100% fan, épisode 11 : On a parlé tennis au second degrés (et un peu de sérieux) avec Service Cuillère.

Pour ce nouveau numéro de 100% fan, on parle tennis avec Service à la cuillère.

Second degrés et faits insolites sont ses maîtres mots; alors prenez place et savourez cette interview concoctée avec une pointe de sérieux et un soupçon d’humour!

On a pour habitude de commencer nos entretiens par une petit présentation, on t’écoute !

Bonjour à tous sauf à ceux qui n’ont jamais servi à la cuillère.

Votre service à la cuillère préféré se prénomme Stéphane et est originaire de Lyon, alors jeune garçon quand le tournoi au Palais des Sports de Gerland rimait avec Sampras, Agassi, Rafter, Kuerten, Safin. Énormément de souvenirs me restent en tête parmi toutes les éditions du Grand Prix de Tennis de Lyon, comme les colères d’Arnaud Clément auprès des ramasseurs : « Ma serviette ! Mes lunettes ! Mon bandana ! Non pas celui à pois celui à rayures !! »

Mais aussi les parties endiablées de backgammon d’Hichem Arazi au bar du club où se trouvaient les courts d’entraînement, et les leçons de français de Guga, essayant avec insistance de lire la presse locale : « Grouan Prrrri dou Tennis dou Leon »

Déjà, les « à côté » du tennis m’intéressaient.

Puis, après avoir raccroché mes raquettes après le bac, je suis parti dans le cadre d’un programme Erasmus en Pologne en 2011. L’affaire DSK sort, tout va très vite et les sites d’information encourageaient « à suivre les comptes Twitter des journalistes pour se tenir informé en temps réel ». Je m’inscris donc sur Twitter. Mais à Varsovie, l’actu tennis tournait autour de Lukasz Kubot. La presse locale vantait ses qualités sur gazon avant Wimbledon. Aucun papier francophone sur le polonais n’est écrit dans le même temps. Et hop, comme par hasard, Kubot tape Monfils au 3ème tour et file en 1/8èmes. L’idée de parler Tennis de manière « exotique » ou tout du moins hors des sentiers (de terre) battus commence à germer…

Mais encore fallait-il trouver une ligne éditoriale qui permette d’apporter des informations de qualité. J’ai attendu 6 mois, lu quelques bouquins sur l’histoire du tennis, jusqu’à trouver le déclic : parler tennis de manière décalée, à l’image du service à la cuillère de Michael Chang. Tout était réuni dans ce coup insolite et insolent.

J’ai commencé par faire des énigmes sur d’anciennes gloires de la petite balle jaune, discuté longuement avec passionnés puis rédigé des articles sur des joueurs illustres. Je m’interdisais de donner des résultats de matchs comme le faisaient tous les autres comptes qui parlent de tennis. L’objectif est d’entamer des discussions avec les gens. Se rapprocher autour de notre passion commune, avec le sourire. Le tout saupoudré par des live-tweets de match avec un peu d’humour et voilà @servicecuillere

 Ton fameux « bonjour à tous » justement, c’est un peu ta marque de fabrique. C’est génial car tout amateur de tennis qui se respecte s’y retrouve forcément (rires). Tu te bases sur ton expérience personnelle pour trouver l’inspiration à ce sujet ?

Le « bonjour à tous » est assez récent, c’est bien entendu l’idée que chacun puisse s’identifier, à un moment, à ce que j’écris. J’essaye de me rappeler de mes expériences de joueur dans les catégories jeunes, ce qu’il se passe dans le tennis actuel ou ce que je peux lire sur les blogs, forums… L’objectif est que le lecteur de mon tweet se dise « oh moi aussi ça m’est arrivé ! »

Tout le mérite revient au twitter cycliste @danslamusette  qui est, à ma connaissance, l’instigateur de ce « bonjour à tous » avec ses sorties quotidiennes à vélo.  Ce « bonjour à tous » est une occasion de prendre rendez-vous quotidiennement, de faire sourire de bon matin.

