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Maxime Vachier-Lagrave : “J’ai fait 6 erreurs à des moments critiques”

Quelques heures avant de prendre son avion pour rentrer en France, le joueur français d’échecs Maxime Vachier-Lagrave est revenu sur le tournoi des Candidats qu’il a achevé à la 2e place. La préparation, les différentes chaises, ses débuts compliqués ou encore sa partie contre Nepo, MVL s’est livré pendant près d’une demi-heure à We Sport. Rencontre avec celui qui a fait vibrer les passionnés d’échecs ces derniers jours. 

 

We Sport : Bonjour Maxime ! À quelques heures de votre retour en France, comment vous sentez-vous après la fin du tournoi des Candidats ? 

Maxime Vachier-Lagrave : Je suis content que ce tournoi se termine plus d’un an après son début. Le résultat du tournoi en lui-même ne me convient pas, seule la première place est réellement importante. Toutefois, sur le papier, mon classement n’est pas si mauvais. Ça reste quand même une déception d’avoir laissé passer ma chance de gagner ce tournoi. Après, il faut avouer que Ian Nepomniachtchi était le meilleur sur ce tournoi.

 

WS : Aviez-vous hâte que le tournoi reprenne, plus d’un an après son interruption ?

MVL : Oui, la situation devenait pesante pour tous les joueurs. Ce qu’il s’est passé, c’est du jamais vu ! Entre les deux moments (le tournoi a été interrompu le 23 mars 2020 et a repris le 19 avril 2021, N.D.L.R.), beaucoup d’événements ont eu lieu. C’était donc difficile de jouer, j’avais toujours la fin des Candidats dans un coin de ma tête.

 

WS : Ressentiez-vous une certaine pression avant d’aller en Russie de par votre place de coleader ? 

MVL : Il y a toujours une petite pression, c’est normal, surtout dans un évènement comme celui-ci. Cela me permet d’être investi dans le tournoi. Mais à part ça, je n’étais pas spécialement stressé ou quoi que ce soit. J’étais surtout motivé pour bien jouer et faire mon maximum, chaque partie est très importante.

MVL et Nepomniachtchi étaient les coleaders avant la reprise du tournoi. (Crédit : Twitter Chess.com)

 

WS : Lors de la première partie du tournoi vous étiez seul sur place, cette fois-ci Sébastien Mazé était avec vous. Est-ce que sa présence a été importante à certains moments du tournoi ?

MVL : Oui bien sûr ! La présence de Sébastien a surtout été utile lorsque le tournoi se passait plutôt mal. Ce sont dans ces moments que c’est important d’avoir quelqu’un quand ça se passe mal pour se remobiliser. Même si on peut faire ces choses-là tout seul, c’est vraiment important. Après quand tout va bien, je n’ai pas forcément besoin de compagnie même si c’était une compagnie agréable (il rigole). C’est à la mi-tournoi que sa présence a eu le plus de bienfaits.

 

WS : Avant le début du tournoi, les joueurs ont pu choisir leur chaise (5 différentes), visiblement la chaise de ministre vous a bien réussi !

MVL : Oui ! Beaucoup de joueurs ont montré des signes d’inquiétude face à la chaise proposée par les organisateurs. De mon côté, ça ne m’a posé aucun problème. Au pied levé, ils ont dû trouver plusieurs modèles de chaises qui étaient en adéquation avec les envies des joueurs. À l’écran, ça ne donnait pas quelque chose de très beau mais ça fera une anecdote décalée sur le tournoi.

Les différents chaises du tournoi. La 6e en partant de la gauche était celle de MVL. (Crédit : Nastia Karlovich)

 

WS : Comment vous êtes-vous préparé entre le tournoi de Wijk aan Zee et les Candidats ?

MVL : La préparation a véritablement démarré à la mi-février. C’était une série de stages qui ont duré un mois et demi au total. Mon équipe travaillait aussi tout autour de moi, il y avait beaucoup de travail de mon côté. Il y a aussi une préparation physique importante, j’ai fait du sport 6 fois par semaine. J’ai enfin eu des rendez-vous avec ma coach pour une préparation mentale.

 

WS : Vous sembliez en difficulté à la reprise, avec 2 défaites en 4 parties, comment l’expliquer et surtout comment se remobiliser après ça ?

MVL : L’explication est simple. Lorsque j’ai analysé ces 4 parties, j’ai fait au moins 6 erreurs à des moments critiques. À ce niveau, c’est beaucoup trop. Lorsque j’avais le choix entre 2 possibilités, je choisissais systématiquement la mauvaise et ça m’a coûté très cher. Ces erreurs m’ont fait perdre plusieurs demi-points. J’ai pris un concentré de décisions qui m’ont été fatales, ce n’est pas la faute à pas de chance, c’est ma faute à moi. L’important, c’est de trouver les ressources nécessaires. Je savais que j’avais encore une infime chance de gagner mais je n’ai pas réussi à battre Nepomniachtchi avec les noirs. Mais tant que j’avais une chance, j’ai tout donné. Le tournoi des Candidats, on ne le dispute pas beaucoup de fois dans une vie.

 

WS : Contre Ding Liren, vous le dites vous-même en conférence de presse, votre position était catastrophique mais vous sauvez la nulle. Y a-t-il une part de chance dans ces tournois ?

MVL : Oui, il y a toujours une part de chance et une part de malchance. Par exemple, tout le travail de préparation peut être anéanti par une idée adverse ou au contraire, les adversaires peuvent tomber dans mes prépas. L’année dernière, j’ai eu pas mal de réussite sur une préparation qui avait été courte. En revanche, ça a été beaucoup plus compliqué cette année et je suis tombé dans plusieurs prépas. Si j’ai parfois su bien réagir, ce n’est jamais agréable d’être surpris dès le début. Mais la chance se provoque.

