Après onze mois fournis en évènements sportifs, notamment à cause du report de nombreuses compétitions qui devaient avoir lieu l’an passé, le mois de décembre conclut un cru 2021 encore riche en émotions. De la septième bague de Tom Brady au titre de champion du monde de Fabio Quartararo en Moto GP, en passant par les Jeux olympiques et paralympiques, We Sport revient sur 30 moments marquants qui ont rythmé l’année civile. Aujourd’hui, retour sur l’année du karatéka Steven Da Costa, assurément l’un des sportifs français les plus en vue en 2021.

Un début de carrière tonitruant

Si 2021 aura été l’année de la consécration et où il fut le plus dans la lumière, Steven Da Costa arrivait dans cette période olympique avec un palmarès déjà conséquent et une place déjà bien définie sur le devant de la scène. Issu d’une famille de karatékas, ses frères évoluent en équipe de France et son père étant son entraîneur, il débute les arts martiaux dès son plus jeune âge et obtient très vite d’excellents résultats. Dans les catégories jeunes, il enchaîne les titres et les places d’honneur sur les scènes européenne et mondiale, et s’affirme rapidement comme le grand espoir du karaté français. À seulement 18 ans, il est même sacré champion de France chez les moins de 67 kg, se classant également deuxième aux Jeux européens la même année.

En 2016, il se fait définitivement un nom en devenant champion d’Europe de kumite – 67 kg, la discipline de combat au karaté, et monte sur son premier podium mondial en prenant la troisième place des championnats du monde. Steven Da Costa est lancé, et va alors enchaîner les titres. En 2017, il remporte les Jeux mondiaux avant de s’adjuger un premier titre mondial l’année suivante à Madrid. Sur le toit du monde, celui qu’on surnomme « Petit Prince » va y rester, remportant un nouveau titre européen en 2019 tout en enchaînant les bonnes performances dans sa catégorie. À l’orée des Jeux olympiques, où le karaté sera présent pour la première fois de l’histoire, le Français a donc tout pour marquer sa discipline.

À jamais le premier

Pour sa première présence aux J.O. le karaté – kumite – se présentait sous la forme d’un tournoi regroupant dix karatékas par catégorie. Ces derniers étaient alors répartis en deux poules de cinq où tout le monde s’affronte, et où seulement les deux premiers se qualifiaient pour les demi-finales, assurant au passage une médaille. Placé dans la poule B chez les – 67 kg, Steven Da Costa n’envisageait rien d’autre qu’une qualification. Pourtant, le Montois va se faire peur. Après une entrée en lice réussie face à l’Iranien (concourant sous la bannière des réfugiés) Hamoon Derafshipour (4-0), Da Costa commet un faux-pas en s’inclinant contre le Jordanien Abdelrahman Al-Masatfa (7-4). Pour lui, les conditions pour se qualifier sont alors très claires : remporter ses deux dernières rencontres, ou le rêve d’un titre olympique risque de se compromettre. Fort heureusement, il négociera parfaitement la fin de sa phase de poules. Coup sur coup, il s’impose contre le Letton Kalvis Kalniņš (11-2), habitué de la catégorie inférieure non-représentée durant ces olympiades, et le Vénézuélien Andrés Madera Delgado (2-0). Le contrat minimal est rempli, Steven Da Costa est en demi-finale et repartira de Tokyo avec une médaille autour du cou.

Toutefois, les ambitions du Français sont bien plus grandes. En qualité de champion du monde en titre, il n’envisage pas autre chose que l’or dans la capitale nippone. En demi-finale, il se retrouve opposé au vétéran kazakh Darkhan Assadilov (34 ans), qui concourt habituellement dans la catégorie inférieure. Dès le début du combat, Da Costa est mis en difficulté. Après seulement quinze secondes, il concède un waza-ari et se retrouve mené 2 à 0. Conquérant, le Français se porte à l’attaque et cela finit par payer trente secondes plus tard, avec un ippon asséné au Kazakh (3-2). Si le combat s’arrête quelques instants pour soigner un saignement du Montois, après un coup de pied de son adversaire lors de sa chute, la dynamique reste inchangée. Patient, il ne commet pas d’erreur et conserve son avantage, se faisant tout de même une frayeur après une attaque refusée du Kazakh sur une révision vidéo. Mené, Assadilov tente plus de choses, mais c’est bien Da Costa qui inscrira de nouveaux points. S’il se voit d’abord à son tour refuser un waza-ari à la vidéo, il tue définitivement le suspens quelques instants plus tard en ajoutant deux nouveaux points à son total (5-2). La messe est dite pour le Kazakh, Steven Da Costa est en finale.