D’autres choses ont été faites auparavant pour divertir les gens : énigmes, rébus, devinettes sur des montages photo, jeu-concours, bref : apporter autre chose que le côté « pur sportif » du fan de tennis. 

Tu utilises beaucoup de second degré dans tes publications. Quel événement t’a fait dire « et si je me moquais un peu de lui » ? C’est le fameux service cuillère, ou tu aurais d’autres références à nous citer ?

Difficile de se faire une place dans ce monde très sérieux qu’est le tennis. Mes blagues sont mon point d’entrée dans ce sacro-saint monde de la petite balle jaune. Après tout, nous avons le droit de parler tennis comme l’Equipe, Eurosport… Sans diffuser des résultats de match comme des brèves AFP. L’angle d’attaque est différent.

Dans le même temps, le sport pro est devenu aseptisé, je ne veux pas passer pour un réactionnaire mais le monde d’aujourd’hui est celui des « communicants ». Les joueuses et joueurs actuels sont des as de la communication. Il faut donc se forcer à analyser ce que l’on voit à la télé, et essayer d’aller plus loin. Le second degré permet de passer au-dessus de tout cela. Avant, les joueurs étaient des rockstars. Connors entrait sur le central de Roland Garros avec son sandwich et ses boîtes de soda, se frayant un chemin parmi les gamins qui l’entouraient. Que se passe-t-il à Roland désormais ? Les sportifs sortent des vestiaires et passent dans les souterrains jusqu’à voir Nelson Monfort pour l’interview d’avant-match. « Vous savez ce que la France vous souhaite Jo-William », puis on connaît la suite, Tsonga s’incline en demies contre Wawrinka avec un alléchant 1/17 en balles de break converties. Le public ne comprend pas son joueur, on a l’impression d’un immense gâchis.

Autre point important : les joueurs ne sont pas uniquement des machines qui frappent à 200 km/h comme on le voit dans le petit écran. Je voulais absolument sortir de cet aspect purement sportif en dédramatisant des scènes de jeu. Je conseille d’ailleurs à tous de voir le film « The French » sur les coulisses de Roland Garros 1981( lien ici). Images inédites filmées à l’intérieur du tournoi. C’est le tennis que chaque spectateur aimerait voir : se sentir au cœur de l’évènement. Là aussi, le second degré et les informations « insolites » permettent de voir autre chose que ce que l’on voit dans sa télévision.

Concernant mes moqueries, si l’on prend par exemple Nikolay Davydenko (ex Numéro 3 mondial, vainqueur du Masters) et de son smash digne d’un vétéran +65 (et encore c’est un compliment) c’est aussi pour que le joueur amateur, que nous sommes tous, puisse s’identifier à ces champions justement. Rater un point tout fait, se donner un coup de raquette sur le genou, réaliser une amortie « baduff » … Je suis tellement rassuré sur mon niveau de jeu quand quelqu’un le fait devant des millions de gens ! Le summum de la moquerie « gentille » c’est lorsque l’on s’aperçoit que l’on réussit mieux un coup qu’un joueur professionnel.

Bon, tu te moques, mais dans le fond, qui aime bien châtie bien, non ?

Bien sûr que j’aime mon sport. J’en suis passionné.

Je me moque, mais je m’interdis de basculer dans la méchanceté. Mon crédo est de savoir si je suis capable de dire ma bêtise face à la personne visée. Si c’est oui, alors je fonce. En même temps, la mèche de Lionel Chamoulaud ou le toiletteur de Nelson Monfort ne me font pas peur…Et si j’étais insultant, caustique jusqu’à la limite, mon compte aurait déjà été suspendu depuis bien longtemps. Si les twittos continuent de rigoler à mes bêtises alors j’en suis ravi.

Si tu devais trouver une référence 100% française du genre totalement burlesque comme le service cuillère, ce serait quoi ?

Disons que le service à la cuillère de Michael Chang est un contre-pied incroyable : insolent, impertinent, inédit … Face à numéro 1 mondial triple-vainqueur de Roland Garros. Il fallait être complètement barré pour tenter ça. Ce sketch de Daniel Prévost convient bien.

