Eric Harrison, le professeur de Manchester United

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WalesOnline.co.uk
Ligue 1

Décédé l’année dernière, Eric Harrison fut responsable des jeunes de Manchester United durant 27 ans. Portrait de l’un des piliers de l’ère Alex Ferguson.

 

« Il a construit le caractère et la détermination de ces jeunes joueurs, et les a préparés pour le futur. Il était un professeur, il a donné à ces joueurs un chemin, une opportunité et il l’a fait uniquement à travers un travail acharné et des sacrifices. Il était capable d’inculquer cette éducation à la jeunesse, ce qui a fait de lui l’un des meilleurs entraîneurs de notre époque ». Lors des funérailles d’Eric Harrison en février 2019, c’est par ces mots que Sir Alex Ferguson a rendu hommage à l’un des fondateurs de ses nombreux succès.

 

Un recrutement repensé

Novembre 1986. Manchester United est dans une situation sportive aussi maussade que peut l’être la météo dans le nord de l’Angleterre à cette époque de l’année. Le coach Ron Atkinson vient d’être limogé, et un certain Alexander Chapman Ferguson débarque au Cliff, le centre d’entraînement des Red Devils. L’ancien manager d’Aberdeen entame alors une révolution au sein du club, interdisant par exemple l’alcool et imposant le port du costume les jours de match. Et ces chamboulements passent par le centre de formation. A la tête de celui-ci figure Eric Harrison, modeste joueur de troisième et quatrième division amené à Manchester par Ron Atkinson en 1981. A l’issue de sa retraite sportive en 1972, le natif de Mytholmroyd avait occupé le poste d’entraîneur des jeunes à Everton pendant neuf ans, atteignant la finale de la FA Youth Cup en 1977.

Eric Harrison a été l’un des éléments déterminants de la réussite d’Alex Ferguson à Manchester United. (Crédits photo : EMPICS – Sport)

 

Chez les Red Devils, Eric Harrison a déjà propulsé Clayton Backmore, Mark Hughes ou encore Norman Whiteside en équipe première. Insuffisant pour Alex Ferguson. « Il m’a carrément dit, bien à sa manière : “Je ne suis pas satisfait du centre de formation”. Il devait être là depuis quelques semaines, ou un mois », explique Eric Harrison dans le documentaire The Class of 92 sorti en 2013.  Commence alors une discussion qui fera basculer Manchester United dans une nouvelle ère. « J’ai dit : “Vous savez combien de recruteurs a Manchester City, et combien nous en avons ?” Quand je lui ai dit, il en a été sidéré », poursuit-il. « On n’en avait que deux, s’exclame celui qui passera 27 saisons sur le banc d’Old Trafford. Deux recruteurs pour tout Manchester. Vous y croyez ? La population de Manchester et sa banlieue était de 6 millions à l’époque. Quand j’ai quitté Aberdeen, l’Ecosse comptait 3,5 millions d’habitants, et on avait 17 recruteurs au club ». « En un mois, il a triplé le système de prospection, puis on a commencé à recruter », conclut le responsable de la formation.

 

La Class of 92

Dans son autobiographie The View from the Dugout publiée en 2001, Eric Harrison évoque une promesse découlant de cette restructuration. « Je lui ai dit : “Ok, faisons un accord. Donnez-moi de meilleurs joueurs, et je vous donnerai davantage de jeunes joueurs pour l’équipe première ». Parole tenue. Tandis qu’Alex Ferguson ramène l’équipe première sur le devant de la scène, la relève se prépare. Et parmi tous les jeunes mancuniens qui rejoignent The Cliff, six s’en détachent : Phil et Gary Neville, Nicky Butt, Ryan Giggs, Paul Scholes et David Beckham. Une génération dorée qui formera la Class of 92, remportant la FA Youth Cup 1992 et atteignant la finale de l’édition 1993.

Pour mener ces prodiges vers le haut niveau, Eric Harrison fait preuve d’une exigence de chaque instant. « Je ne sais pas comment cette fenêtre a tenu. Il était à l’étage du Cliff. Si quelqu’un faisait une erreur sur le terrain, il frappait à la fenêtre, personne ne regardait en haut ! Ils auraient eu peur de regarder en haut. Mais s’il n’était pas à la fenêtre, on s’avait qu’il descendait », témoigne Alex Ferguson dans The Class of 92. « Eric les a ramenés sur terre, puis leur a inculqué la morale », ajoute Robert Savage, également membre de l’équipe. Une discipline couplée à une grande bienveillance, jusqu’à être « comme un deuxième père » pour Phil Neville. Un management qu’Eric Harrison tient de son expérience de joueur. A Hartlepool, il évolua sous les ordres de Brian Clough, double vainqueur de la Ligue des Champions avec Nottingham Forest et véritable légende du football britannique. « Lors de sa causerie du lundi matin, vous étiez littéralement en train de trembler si vous aviez fait quelque chose de mal le samedi ou si vous n’aviez pas bien joué, car il allait vous massacrer. Mais si vous aviez bien joué, il vous rendait fier de vous, explique-t-il dans The View from the Dugout. J’ai alors décidé d’en tirer les aspects positifs, en essayant de rendre les joueurs fiers d’eux la plupart du temps. Je dis toujours qu’avec les jeunes joueurs, c’est 90% de main sur l’épaule et 10% de coup de pied au derrière ». Tactique payante. Sept ans après la première épopée en FA Youth Cup, la Class of 92 remporte le triplé Premier League, FA Cup et Ligue des Champions sous les ordres d’Alex Ferguson.

Phil Neville, Nicky Butt, Ryan Giggs, Eric Harrison, Gary Neville, Paul Scholes et David Beckham après le sacre en Ligue des Champions. (Crédits photo : Instagram David Beckham)

 

Ceux qui deviennent les Fergie’s Fledglings (les Oisillons de Fergie) n’oublient pas pour autant leur formateur, qui était d’ailleurs présent à leurs côtés lors de la finale de la coupe aux grandes oreilles. « Eric, nous te devons tout », a assuré Gary Neville lors des funérailles d’Eric Harrison, tandis que David Beckham a estimé que « la chose la plus importante, c’est qu’il nous ait aidés à comprendre comment travailler et comment respecter l’autre sur et en dehors du terrain. Nous n’oublierons jamais les leçons de vie qu’il nous a données ». Le plus grand Eric de l’histoire de Manchester United n’est peut-être pas celui que nous croyons.

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