Le Moyen-Orient, nouvel Edolrado du cyclisme

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Ligue 1

Le premier Tour d’Arabie Saoudite de l’histoire s’est élancé mardi. Le Tour d’Oman (bien qu’annulé cette année suite au décès du Sultan), l’UAE Tour sont devenus des classiques de la saison cycliste. En une dizaine d’année, le Moyen-Orient est devenu un des acteurs majeurs du cyclisme mondiale par le biais d’organisations de courses dans la région ou avec la création d’équipes professionnelles aux couleurs des monarchies pétrolières. Décryptage.  

Redorer son blason

Depuis le début du XXIe siècle, le sport est devenu un des éléments centrales de la politique des monarchies pétrolières. C’est un moyen pour ces pays de redorer leur image auprès de la communauté internationale. Et pour cause, souvent décriées pour leurs non-respect des droits de l’homme (Bahrein souvent critiquée pour persécuter ses opposants politiques), crimes de guerre (Arabie saoudite au Yemen), affaire de corruption (attribution du mondial de football 2022) … Le sport est alors vu comme un moyen de se réconcilier avec le monde et de véhiculer une image positive.

L’organisation de courses cyclistes au Moyen-Orient a aussi vocation à développer le tourisme local et préparer l’après-pétrole, alors que le Qatar tire 70% de ses revenus de l’or noir. Ces courses disposent tous d’une couverture TV digne des Grands Tours avec à minima 2 heures de direct par étapes et sont retransmises dans le monde entier (Eurosport et La Chaine l’Équipe en France). C’est donc un moyen pour les États de montrer aux yeux du monde les décors de carte postale de leurs pays. Ils vont même plus loin en finançant des spots publicitaires diffusés avant la course et pendant les pauses publicitaires mettant en valeur les paysages idylliques du pays.

Deux états sont allé plus loin en 2017 en créant leur propre équipe. Les EAU, en parallèle du Tour des Émirats Arabes Unis ont racheté la licence World Tour de la Lampre pour disposer de sa propre équipe dans le peloton professionnel avec un maillot au couleur du pays. Bahrein par le biais du Cheikh Al Khalifa finance également une équipe évoluant en World Tour. Avec un nom et un maillot aux couleurs des États, il s’agit d’exporter le nom à travers le monde et d’attirer de nouveaux investisseurs sur son territoire. C’est également le moyen d’investir dans le sport de manière durable et préparer son économie à la fin de le rentre pétrolière. Le Tour de France, plus grande course cycliste professionnelle du calendrier est suivi par près de 3,5 milliards de téléspectateurs dans plus de 190 pays. Les coureurs de ces équipes sont donc utilisés indirectement comme des véritables ambassadeur de ces monarchies.

Un rendez-vous incontournable de la saison

Organiser des compétitions dans des pays arides et où le vélo est loin d’être le sport national (seulement 1% des Saoudiens pratiquent le vélo) peut sembler être farfelue. Pourtant sur le plan sportif, les épreuves du golfe ne sont pas dénaturées de tout intérêt bien au contraire. Le Saudi Tour, l’UAE Tour ou encore le Tour d’Oman (édition 2020 annulé suite à la mort du Sultan) se déroulent chaque année durant le mois de février. Les organisateurs profitent des excellentes conditions climatiques pour attirer le peloton professionnel, qui cherche à reprendre dans les meilleurs conditions la compétition après la traditionnelle coupure hivernale. Les coureurs et les équipes disposent des meilleurs installations pour briller ; hôtels de luxes, organisation au petit soin, de quoi faire du Moyen-Orient, une destination privilégié pour le mois de février. Bref, des conditions idéales pour faire du vélo.