Si tu pouvais apporter un truc un peu foufou dans le tennis, qu’est-ce que tu ferais ?

Difficile à dire car Benoit Maylin occupe déjà le paysage concernant la partie Tennis « humour ». J’aimais beaucoup les karaokés d’Un jour à Roland qui montrait les joueuses et joueurs sous une autre facette.

Quelque chose qui pourrait être sympa selon moi, c’est de faire un bêtisier de chaque tournoi en rajoutant des bruitages et faisant les voix, à la manière de Julien Cazarre.

Mais ce qui serait vraiment excellent : prendre une personnalité du tennis avant chaque tournoi majeur et passer une demi-journée avec elle, rigoler, se moquer, ou tout du moins aborder autre chose que le plan purement sportif. Dans une séquence vidéo de 10 min.

Je crois qu’on oublie que les sportifs sont des hommes et des femmes. Donc toute chose qui replacerait l’humain au cœur du tennis serait à mon sens, bénéfique.

Au lendemain de la victoire française en Coupe Davis, qu’as-tu envie de dire ?

Ben le lendemain c’est forcément Lundi, et donc fatigué : vivement le week-end prochain. (rires)

Après toutes ces années de disette et le manque de trophées majeurs dans le palmarès français, cette coupe peut-elle être le symbole de la fin de la « french loose » ?

Dire que les français sont des perdants est très réducteur. Nous possédons le meilleur vivier de joueurs avec l’Espagne (en termes de densité) depuis 1990. Si Noah est le seul vainqueur français de Grand Chelem dans l’ère Open, Leconte, Pioline (x2), Clément, Tsonga ont chuté en finale de Grand Chelem. La détection fédérale est bonne. C’est l’accompagnement du champion dans le « très » haut-niveau qui pêche. Regardez Stan Wawrinka avant qu’il ne batte Djokovic à l’Open d’Australie, ou Ivan Lendl avant le retournement incroyable en finale de Roland Garros 1984 : considérés comme des loosers. Puis, avec des bons conseillers techniques et tactiques, de grosses remises en question, ils parviennent à battre les meilleurs le bon jour.

Le souci français vient également de la terre-battue : il n’existe pas de centre national d’entraînement sur ocre. Contrairement aux nombreuses académies ibères, qui forment leurs champions sur terre-battue : Bruguera, Moya, Ferrero, Costa ont remporté la Coupe des Mousquetaires bien avant la decima de Rafael Nadal.

Le projet le plus ambitieux pour la FFT aurait été de déménager Roland Garros dans le Sud, avec un vrai Centre National d’Entrainement juxtaposé : si l’on veut faire rêver les enfants, si l’on veut attirer un nouveau public au tennis, il faut qu’un français gagne Roland Garros. Malheureusement à la FFT depuis Christian Bîmes, les ambitions personnelles des dirigeants passent avant la réussite du tennis français.

Penses-tu que cette victoire est logique quand on voit le parcours de l’équipe de France cette année, et notamment l’absence des top joueurs dans les équipes adverses ?

Ne pas la gagner aurait été une faute professionnelle compte-tenu du plateau de joueurs et la densité de l’équipe de France.

Les meilleurs mondiaux qui ne jouent pas est selon moi un faux problème : hormis la Suisse, n’importe quel pays aligne un joueur numéro 2 qui est intrinsèquement plus faible que nos 2 joueurs de simple. Même si le numéro 1 adverse remporte ses 2 points, on sait que le numéro 2 adverse ne ramènera pas de point. Donc la clé, c’est le double. Et nous avons pêché dans ce secteur face aux meilleurs.

En 2010 en Serbie ce n’est pas Djokovic qui gagne le saladier, c’est plutôt la faillite de Llodra, qui a été nullissime le samedi. La paire de double ce jour-là, c’était Arnaud Clément et son bandana face aux Serbes. La « Clé » remporte le double à 1 contre 3. Je ne comprends pas comment Llodra a pu jouer le match décisif le dimanche.

