Oberhof: doublé pour Kuzmina et Fourcade, les Françaises et Suédois sortent du brouillard

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Ligue 1

C’était la rentrée sur un des sites les plus prestigieux du circuit, Oberhof. Situé en forêt de Thuringe, en ex-Allemagne de l’Est, le village est un vrai haut-lieu du biathlon avec un tunnel réfrigéré permettant aux biathlètes de l’Europe entière de venir s’y entraîner en condition de neige à l’inter-saison. Mais si c’est bien en plein air que les courses se déroulent, l’idée de courir dans ce centre couvert pourrait être une alternative à creuser pour les années futures. En effet, Oberhof est réputée pour son climat instable. Pluie, vent, neige, rien n’épargne les concurrents chaque année (j’ai d’ailleurs attrapé une rhino-pharyngite avec tous ces chamboulements météorologiques!!!) Mais si les courses individuelles se sont déroulées dans des conditions relativement bonnes, ce fut loin d’être le cas lors des relais de dimanche, particulièrement masculin qui a mis tout le monde dans le brouillard. 

Avant cela, c’est une tornade slovaque qui a déferlé sur le sprint et la poursuite. En effet, Anastasiya Kuzmina a écrasé ces deux courses et relégué ses adversaires au rang de faire-valoirs. Sur la première course, Kaisa Mäkäräinen et Veronika Vitkova, respectivement deuxième et troisième, ont fini à 35 et 40 secondes alors que les trois athlètes avaient toutes réalisé un 9/10. Lors de la seconde, les écarts furent bien plus grands, puisque malgré deux fautes, la soeur d’Anton Shipulin a terminé avec plus d’une minute d’avance sur l’Italienne Dorothea Wierer, remontée de la 16è place grâce à un 20/20 et d’une dix sur l’Ukrainienne Vita Semerenko, partie vingt-deuxième(!!!). Sur le podium la veille, la Finlandaise Kaisa Mäkäräinen chute à la cinquième place. Ces performances permettent ainsi à Kuzmina de s’envoler au général et de prendre une bonne option sur le Gros Globe. Elle serait la première slovaque à glaner le Graal de Cristal. Pas mal pour celle qui revient d’une deuxième grossesse et qui a choisi la Slovaquie en 2008 pour que son premier enfant puisse la suivre à l’entraînement et en stage avec son mari, Daniel Kuzmin, ancien fondeur né soviétique au passeport israélien (vous suivez?) – qui la coache depuis – ce qui n’était pas possible avec la Russie, qui doit aujourd’hui s’en mordre les doigts.

Anastasiya Kuzmina vous salue bien (crédit photo: IBU)

Fourcade l’éclaircie malgré les nuages

Martin Fourcade, lui, a été beaucoup moins dominateur. Si le Français a lui aussi réalisé le doublé, il a surtout bénéficié des erreurs de ses rivaux et particulièrement de Johannes Bø. En effet, auteur de deux fautes celui-ci ne termine sur le sprint, qu’à dix secondes du Catalan, auteur lui, d’un sans-faute, ce qui prouve à nouveau la force du Norvégien sur les skis cette saison. Seulement troisième, c’est son compatriote Emil Svendsen qui s’intercale entre les deux principaux protagonistes de notre saga, à huit secondes et dix sur dix au tir. Cette non-domination écrasante s’est aussi démontrée sur la poursuite où avec trois erreurs, Johannes a réussi à ne s’incliner que de six petites secondes, tandis que Martin réalisa un 9/10. Les hommes du Nord sont donc toujours présents et menacent constamment le leader de la Coupe du Monde qui, bien que toujours en possession du dossard jaune, ne domine plus autant qu’auparavant. Cette constante depuis le début de la campagne 2017-2018 ne devrait pas l’empêcher de ravir son septième gros globe de suite mais elle montre également que la succession est déjà prête et que la Norvège a bien l’intention de reconquérir les sommets dès la saison prochaine.

Martin Fourcade peut être soulagé (crédit photo: IBU)

Les Frogs dans le fog

Si les courses individuelles se sont plutôt correctement déroulées, malgré crachin et brise, on ne peut pas vraiment en dire autant des relais. Les femmes ont eu le droit à un cocktail composé d’une brume givrante et de rafales emportant les pellicules de neige des branches de sapin sur les visages donnant la désagréable sensation de recevoir des jets de mini-grêlons dans la face. Tout ceci saupoudré sur le pas de tir, d’un brouillard bas qui rendait la visibilité assez difficile. 239 pioches, 31 tours de pénalité et six équipes “lappées” telle fut la conséquence de ces conditions compliquées. Dans ce marasme général, c’est l’Equipe de France qui s’en est le mieux sortie. Un peu grâce à la carabine – un tour, dix pioches mais des tirs rapides, et aussi grâce à la forme en ski de Célia Aymonier (qui, comme Denise Hermann vient du fond) et de celle actuelle de Justine Braisaz qui a parachevé la victoire des Bleues sur la piste. Avec les deux Anaïs – Bescond et Chevalier – les françaises ont mis fin à une invincibilité de six relais de suite des Allemandes, deuxièmes sur le podium. Grâce à ce succès, les Tricolores confirment leurs excellents résultats cette saison et se placent pour briguer le globe de l’épreuve.

