Depuis maintenant plusieurs années, une flopée de jeunes joueurs talentueux a fait son apparition. Toute la communauté tennis les range dans une même catégorie, appelée “Next Gen”. Elle serait là pour prendre la relève du Big 3 composé de Djokovic, Nadal et Federer et pousser les vieux vers la sortie. Néanmoins, en Grand Chelem notamment en finale, les trentenaires (voire quarantenaire pour le Suisse) dominent toujours. Bien que bourrée de talent, pourquoi la jeune génération bloque contre le Big 3 en Grand Chelem ? À la veille de Wimbledon, cette question mérite d'être posée. 

Remise en contexte

Depuis 2018 les membres de la Next Gen parviennent à se hisser en finale de Grand Chelem. Daniil Medvedev atteint la finale de l'US Open en 2019 et celle de l'Open d'Australie en 2021. Alexander Zverev rejoint la finale de l'US Open en 2020. Stéfanos Tsitsipás vient de réaliser sa première finale de Grand Chelem à Roland-Garros il y a deux semaines. Enfin, Dominic Thiem, qui est un peu un cas à part, possède le palmarès le plus rempli avec deux finales à Roland-Garros (2018 et 2019), une finale à l'Open d'Australie en 2020 et une victoire à l'US Open lors de la même année. Le point commun entre tous ces joueurs et toutes ces finales (sauf Zverev) réside dans l'adversité.

Chacun des membres de la Next Gen a perdu contre un membre du Big 3, plus précisément du Big 2 de Djokovic et Nadal. L'US Open 2020 fait exception. Il s'inscrit dans un contexte sanitaire particulier. De plus, Djokovic s'est incliné contre lui-même en se faisant disqualifier. Cela a permis à Dominic Thiem et Alexander Zverev de disputer une finale 100% inédite. Mais encore une fois, avantage au plus âgé, avec une victoire pour l'Autrichien.

Lors de certaines finales, le Big 3 détruit totalement leur adversaire. C'est le cas pour Nadal à Roland-Garros contre Dominic Thiem ou de Djokovic face à Medvedev en Australie cette année. Cependant, durant quelques finales, les jeunes arrivent à prendre une option sur la victoire pendant le match. On repense à Dominic Thiem à l'Open d'Australie 2020 où il mène 2 sets à 1 contre Djokovic ou récemment à Tsitsipás qui avait un avantage de deux manches à rien à Roland-Garros. Le problème se situe alors dans la finition. On peut supposer qu'ils ont du mal “à tuer le père” en quelque sorte. Leur respect envers ces légendes est sûrement plus grand que leur volonté de gagner et donc permet au monstre à trois têtes de toujours dominer le tennis mondial.

Crédit vidéo : France tv sport

Quels sont les problèmes ? 

Après six finales perdues contre Nadal ou Djokovic, on peut se questionner sur la nature du ou des problèmes que rencontre la Next Gen. Tout d'abord, certains Majeurs sont des chasses gardées. On pense tout de suite à Roland-Garros qui possède son maître Rafael Nadal avec 13 victoires en 17 participations et un ratio de 105 victoires pour 3 défaites. Même si la dernière édition n'a pas sacré l'Espagnol, il est toujours très compliqué de le battre à la porte d'Auteuil. Pour preuve, celui qu'on considérait comme le n°2 sur terre battue, Dominic Thiem s'est incliné deux fois sèchement en finale. Le niveau de jeu associé à cette longévité au sommet effraye les adversaires qui se retrouvent vite sous pression et craquent souvent à la perte du premier set.

Idem pour Djokovic en Australie. Le n°1 mondial l'a remporté 9 fois pour 9 finales et 17 participations. L'exemple de cette année est criant. Medvedev auteur d'un tournoi magistral s'effondre totalement en finale à cause de la pression mise sur ses épaules.

Crédit vidéo : Eurosport

De ce phénomène en ressort l'aspect psychologique de la question. Ce que l'on appelle communément le mental fait partie intégrante du sport et encore plus en tennis. Lorsqu'un membre de la Next Gen arrive en finale, on suppose que, dans les têtes des joueurs, cela doit être un joyeux bazar. Il faut arriver à contrôler ses émotions, réussir à se défaire de la pression de l'événement, et se dire qu'en face on affronte un adversaire comme les autres et pas une légende vivante. Plus facile à dire (ou à écrire) qu'à faire. Comme mentionné plus haut, certains joueurs se sont écroulés au moment le plus crucial du tournoi. D'autres résistent mais cèdent avant de l'emporter.

Enfin, le dernier problème réside dans le format de jeu des Grand Chelem. Désormais affirmés, ces jeunes joueurs faisant partie du top 10 mondial, parviennent à déranger et à vaincre ces grands noms aux ATP Finals, en Masters 1000 ou ATP 500 dans un format au meilleur des trois manches. Néanmoins, dès que l'on passe sur un format au meilleur des cinq manches, plus personne ne répond à l'appel. L'expérience de Nadal, Federer ou Djokovic fait la différence. De plus, même s'ils sont menés, ils ont la possibilité de se refaire sur la durée. L'exemple de Djokovic cette année à Roland-Garros est parfait. Deux fois handicapé de deux sets, le Serbe a su reprendre les choses en main pour s'imposer.

Ces trois problèmes majeurs coûtent des trophées aux meilleurs jeunes joueurs du circuit. D'un autre côté, cela renforce trois légendes du tennis et du sport qui nous régale depuis presque 20 ans.

Une lueur d'espoir

Malgré ces défaites successives, une lueur d'espoir semble se dessiner. En effet, les membres de la Next Gen parviennent à gêner le Big 3 en Grand Chelem. Tsitsipás a battu Nadal à l'Open d'Australie cette année en remontant un déficit de deux manches à rien. Le Grec avait également battu Federer lors du même tournoi en 2019. Dominic Thiem était venu à bout de Djokovic lors de Roland-Garros 2019 ; tout en rajoutant les sets pris en finale qui leur permet de mener au score. Le premier sacre contre un Big 3 semble tout proche. Même si Djokovic se place en grand favori pour ce Wimbledon, rien n'assure sa victoire. Le Serbe va devoir gérer une fatigue physique et s'adapter très vite au gazon sans avoir réalisé de tournoi préparatoire en simple. Une opportunité est peut-être à saisir.

Crédit vidéo : Eurosport

La Next Gen bloque toujours contre le Big 3 dans les moments clé en Grand Chelem mais l'instant de délivrance se rapproche. Il suffira certainement d'une victoire pour rompre cette barrière mentale et permettre aux jeunes d'enfin prendre le pouvoir sur le long terme. La chose la plus terrible qui pourrait arriver serait que les trois grands prennent leurs retraites sans avoir laissé un Majeur aux jeunes. Toutefois, cette Next Gen parait assez talentueuse pour renverser l'ordre établi et donner enfin tort aux propos de Djokovic.

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