Frédérique Jossinet : “Le football féminin doit se jouer et s’encadrer en équité”

Nous devions la rencontrer le 15 février dernier au siège de la FFF. Retenue à un rendez-vous extérieur, c’est finalement au téléphone que nous avons discuté le 6 mars dernier avec Frédérique Jossinet du football féminin en France et de la prochaine Coupe du monde. Ancienne judokate de haut niveau (3 titres européens, une finale olympique à Athènes en 2004), la directrice du football féminin à la fédération française de football nous a expliqué la stratégie mise en place en France pour développer le foot féminin. Et a évoqué son parcours.

On connaît votre carrière en judo, mais comment êtes-vous arrivée à la FFF ?

J’ai préparé ma reconversion parallèlement à ma carrière de sportive de haut niveau. J’ai passé les concours de sport assez classique au départ, DUG et licence STAPS mais je ne voulais pas enseigner. J’ai arrêté ma carrière et suis devenue entraîneure nationale de judo de l’élite jeune, filles et garçons confondus. Une fois agent de l’État, je suis rentrée à l’ESSEC pour avoir un master en sport d’entreprise et stratégie de management afin d’avoir la possibilité de repartir dans le privé. Après avoir été entraîneure nationale de judo, le ministère des sports est venu me chercher. J’ai travaillé auprès de la ministre des Sports de l’époque, Valérie Fourneyron, sur des thématiques liées au sport féminin, et la relation entre femmes et sport. On a par exemple mis en place “les 24h du sport féminin” avec le CSA, devenu l’opération “Sport féminin toujours”. On a enfin imposé un taux de féminisation aux fédérations.

Puis vous avez notamment pris contact avec la fédération de foot. Quelle relation avez-vous avec ce sport ?

Ma première licence sportive était une licence de football. Mais je ne pouvais pas jouer le week-end avec les garçons, même si j’avais le niveau. Je me suis donc tournée vers le judo car j’avais besoin de compétition. Il faut savoir que les sports tels que l’escrime, la lutte, ou le judo utilisent le football pour la préparation physique. Et on suit comme tout le monde ce sport. Mais j’ai baigné très tôt dans ce milieu car mon grand-père était semi-professionnel et a joué dans des supers clubs parisiens, tel que le Red Star.

J’ai travaillé avec la fédération de foot pour le ministère. J’ai repris contact avec eux, et ils m’ont proposé un poste, qu’on a défini et mis en transverse pour que le projet soit porté par tous.

Y-a-t-il une différence entre la féminisation dans le judo et le football ?

Ce n’est pas du tout pareil car on parle de football féminin mais jamais de judo féminin. On retrouve des garçons et des filles dans les cours de judo. C’est un sport mixte comme l’athlétisme, la natation ou la lutte. Les équipes de France concourent en même temps et la médaille a la même couleur, valeur et exposition. Enfin plus ou moins. Pas en football. Si en 2011 la fédé de football, via son président Noël Le Graët n’avait pas défini le football féminin comme la priorité des prochaines années, personne ne s’en serait occupé.

“Il faut que ce soit un sport qui se joue et s’encadre en équité”

Vous avez donc mis en place un plan pour mettre en avant le football féminin …

C’est un plan en 360 pour développer la pratique féminine mais aussi toutes les familles du football (arbitres, éducatrices, animatrices, entraîneures, dirigeantes de club, de ligues et de districts). Par exemple, j’ai paré les stades qui accueillaient l’équipe de France féminine de bleu, tandis qu’ils étaient roses jusque là, ce qui n’est pas notre couleur.

Vous gérez donc ce plan dans sa globalité ?

J’ai des ambitions et des objectifs chiffrés, via le plan horizon 2020, en terme de pratiquantes, dirigeantes, etc. Cela passe par un encadrement de la pratique féminine. On structure les compétitions, l’encadrement dans les clubs, les contrats de sponsoring, on forme d’anciennes joueuses pour qu’elles deviennent entraîneures. Il faut que ce soit un sport qui se joue et s’encadre en équité.

Pour le championnat, on a resserré la Division 1 (D1) à 12 équipes, et la Division 2 (D2) est passée de 3 à 2 groupes de 12 afin d’avoir les meilleures. Il y a désormais 2 descentes au lieu de 3, et pour arriver en D2, les clubs passent par des championnats régionaux et inter-régionaux pour avoir le meilleur niveau de performance. Enfin, on accompagne les clubs dans leur  structuration avec une nouvelle licence-club : ils doivent remplir un cahier des charges  pour jouer en championnat.

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Aujourd’hui, presque toutes les joueuses de D1 ont des contrats fédéraux, tandis qu’elles étaient une trentaine en 2011. Elles sont actuellement 40 en D2. On ne peut pas imposer des contrats aux clubs, puisque tous n’ont pas le même statut.  Il y a des clubs 100 % féminins, comme Soyaux, ceux rattachés au nom du club des garçons mais qui ne sont pas rattachés à l’association du club (comme Bordeaux qui n’a pas de statut pro, et qui a donc moins de finances), puis ceux comme l’OL, qui sont rattachés à la section pro et qui mutualisent les compétences des gens qui travaillent pour les garçons et les filles.

“Ce retard est dû à la société”

Selon vous, à quoi est dû ce retard ?

Au regard des autre sports féminins, il est dû à la société où le statut de la femme a pris du retard sur le statut et la considération du statut de l’homme. À part le tennis, qui a fait une grosse révolution, on est en retard, parce que la société en France est ainsi. Ce qui n’est pas le cas ds les pays nordiques, des États-Unis ou du Canada.

La communication autour de la prochaine Coupe du monde (7 juin – 7 juillet) s’est accentuée depuis quelques mois. C’était votre stratégie de la commencer à ce moment là ?

D’abord, on ne voulait pas mélanger la Coupe du monde des garçons et celle des filles. Il y a eu une grosse communication autour des garçons, et une fois l’été passé, on a mis l’accent sur les filles. Notre but est que les gens sachent qu’une Coupe du monde sera organisée en France et qu’ils connaissent les Bleues. A cet effet, une grosse campagne de communication avec Nike va sortir le 11 mars [hier, ndlr], avec deux maillots dédiés aux filles et qui seront adaptés aux garçons, comme ça n’a jamais été fait.

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“Ce qui se passe est incroyable”

Les Bleues ont rempli leurs trois derniers stades, au Havre, Laval et Tours, mais comment se fait-il que des tribunes étaient vides et bâchées à Tours ?

Le stade doit être dans une certaine configuration avec des normes car le match se déroule dans une période FIFA. On ferme et bâche les tribunes quand elles ne correspondent pas en terme de sécurité. C’est ce qu’il s’est passé à Tours et c’est ce qu’il se passera aussi à Montpellier pendant la Coupe du monde.

Donc vous êtes plutôt satisfaite des précédents matchs ?

Bien sûr, on enchaine 3 stades complets, et les prochains matchs le seront aussi. Pour l’instant, la billetterie a été ouverte par pack et plus de 50 % des places ont été achetées. Certains stades sont quasi pleins alors que billetterie individuelle n’a pas ouvert. [ouverture le 7 mars, ndlr]. Les matchs où les Bleues joueront seront pleins. Ceux de l’Angleterre, la Suède, les États-Unis et même l’Écosse le seront aussi. Cela dépendra aussi des affiches, mais on est au-delà de nos prévisions. Ce qui se passe est incroyable. Il y a déjà des pré-commandes pour demain [le 7 mars, ndlr].

 

Merci Frédérique, et on vous souhaite une bonne Coupe du monde !

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