La Suisse n'a pas fait de détail contre la Turquie cet après-midi, au Stade Olympique de Bakou. Après avoir subi un cuisant revers contre l'Italie en début de semaine, la Suisse s'est remise les idées à l'endroit contre le dernier du groupe A. La victoire, méritée, permet à la Nati d'entrevoir la qualification pour les huitièmes en faisant partie des meilleurs troisièmes. Car, dans l'autre rencontre, l'Italie ne s'est imposée que sur le plus petit des scores. Le pays de Galles, au goal average, se place donc deuxième devant les Helvètes.

La Turquie a tout raté

L'Euro 2020 de la Turquie est donc bel et bien raté. Contre le pays de Galles, les hommes de Şenol Güneş s'étaient écrasés, ne marquant pas un seul but (0-2), tout comme contre l'Italie au match d'avant (0-3, voir par ailleurs). Cet après-midi, Can Kahveci a ouvert le compteur pour son pays, en vain. Pas une seule victoire pour la Turquie, que beaucoup voyaient jouer les premiers rôles au sein de cette poule plutôt homogène et relevée. Les Turcs n'iront pas en huitièmes de finale et retournent d'ores et déjà chez eux. Les heures de leur sélectionneur sont sûrement comptées.

Dans le jeu, la Turquie n'a quasiment rien proposé. Seules quelques fulgurances individuelles ont permis à Sommer de s'illustrer (4e, 15e, 33e). Çakir, son homologue turc, s'est lui aussi bien montré, repoussant l'échéance longtemps. Seule satisfaction de cet Euro, le portier de Trabzonspor aura sûrement la côte en Europe après ses trois prestations de grande classe. Complètement abandonné par sa défense, en dessous de tout sur ce match, il est le seul à avoir rempli son rôle. Sa charnière centrale, à l'image de toute son équipe, s'est contentée de regarder jouer les Suisses, sans jamais dégager un sentiment de sérénité. Le score est lourd, les têtes le sont aussi. Si les deux nations jouaient pourtant leur survie, une seule s'est réellement démarquée.

La Suisse le mérite bien

Le match nul inaugural contre le pays de Galles avait provoqué des sueurs froides au sélectionneur de la Nati, Petković. La défaite face à l'Italie condamnait les Suisses à “l'exploit” contre la Turquie, elle aussi sous l'eau. Finalement, le terme d'exploit n'est pas approprié : la Suisse était meilleure, sur le papier comme sur le terrain. Un Granit Xhaka des grands soirs, ainsi qu'un Xherdan Shaqiri double buteur et inspiré, ont été les grands artisans de la victoire helvète. Le premier nommé a rayonné au milieu de terrain, distribuant des caviars à ses coéquipiers. Son entente technique avec Freuler a sauté aux yeux.

Le côté droit de la Suisse, amputé de Mbabu, remplacé par Widmer, a moins pesé que d'habitude. En revanche, l'animation du couloir gauche orchestrée par Rodríguez et Zuber a été parfaite. Le second nommé a d'ailleurs délivré les trois passes décisives du match, égalant le record établi par Altintop contre la République tchèque en 2008.

Petković, confiant dans la capacité de son équipe à dominer son adversaire, a pu faire tourner en fin de match, faisant notamment rentrer Gavranović, Benito et Mehmedi. Si la Suisse ne sait pas encore si elle est qualifiée pour la suite des événements, elle a en tout cas fait une belle impression sur ce match. La Turquie reste une opposition plutôt faible, mais la victoire, avec la manière, peut remplir de joie les Helvètes.

Le joueur : Xherdan Shaqiri

Comment ne pas s'extasier devant la performance du joueur de Liverpool, et comment ne pas lui demander d'évoluer comme cela avec les Reds, après un match comme le sien ? Il a tout simplement surnagé, planant trois quarts d'heure sur la rencontre, avant d'être remplacé par le jeune Vargas (76e). Peu après l'ouverture du score de Seferović sur une très belle frappe lointaine (6e), le milieu suisse a doublé la mise (26e) à l'aide d'un tir dont lui seul a le secret. Servi à l'entrée de la surface, il a eu tout son temps pour ajuster le portier adverse et loger un enroulé du droit dans la lucarne de Çakir. Un vrai petit bijou.

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En seconde mi-temps, malgré la réduction du score adverse (Kavheci, 62e), la Suisse a continué à pousser. Un pari payant. Peu avant la 70e minute de jeu, Shaqiri, encore lui, profitait d'une offrande de Zuber pour tromper une nouvelle fois Çakir. Le break était fait, et les Turcs ne pouvaient plus revenir. Capable de fulgurances, comme lors de l'Euro 2016, celui qui n'était pas sûr d'être sélectionné, car un peu hors de forme, a bien sauvé la mise de la Nati. Homme du match, Willi Ruttensteiner, observateur technique de l'UEFA, résumait à la perfection la partition de Shaqiri : “Deux excellents buts, des passes et des centres brillants, une grande intelligence footballistique et un travail acharné pour l'équipe.”

La formule de l'Euro 2020, cruelle, laisse pour l'instant entrevoir les huitièmes aux Suisse. Avec 4 points mais une différence de but négative, il faudra continuer à espérer tout au long de la semaine. S'ils continueront à s'entraîner, une mauvaise nouvelle pourrait condamner la Suisse à rentrer chez elle. Pour la Turquie, c'en est déjà fini de cet Euro 2020, et devient la première nation à rentrer chez elle. La rencontre, disputée en Azerbaïdjan, non loin de la Turquie, sonnait pourtant presque comme à la maison.