Contre la Grande-Bretagne des frères Murray, on tombe sur une excellente paire de double. Sur gazon. C’est délicat. Mais on avait remporté le 1er set et ensuite, une faillite mentale de Tsonga, aucune communication avec Mahut. Cela faisait peine à voir.

Quant à la finale face à la Suisse, notre paire de double Gasquet – Benneteau a fait un complexe d’infériorité face à Federer. Dans ces 3 rencontres que je vous ai citées, nous étions à 1-1 après les simples. Donc même face aux meilleurs, nous sommes capables de rivaliser grâce à notre densité. Basculer en tête le samedi offre le droit de rêver.

[Séquence Michel Onfray] Concernant l’attrait de la Coupe Davis, je crois que le libéralisme a tué le tennis : c’est le marché qui fait la loi. Tu fais vendre, tu gagnes. L’IPTL, la Laver Cup, les apparitions sur des tournois ou des exhibitions avec des cachets exorbitants tuent notre sport, quand tu vois que des jeunes aux portes du Top 200 galèrent. Pourquoi donc les meilleurs s’enquiquineraient à jouer gratuitement et risquer une blessure 4 week-ends dans l’année ? On oublie les valeurs du sport. [Fin de séquence Michel Onfray]

As-tu déjà rencontré des médias ou personnalité du tennis grâce à ton succès sur les réseaux sociaux ?

Forcément, en échangeant avec les twittos depuis cinq ans maintenant, et en écrivant des pitreries, il y a parfois des moments où l’on discute avec des personnes connues dans le milieu du tennis. Je n’aime pas trop le mélange des genres : les journalistes font leur boulot, moi je fais mes bêtises. Parfois mes tweets sont parfois repris dans des articles sérieux, cela fait plaisir d’être cité dans l’Equipe ou Le Monde, mais c’est de la pure vanité : j’essaye avec le temps de ne pas changer, et de garder mon ton décalé. Mes plus belles rencontres sont des twittos passionnés, je pense notamment à @valoubelle et @cujma avec qui nous sommes allés plusieurs fois à Roland Garros et en Coupe Davis. J’en ai appris humainement et sportivement avec eux.

Un petit fait insolite à nous raconter ?

A Roland Garros, je me retrouve sur le court 6 pour un 1er tour entre Francesca Schiavone face à une chinoise dont le nom m’échappe. L’italienne est menée par un set et un break, et je la vois lancer des regards plus insistants dans ma direction. Elle s’adressait en fait à son entraîneur, assis à 3 mètres de moi. Je discute avec lui rapidement : « la chinoise joue le contre. Si Francesca joue plein coup-droit avec son slice + montée à contre-temps, elle reviendra ». Il lui prodigue les conseils, elle revient au score puis gagne. Et vient saluer son coach à la fin, qui lui dit « c’est pas moi, c’est lui qu’il faut remercier ! »

Un moment très sympa où le spectateur que j’étais s’est tout d’un coup senti comme acteur du tournoi. J’étais tout émoustillé après la rencontre, je suis allé à la buvette prendre un hot-dog et un Perrier, peu importait finalement que je doive casser mon PEL pour me les payer.

Plutôt raquette cassée de Benoit Paire, ou saut de cabris de Gaël Monfils pour mettre de l’ambiance sur un court ?

Plutôt un bon craquage de John McEnroe ou une pitrerie d’Ilie Nastase, le tout agrémenté d’un « trickshot » de Mansour Bahrami !

Allez, on te laisse le petit mot de la fin !

J’espère qu’on verra un français remporter un Grand Chelem, en attendant avant l’Open d’Australie, pour voir un Grand Chelem, un 4 à la suite, rendez-vous ce soir 18h05 dans Questions Pour Un Champion !

Charlotte HILDEBRAND @MadameTennis

A propos de l'auteur

alias Madame Tennis. Le tennis matin midi et soir, 7 jours sur 7, 365 jours par an !

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