Les relayeuses françaises ont dompté le brouillard (crédit photo: IBU)

Les Suédois rois de la purée de pois

Trois heures plus tard, c’était au tour des hommes de se frotter aux caprices climatiques désormais notoires d’Oberhof. Et on peut dire que l’on a assisté à une course d’anthologie, si on peut dire, mais pas forcément dans le bon sens pour la plupart des observateurs. Dans une nasse opaque qui ne permettait pas de voir à dix mètres, les biathlètes ont dû composer au tir avec des cibles invisibles dont les quatre rotations se sont assimilées à une loterie. En effet, il n’y avait rien d’autre à faire que de tirer à l’aveugle et de souhaiter que les balles aient réussi à atteindre leur but. Cette partie de roulette russe a battu tous les records avec 373 pioches, 156 tours de pénalités, 11 équipes lappées et une disqualifiée, soit un peu plus de la moitié seulement à l’arrivée (13/25). Et dans ce jeu de hasard absolu, c’est la Suède qui est sorti du brouillard. La gagne s’est jouée sur le dernier tir entre l’Italien Thierry Chenal et Fredrik Lindström. Mais l’inexpérimenté Valdotain, malgré une visibilité un peu meilleure, n’a pas su résister à l’enjeu et dû se contenter de deux pioches, tandis que le Suédois sortait la carte parfaite. Les Scandinaves s’imposent pour la première fois depuis 2009 où son dernier tireur faisait déjà partie de la fête.

Le gros lot pour les Suédois (crédit photo: IBU)

Le soleil de Belgique, le tonnerre de la Polémique

Dès le début, les organisateurs se sont grattés la tête pour savoir s’ils devaient ou non annuler la course. La visibilité étant proche voire même de zéro d’après les propos de certains des protagonistes, comme Jesper Nelin, le deuxième relayeur suédois “au couché, je ne pouvais rien voir. C’est comme s’il y avait un mur… Je n’avais aucune idée d’où je visais”. D’ailleurs, avant les deuxième et troisième tirs, des officiels et membres du jury se plaçaient devant les tapis pour évaluer la situation, encouragés vers l’arrêt par l’Allemagne qui avait déjà perdu toute chance de bien figurer dès son deuxième relais. Mais ces conditions n’ont pas gêné outre-mesure les belges qui ne firent que trois pioches au total sur les quatre premiers tirs pour s’offrir un leadership éphémère grâce à ses deux pièces rapportées, Michi Roesch qui s’est refait une seconde jeunesse en franchissant la frontière et la pépite Florent Claude, lâchée par la fédération française. Malheureusement, comme lors du premier relais, leurs deux autres équipiers étant moins performants, la belle histoire s’est rapidement arrêtée dès le cinquième tir où le pauvre Thierry Langer, parti donc en tête, se retrouva avec un tour de pénalité et où Tom Lahaye-Goffart craqua complètement, classant son pays dernier des équipes restantes en course. Et si Roesch fit le show avec le speaker et le public de son pays natal, d’autres en profitaient pour laisser éclater leur mécontentement, à l’instar d’un Martin Fourcade, au repos qui s’est permis de tacler une IBU taquine de la situation, semblant faire comprendre que s’il avait été sur la liste des engagés, il aurait probablement négocié pour que le départ ne soit pas donné.

Oberhof est connu pour être un Temple du Biathlon, une étape incontournable du calendrier mais également un lieu où les éléments s’amusent chaque année, à faire tourner en bourrique les biathlètes. Si les conditions du relais hommes étaient exceptionnelles, il n’en reste pas moins que cela qu’à cet endroit, elles ne le sont pas vraiment. De même, en bon sport d’extérieur, le biathlon est forcément tributaire du climat et des aléas météorologiques. Et contrairement à la descente de ski alpin ou dans le cyclisme, lors de descentes, il bénéficie d’un parcours “plat” qui ne nécessite pas de prendre des risques où peut donc se permettre de jouer au poker sur le pas de tir, quitte à mettre toutes ses balles à côté. Vent, chutes de neige, brouillard… Savoir jouer avec les éléments fait partie du jeu, à l’instar de toutes ces disciplines de plein air, ou les conditions peuvent totalement changer d’un athlète à l’autre… Et c’est ce qui en fait le charme…

 

 

 

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