 

WS : Vous vous êtes justement pris 2 grosses prépas sur vos 2 premières parties qui vous ont forcé à beaucoup réfléchir (13h de jeu), comment se régénérer après un tel effort?

MVL : J’étais bien préparé physiquement, ça m’a aidé. Mais c’est vrai que j’étais épuisé après la deuxième partie. Après tout, ce n’étaient que 7 parties avec 2 jours de repos. Sûrement que sur un tournoi de 14 rondes, la fatigue se ferait ressentir de façon plus importe.  Je devais être prêt à rester concentré sur 7 parties et le point positif, c’est que j’étais parfois sujet à quelques sautes de concentration. Cela n’a pas été le cas pendant ce tournoi, les erreurs sont venues d’autre part.

 

WS : Face à Grischuk à la ronde 11, vous préférez tenter le gain plutôt que faire nulle, regrettez-vous ce choix ?

MVL : Non parce que la situation de tournoi l’exigeait. Ce que je regrette, c’est d’avoir fait une faute de calcul juste après. Nous étions tous les deux en manque de temps donc c’était compliqué. Ce que je regrette aussi, c’est d’avoir pris trop de temps à prendre cette décision et de ne pas avoir eu les moyens de trouver le piège suivant. La nulle n’aurait en plus rien changé au fait que je devais battre Nepomniachtchi après. S’il y a 1 point d’écart et non 1.5 point, la partie aurait été complètement différente.

 

WS : Et puis il y a cette victoire contre Alekseenko qui vous redonne de l’espoir, même si Nepo et Giri ont gagné dans le même temps.

MVL : Comme vous l’avez dit, c’est surtout la victoire de Nepomniachtchi qui a compliqué les choses. S’il faisait nulle, il était à portée de tir de Giri et ça aurait changé la donne pour Giri qui aurait pris moins de risques dans les dernières parties. Surtout, il aurait dû prendre des risques contre moi parce qu’il pouvait être rattrapé par Giri.

 

WS : À la ronde 13 contre Nepo, vous étiez en must-win avec les noirs et vous l’avez fait douter avant de signer la nulle. Était-il serein pendant la partie ?

MVL : Ce qui est surtout compliqué, c’est de jouer contre un adversaire qui est content de faire nulle. Si mon adversaire joue pour le gain, j’aurais joué normalement. Sur cette partie, j’étais obligé de prendre des risques dès le début de partie jusqu’à la fin. Je me suis retrouvé en difficulté mais le but était de garder des chances. Jouer pour la nulle comme il l’a fait peut présenter des risques mais il s’est bien défendu. Concernant son état, ce n’est pas une situation évidente, il est si près du but final. Il n’a pas envie de gâcher cette occasion. Nepomniachtchi était clairement stressé pendant la partie oui. Ceci étant, il a réussi à résoudre tous les problèmes qui se sont présentés à lui. Sa victoire finale est méritée.

 

WS : Et la place de dauphin obtenue contre Wang Hao n’est pas si anecdotique que ça, si ? 

MVL : De mon point de vue, ça reste anecdotique de finir 2e dans le sens où le 2e est réellement le premier perdant, qui plus est dans ce tournoi. Je me satisfais quand même de ce classement. Lors de la dernière partie, je jouais pour cette 2e place et je suis content de l’avoir obtenue. Toutefois, cela ne reste pas une satisfaction personnelle.

Maxime Vachier-Lagrave lors de la remise des prix. (Crédit : Twitter Chess.com FR)

 

WS : Cette armada russe avec Grischuk et Alekseenko aura finalement joué les trouble-fête en haut du classement.

MVL : Oui, plus globalement je trouve que tous les joueurs ont eu leur mot à dire. Cela reste un tournoi très compliqué pour tout le monde, avec des rôles différents pour chacun. On peut être certain que tout le monde donne son maximum pour bien figurer. La plupart des joueurs restent motivés du début à la fin, c’est une question de principe.

 

WS : Vous savez sûrement que les audiences en France ont été importantes pendant le tournoi, êtes-vous fier de cet engouement autour des échecs ? 

MVL : J’en suis forcément très heureux ! Je crois que Blitzstream a multiplié ses audiences par 5 voire 10 par rapport à l’année dernière et le début des Candidats. C’est une surprise très agréable, la communauté est bienveillante. Ça fait plaisir d’avoir un tel public et un tel soutien.

 

WS : Quelles sont vos échéances à venir dans les prochaines semaines ?

MVL : J’ai un circuit de tournois qui va commencer début juin en présentiel, en plus de certains tournois en ligne. L’objectif majeur est de se qualifier pour le prochain tournoi des Candidats maintenant que celui-ci est terminé. Il y a du pain sur la planche mais je vais faire en sorte d’arriver en forme pour ces échéances. Je vais pendre quelques jours de repos mais après, c’est reparti !

 

WS : Nepo – Carlsen pour le titre en novembre à Dubaï, vous avez un favori ? 

MVL : Le favori est Magnus Carlsen, c’est assez évident. Il a déjà remporté 4 matchs pour le titre mais Nepo aura son mot à dire. Il va devoir cependant travailler sur certains défauts de son jeu qui pourraient être rédhibitoires dans un match de championnat du monde. Ian doit savoir rester patient, attendre l’ouverture. Je verrai ça dans 6 mois avec le travail des deux joueurs. Mais évidemment, Magnus est le favori.

 

Nous remercions Maxime Vachier-Lagrave d’avoir répondu à nos questions avant son retour en France. Le Français tentera de se qualifier le plus rapidement possible pour le prochain tournoi des Candidats et nous procurer les mêmes émotions.

 

Crédit une : Lennart Ootes / FIDE

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