Un problème Luis Enrique ? – Edito

“Scandale”, “cirque”, la presse espagnole ne manque pas de qualificatifs pour décrire la situation dans laquelle se trouve la Roja depuis hier soir et l’annonce par le sélectionneur, ému aux larmes, à ses joueurs de la fin de son mandat malgré la qualification pour le prochain Euro. La raison ? Un deal implicite entre Moreno, la fédération Espagnole et Luis Enrique. Pour mieux comprendre la situation, petit retour en juin de cette année.

 

19 Juin 2019 : La bombe est lâchée

Luis Enrique, alors sélectionneur de l’équipe nationale d’Espagne depuis moins d’un an (suite déja au fiasco Lopetegui, voir ici), annonce lors d’une conférence de presse surprise, sa démission de son poste de sélectionneur pour “motifs familiaux graves”. A la suite de la maladie de sa fille Xana, Luis Enrique décide donc de prendre du recul et de rester au chevet de son enfant, atteinte d’une forme de cancer des os (elle décédera malheureusement quelques semaines plus tard). Son adjoint de toujours, Roberto Moreno, qui a suivi l’ancien milieu du FC Barcelone depuis les équipes de jeunes de la Masia jusqu’à la sélection nationale en passant par Vigo ou l’AS Rome, est nommé pour le remplacer. Inexpérimenté, Moreno dispose en Luis Enrique d’un soutien de poids et surtout d’un atout : il aurait accepté (oralement ou pas, la fédération garde bien le secret pour le moment), de s’écarter de lui-même si Enrique venait à vouloir reprendre son poste. Cet accord tacite est une porte de sortie parfaite pour Rubiales, le Président de la Fédé, et de retour pour le sélectionneur sortant mais en même temps un cadeau empoisonné pour Moreno.

 

Une gestion catastrophique

Mais s’il y a accord, pourquoi, la presse Espagnole (toujours assez prompte à s’enflammer) prend-elle le parti de Moreno me direz-vous ? Tout d’abord parce que Moreno a parfaitement mené cette campagne de qualifications pour l’Euro 2020 (9 matches sans défaites), se mettant les médias du pays dans la poche par ses résultats donc mais aussi grâce à sa personnalité sobre, travailleuse et efficace, mais surtout parce que la communication de la fédération a été désastreuse. Pourquoi ne pas annoncer dès juin, que Luis Enrique, qui doit faire face à ce qui est certainement la situation la plus affreuse qui soit (c’est le père d’une petite fille qui vous parle là), prend simplement du recul mais garde son poste de sélectionneur jusqu’à sa décision définitive ? Pourquoi ne pas envisager un congé (sans solde même) pour qu’il puisse être auprès de sa fille dans ce qu’il savait déjà être ses derniers moments avec elle ? Cette formule aurait eu la délicatesse de ménager un homme dans une situation dramatique, tout en ne faisant pas miroiter à son “remplaçant” qu’il serait à la tête de la Roja pour les phases finales. Ce type d’accord, de congé pour personne “aidante”, existe déjà dans de nombreux pays, pourquoi n’a-t’il pas été transposé au domaine du sportif dans ce cas-là ?

 

Moreno trop impliqué ?

Pour ces raisons, il est impossible d’en vouloir à Luis Enrique, difficile également de blâmer Moreno. S’il avait bien accepté cette possibilité en juin (et l’avait répété en septembre quelques jours après le décès de la fille de son ancien mentor), Moreno reste un être humain. Et sa décision de ne pas retourner dans le staff comme simple assistant, et donc de faire un pas en arrière, est tout à fait compréhensible. Lorsqu’on a modelé un groupe, qu’on a vécu des moments forts avec lui, partagé des victoires, difficile de revenir dans l’ombre, ce serait sous-estimer le côté “affect” d’une équipe. Son émotion (et peut-être même son amertume) en disent long sur le lien que peut avoir un sélectionneur avec ses joueurs, et sur les espoirs et les rêves que peut avoir un homme tout simplement.

 

Homme. C’est le mot-clé de cette histoire. Et c’est bien à ce niveau-là que la gestion de la fédération a pêché. Pour n’avoir pas su prévenir assez, pour n’avoir pas su gérer cette part de l’humain, les instances Espagnoles du football se sont offert un nouvel épisode médiatique, qui malheureusement ne semble faire que des perdants…

A propos de l'auteur

Si ma fille en avait, elle se serait appelée LeBron, j'ai découvert la NBA avec Kobe et The Answer, je l'ai aimée avec TP et el Manu.

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