Pour s’adjuger le titre, le Français n’a plus qu’un seul obstacle à franchir : le Turc Eray Şamdan. Champion d’Europe chez les – 60 kg quelques mois plus tôt à Poreč en Croatie, une compétition où Steven Da Costa a terminé troisième dans sa catégorie, il est alors le seul à pouvoir priver Steven Da Costa, venu à Tokyo « pour l’or et rien d’autre ». Porté vers l’offensive dès les premières secondes, le Français est plus entreprenant et est récompensé par un waza-ari après quarante-cinq secondes de combat (2-0). Il ne le sait pas encore, mais cet avantage sera déjà rédhibitoire pour son adversaire. Pendant deux minutes, Eray Şamdan ne trouve pas la solution pour faire flancher son adversaire. Solide, Da Costa parachève alors son succès par un ippon à deux secondes de la fin du chronomètre (5-0). Le rêve devient réalité, Steven Da Costa est le premier champion olympique de l’histoire de la discipline.

Champion du monde, encore et toujours

Fort de son succès aux Jeux olympiques, Steven Da Costa abordait la fin de saison avec un autre objectif, afin de rendre cette année déjà magique encore plus historique : les championnats du monde 2021 à Dubaï. Après son titre en 2018, et donc sa victoire aux Jeux, le Français se présentait en tant que tête d’affiche, avec pour seule ambition de conserver son dû. Placé tout en bas du tableau, il ne tremble pas lors de ses trois premiers combats. Successivement, il dispose du Curacien Jordy Timmermans (4-0), du Kosovar Ylli Cenaj (2-0) et du Bulgare Vasil Rivov (3-0) sans concéder la moindre touche. De quoi se mettre en jambe avant de rencontrer un premier adversaire majeur.

En quart de finale, Steven Da Costa se retrouve opposé au Grec Dionysos Xenos, absent aux Jeux olympiques mais champion d’Europe quelques mois plus tôt. Vainqueur sur la plus petite des marges lors de chacun de ses combats précédents (1-0), il offrit plus de résistance au Français mais finit lui aussi par s’incliner (2-4), laissant Da Costa filer vers le dernier carré. Cette demi-finale fut sûrement le combat le plus disputé pour le Français. Confronté au Japonais Soichoro Nakano, il ne s’impose que d’une courte tête (3-2) mais remplit une nouvelle fois sa part du contrat. Direction la finale donc, pour tenter de décrocher une nouvelle couronne mondiale.

Trois ans après avoir battu le Brésilien Vinicius Figueira sur le fil (6-5) en finale, Steven Da Costa fit face à un adversaire longtemps habitué de la catégorie inférieure, le Macédonien Emil Pavlov. Multiple médaillé européen mais encore jamais monté sur un podium mondial, Pavlov ne fera qu’illusion face au karatéka tricolore. « Steven n’aura pas un combat facile, de fait… à moins qu’il survole comme il sait le faire » pouvait-on entendre dans le box commentateur de France Télévisions en amont de la finale : la seconde option fut bien celle privilégiée.

Attentiste, le Macédonien semble craindre le Français et laisse ce dernier prendre l’initiative. Pendant la moitié du combat, il ne se passe presque rien, les deux hommes se faisant seulement pénaliser, mais Da Costa finira par allumer la mèche à une minute et vingt secondes du terme. Le Montois débloque ainsi le combat sur un waza-ari (2-0), et la suite sera encore plus belle. Obligé de se découvrir, Pavlov subit un balayage qui apporte dans la foulée trois points supplémentaires au Français (5-0). Brisé, le Macédonien voit le scénario se répéter à peine quelques secondes plus tard, anéantissant tous ses espoirs de victoire (8-0). Le combat est terminé, Steven Da Costa conserve sa couronne mondial et réalise le doublé Jeux olympiques/championnats du monde pour la première fois de l’histoire chez les hommes en kumite.

Année de rêve pour Steven Da Costa, champion olympique et champion du monde en karaté et fier étendard d’une discipline qui ne sera malheureusement pas au programme des Jeux olympiques de Paris en 2024. Rendez-vous demain pour la suite de notre série, avec un autre grand moment pour le sport tricolore au Japon : la médaille d’argent des Bleus en basket masculin.

Crédit image en une : Getty Images