais, si O’Sullivan n’a pas réussi à enchaîner les titres comme ces trois hommes, il a, en revanche, réussi à être dominant sur une plus longue période que ceux-ci. Là où Reardon a dominé les années 70, Davis les années 80 et Hendry les années 90, O’Sullivan a, lui, écrasé la concurrence sur plus de deux décennies. Avec un premier titre remporté en 2001 et un dernier cette année, il fait preuve d’une longévité qu’aucun autre joueur n’a su montrer dans l’histoire du snooker. Le seul à s’en approcher est le Gallois Mark Williams, sacré en 2003 puis 2018, mais ce dernier n’a glané que trois titres au Crucible Theatre. O’Sullivan a, contrairement à tous les autres dans l’ère moderne, su se montrer dominant en gagnant beaucoup sur une période de temps plus longue.

Une place à part sur le circuit

Gagner aux championnats du monde est une chose, mais quid des autres tournois du circuit ? Outre les championnats du monde, les deux autres tournois les plus prestigieux sont le UK Championship et le Masters, formant à eux trois la Triple Crown. Remporter chacun de ces tournois dans sa carrière est une véritable prouesse, et ils ne sont que onze à pouvoir se targuer de l’avoir fait. Et, là encore, Ronnie O’Sullivan est le plus dominant. Depuis son arrivée sur le circuit en 1992, il a remporté 21 tournois de la Triple Crown, devançant une nouvelle fois dans ce domaine Stephen Hendry (18) et Steve Davis (15). En plus de ses couronnes mondiales, The Rocket a remporté sept fois le UK Championship et sept fois le Masters : deux totaux jamais atteints qui font de lui le joueur le plus victorieux dans ces tournois disputés respectivement depuis 1977/1978 et 1974/1975.

Si O’Sullivan est intouchable sur son total de titres dans la Triple Crown, un point le sépare encore de certains de ses rivaux. En effet, s’il remporta le UK Championship et les championnats du monde lors de la saison 2007/2008, il n’a jamais réussi à s’offrir les trois tournois au cours de la même saison. À l’inverse, Steve Davis l’a fait en 1987/1988, tandis que Stephen Hendry l’a réalisé en 1989/1990 et en 1995/1996. Autre membre de la classe 1992, Mark Williams a également réalisé cette performance en 2002/2003. Ronnie O’Sullivan est le plus titré, mais cette prouesse est peut-être la seule qu’il n’a jamais réalisé dans sa carrière. De quoi en faire la dernière étape pour être considéré comme le plus grand joueur de l’histoire du snooker et s’émanciper un peu plus de Stephen Hendry ou Steve Davis ?

Joueur le plus titré aux championnats du monde, dans les tournois de la Triple Crown et même parmi les tournois classés, Ronnie O’Sullivan est une machine qui domine le circuit depuis plus de deux décennies. Arrivé à la hauteur de Stephen Hendry avec ce septième sacre aux championnats du monde obtenu hier, The Rocket a conforté sa place dans l’histoire et est plus que légitime au titre de meilleur joueur de l’histoire de son sport. Encore incapable de remporter les trois tournois de la Triple Crown lors de la même saison, cela pourrait devenir le dernier objectif d’une carrière déjà exceptionnelle, afin de surpasser ses rivaux une bonne fois pour toutes.

Crédit image en une : Oli Scarff/AFP/Getty Images

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