Et même si les enjeux économiques sont important comme en témoigne les importantes dotations distribuées tout au long des épreuves, c’est bien le plan sportif qui fait la richesse et le succès de ces (nouvelles) compétitions. Les organisateurs tentent de rendre les parcours les plus intéressant et palpitant possible à la fois pour les coureurs et les spectateurs. Chaque profil y trouve son compte. Hatta Dam, Jebel Hafeet, Jebel Jais, Green Moutain sont devenus le terrain privilégié des meilleurs puncheurs et grimpeurs du peloton. Et lorsqu’il n’y a pas de vraies ascensions, les organisateurs n’hésitent pas à la créer comme cela a été le cas pour l’arrivée de la première étape du Saudi Tour au sommet d’un talus où la route a été construire pour l’occasion. Pour corser le tout, le vent est souvent de la partie et sème la zizanie dans peloton. Le Saoudi Tour est vu comme “une course pour les flandriens du désert” selon ASO, l’organisateur de l’épreuve. Vainqueur de l’UAE Tour en 2018, Alejandro Valverde déclarait d’ailleurs qu’il était “plus fatigué” à l’issue de l’épreuve que s’il avait “grimpé cinq fois le Tourmalet”.  Les promoteurs n’oublient pas également les sprinteurs, qui ne sont pas en restent avec de nombreuses arrivées taillées pour leurs grosses cuisses. Pour de nombreux coureurs, les courses au Moyen-Orient sont devenus un rendez-vous incontournable de la saison. Mark Cavendish a pris l’habitude de monter en puissance dans les monarchies pétrolières. Fabian Cancellera, Chris Froome, Vincenzo Nibali, Miguel Angel Lopez, Alberto Contador, Alejandro Valverde, Sam Bennett, Elia Viviani ont tous déjà posé les roues au moins une fois dans le golfe persique ces dernières années. La densité des coureurs est telle que c’est devenu un moyen quasi incontournable pour les cadors du peloton afin de voir où ils en sont par rapport à leurs rivaux. Le plateau de l’UAE Tour ne cesse de se remplir au fil des années alors que ceux des courses espagnoles, qui étaient jusque-là historiquement les courses de reprises, se vident.

Le Moyen-Orient attire les plus grandes stars du cyclisme.
Primoz Roglic vainqueur de l’UAE Tour en 2019 devant Alejandro Valverde et David Gaudu

Briller à n’importe quel prix

Bahrain-McLaren et UAE Team Emirates servent de vitrine et de publicité pour leurs investisseurs qui ne sont d’autres que les États eux-mêmes. Mais ces pays qui financent ces équipes ont également pour but de briller et s’imposer au sommet du cyclisme mondial. Les deux équipes disposent ainsi d’une puissance financière énorme. Environ 20 millions d’euro pour l’équipe Bahrain-McLaren en 2019 et plus de 30 millions d’euros pour UAE Team Emirates, ce qui place la formation des Émirats Arabes Unis juste derrière la formation Ineos dans le classement des équipes les plus riches. Pour autant, les deux équipes du Golfe peinent à s’imposer dans la hiérarchie et ceux malgré les recrutements XXL opérés chaque année. Depuis l’apparition des deux équipes dans le peloton professionnel en 2017, elles n’ont pas remporté le moindre Grand Tour. 4 petites victoires d’étapes sur les GT pour Bahrain, 2 monuments et 3 podiums (Nibali sur le Giro 2017 & 2019 ainsi que la Vuelta 2017). Pour UAE, le bilan n’est guère mieux avec 8 victoires d’étapes sur les GT et un seul podium (Tadej Pogacar, 3e de la Vuelta 2019) depuis sa création.

Pourtant Vincenzo Nibali, Sonny Colbrelli, les frères Izagirre, Rohan Dennis ou encore Dylan Teuns étaient venu renforcer les rangs de la Bahrain. Chez UAE aussi les millions ont permis de recruter Fabio Aru, Dan Martin, Alexander Kristoff, Fernando Gaviria, Sergio Henao peinent à s’imposer dans leurs nouvelles équipes la faute (certainement) à un manque de projet cohérent. Les deux équipes commencent (enfin) à comprendre l’importance de construire un effectif cohérent. Ainsi depuis deux saisons, elles ont cessé d’empiler les stars dans leurs effectifs et mise sur des jeunes coureurs prometteurs. Ainsi les jeunes et prometteurs Jasper Philipsen (1 étape du Down Under en 2019), Tadej Pogacar (Triple vainqueur d’étape sur la dernière Vuelta et 3e au CG), Mikkel Bjerg (Triple champion du monde de CLM U23) et André Camilo (Vainqueur du Giro U23) roulent actuellement pour l’équipe Emirates. Alfred Wright (vainqueur d’une étape sur le Tour de l’Avenir) et Santiago Buitrago (6e du Tour du Mt Blanc) ont rejoint cette année la Bahrain.

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Depres Nicolas

 

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