Peut-on dire de cette saison 2020 qu’elle est un flop à elle seule pour l’équipe de Jean-René Bernaudeau ? Le bilan est maigre : trois victoires cette année et Total Direct Énergie terminant au cinquième rang du classement UCI Europe Tour. TDE avait pourtant toutes les “wild cards” pour établir son programme sur mesure, le manque d’ambition a été plus fort.

Focus : Tour de France

Pour cette nouvelle édition de la Grande Boucle, changement de leader ! Niccolò Bonifazio porte donc le dossard 181. Bernaudeau compte sur l’Italien pour les étapes. Cependant ce statut est trop lourd à porter pour ce sprinter de second rang. Son meilleur classement est 10e de l’arrivée à Sisteron. Fabien Grellier sauve le Tour de son équipe en portant une journée le maillot à pois. En méforme depuis sa chute sur la Route d'Occitanie, Lilian Calmejane doit reprendre confiance et tenter un coup mais l’Albigeois abandonne, une première pour lui sur un grand Tour. Anthony Turgis, l’un des meilleurs éléments de cette formation, signe un top 10 lors de la première étape. Par la suite, il protège son leader la majeure partie du temps en compagnie de Geoffrey Soupe. Matthieu Burgaudeau, Romain Sicard et Jérôme Cousin complètent la sélection. Le dernier cité montre toutefois les couleurs de l’équipe en étant élu le plus combatif d’une étape en première semaine.

Les tops

Bonifazio sur Paris-Nice

Arrivé fin 2018, le sprinter italien offre à son équipe une victoire en World Tour lors de la cinquième étape de Paris-Nice. Le dernier bouquet cueilli à ce niveau remonte à l’édition 2018 de la course au soleil (Jérôme Cousin).

©Team Total Direct Energie

Turgis 4e du Ronde

On attendait Niki Terpstra pour ce rendez-vous : c’est Anthony Turgis qui répond présent. À l’issue d’une course formidable, il signe à l’arrachée un top 5 sur un monument du cyclisme.

Les flops

Le recrutement

Pour rappel, en avril 2019, Total (entreprise du CAC 40) floque fièrement son logo sur l’équipement du team Bernaudeau suite au rachat de Direct Énergie. On se dit alors qu’à l’instar d’Arkéa, l’équipe va se renforcer sérieusement grâce à un sponsor de grande envergure. Mais voilà, la direction du groupe Total n'est pas sensible au sponsoring de son équipe cycliste ; le budget est financé par la filiale en distribution d'énergie.

En provenance d’une autre Pro Team, Lorenzo Manzin prend la place de Thomas Boudat. Il débloque rapidement le compteur de son équipe sur la Tropicale Amissa Bongo ; épreuve médiocre qui permet généralement aux sprinters de seconde zone de se faire un palmarès. Satisfaite de l’arrivée d’Anthony Turgis en 2019, TDE récupère Geoffrey Soupe et surtout le vice-champion de France Julien Simon, deux coureurs en fin de contrat chez Cofidis. Le premier nommé est un excellent équipier, le second n’a rien montré sous ses nouvelles couleurs. Parmi les recrues, il faut également citer Jérémy Cabot, âgé de 28 ans et coureur amateur.

Lorenzo Manzin ©FGphotographic

La perte d'ADN

Du coté des départs fin 2019, on découvre avec stupéfaction une liste 100% issue du Vendée U. Certes, Yohann Gène, Alexandre Pichot et Pierrig Quéméneur ont décidé de stopper leurs carrières. À l'inverse, non conservés par l'équipe, Axel Journiaux, Bryan Nauleau et Angélo Tulik ont dû se reconvertir malgré eux. Thomas Boudat poursuit désormais sa carrière chez Arkéa-Samsic. Satisfaction toutefois avec trois promus : Valentin Ferron, Marlon Gaillard et Florian Maître. Ces jeunes coureurs ont montré des choses intéressantes pour l'avenir. Romain Cardis et Lilian Calmejane vont eux aussi quitter la structure de leurs débuts le 31 décembre prochain. L'Albigeois, dernier vainqueur sur un grand Tour, était le meilleur ambassadeur du Vendée U depuis le départ de Thomas Voeckler. Un constat s'impose, la détection et la formation de jeunes talents sont des valeurs oubliées au manoir des Essarts. L'équipe perd son ADN : celui qui lui a permis d'écrire les plus belles pages de son histoire.

Niki Terpstra

Membre de l’équipe depuis 2019, le double vainqueur de monuments était attendu comme le messie. Encore victime cette année d’une chute sérieuse (en juin à l’entrainement), il n’a rien montré durant la première partie de la saison. Il n’a marqué que 19 points UCI cette saison, faible retour sur investissement avec le plus gros salaire de l’équipe. Ne cherchons pas l’excuse de la crise sanitaire. À partir de fin février / début mars, il n’est que l’ombre de lui-même sur les épreuves belges (là où il excellait précédemment). Double flop, Jean-René Bernaudeau a prolongé le contrat du Hollandais cet été.

©FGphotographic

Pas de Giro

En terminant première du classement UCI Europe Tour à l’issue de la saison 2019, l’équipe vendéenne a obtenu la “golden wild card”. Celle-ci permet de s’inscrire à toutes les épreuves du World Tour sans avoir besoin de demander une invitation. Elle offre donc notamment la possibilité de participer à tous les grands Tours. Mais par manque de moyens, Total Direct Énergie annonce rapidement ne pas s’aligner sur le Giro, bien que se présentant sur Tirreno-Adriatico. Pari perdant car, contrairement au Tour de France, les échappées vont au bout en Italie. Cette décision explique le départ de Lilian Calmejane.

Les recrues pour 2021

Cet été, l'arrivée de Pierre Latour est fièrement annoncée pour la saison prochaine. Changement de stratégie pour l'équipe qui définit également son ADN par des échappées salutaires. Le maillot blanc du Tour 2018 vient pour jouer les classements généraux sur les courses à étapes. Auparavant porteur des couleurs “terre et ciel” d'AG2R La Mondiale, le nouveau leader désigné emmène avec lui un Alexandre Geniez vieillissant ainsi qu'Alexis Vuillermoz, vainqueur à Mûr-de-Bretagne en 2015 sur les routes du Tour. Le plus gros coup du mercato est probablement l'arrivée de Christopher Lawless, vainqueur du Tour du Yorkshire 2019. Âgés de 33 et 34 ans, l'Espagnol Victor de la Parte et Edvald Boasson Hagen complètent le recrutement avec Fabien Doubey et Cristian Rodríguez.

En intégrant Pierre Latour dans son effectif, TDE fait part de ses ambitions sur le prochain Tour de France. Mais l'équipe sera-t-elle retenue pour la Grande Boucle ? Trois Pro Teams pourront participer à la fête de juillet, Alpecin-Fenix est prioritaire. Arkéa-Samsic tient la corde coté Français tandis que B&B Hotels monte en puissance. Nippo Delko Provence conclut l'exercice 2020 au 4e rang du classement UCI Europe Tour devant Total Direct Énergie. C'est la fin d'un cycle pour une équipe qui pourrait manquer, pour la première fois de son histoire, l'épreuve majeure de la saison.

Les autres tops flops 2020 : Groupama-FDJ * Sunweb * Jumbo-Visma

Crédits photos en une : FGphotographic