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Comment Ian Nepomniachtchi s’est effondré contre Carlsen lors du championnat du monde ?

Du 26 novembre au 16 décembre se déroule le match de championnat du monde d'échecs entre le Norvégien Magnus Carlsen, champion depuis 2013, et le Russe Ian Nepomniachtchi, récent vainqueur du tournoi des Candidats. Les deux joueurs se sont donné rendez-vous à Dubaï, dans le cadre de l'exposition universelle qui s'y déroule actuellement. Après 5 parties nulles, Nepomniachtchi a fini par craquer sous la pression mise par son adversaire, mais aussi à cause de nombreuses erreurs et choix douteux. Avec 3 victoires en 4 parties, Magnus Carlsen est en très bonne posture et devrait, sauf cataclysme majeur, conserver son titre. Mais comment expliquer cet effondrement du Russe, pourtant dominateur pendant les Candidats ? Quelles sont ses erreurs et comment le champion du monde en a-t-il profité ? S'il est vrai que Carlsen s'est très bien préparé à l'occasion de ce match, les mauvaises décisions du Russe devraient lui couter cher.

 

Premiers regrets lors de la partie 2

Après une première partie où les deux joueurs semblent avoir pris toutes leurs précautions (une nulle insipide avec plusieurs imprécisions), la deuxième partie de ce match de championnat du monde va nous livrer une première bataille. Ici, Magnus Carlsen se retrouve avec les pièces blanches et décide d'ouvrir par 1.d4, sur quoi le Russe répond 1.cf6. Après 2.c4, les noirs décident de rentrer dans une nimzo en jouant e6. Le champion décide alors de mettre en place un setup avec g3 – fou g2 et de jouer une catalane. Pendant leur prépa, les joueurs déroulent les coups, même si Carlsen est depuis rentré dans une petite ligne.

Mais le Norvégien va (peut-être) inverser un coup de sa prépa et laisser un peu de jeu aux noirs, même si rien n'est joué. En effet, Nepo va se retrouver avec une qualité de plus après 22 coups. Au 26e coup, avec toujours une qualité de plus, il joue trop rapidement bxa4 alors que dame g7 semblait intéressant pour continuer à presser. Le Russe va chercher la nulle (qui sera l'issue de la partie) alors qu'il semblait pouvoir presser. Ce n'est là que le premier épisode d'une longue série noire pour Nepomniachtchi.

 

La partie 5, un autre tournant raté par le Russe

Avec les pièces blanches cette fois-ci, Nepomniachtchi décide de jouer à nouveau le répertoire qu'il s'est fait avec les blancs : une espagnole anti-Marshall avec 8.a4. Après avoir joué 8.h3 lors de la première partie (soldée par une nulle), le Russe change et joue a4, coup qu'il jouera à 3 reprises et qui va faire quelque peu réagir la communauté échiquéenne. En effet, si Nepo s'est très bien préparé dans les ouvertures, Carlsen est connu pour sa capacité à très bien jouer ces positions avec les noirs.

Une nouvelle fois bien préparé, Nepomniachtchi  semble avoir une position plus agréable même si rien n'est encore joué.  Les noirs ont en effet un problème de coordination de pièces, que le champion en titre va réussir à résoudre dans un second temps. Après 19.fe3, Carlsen commence à réfléchir sur une position a priori peu dangereuse. Mais le plan des blancs, bien qu'inhabituel, semblait donner un avantage certain après c4 – c5. Si Magnus a bien réagi avec son 19.de8, on attendait le c4 de Nepo. Pour une raison inconnue, le Russe ne le joue pas et préfère jouer 20.ted1. Et tout d'un coup, les blancs n'ont plus d'avantage. La partie va se conclure par une nulle et une vraie occasion manquée pour Nepomniachtchi car si la position n'était pas gagnante, elle donnait un avantage certain.

 

Première victoire de Carlsen et record battu

Habituellement, il faut un peu plus de deux heures aux meilleurs coureurs pour finir un marathon. À Dubaï, ce marathon a duré près de 7h30 et une partie de 136 coups, un record pour un match de championnat du monde. Cette fois-ci, Carlsen se retrouve avec les blancs et compte bien mettre en difficulté son adversaire. Une nouvelle fois, il rejoue une catalane en modifiant légèrement l'ordre des coups, ce qui lui permet de gagner en flexibilité.

La partie va prendre son tournant au 26e coup, lorsque le Norvégien échange sa dame contre les deux tours de Nepomniachtchi, déséquilibrant ainsi la position. Les deux joueurs vont longuement réfléchir et arriver dans un passionnant zeitnot. Après une bonne combinaison de Carlsen, nous arrivons dans une finale roi-dame pour Nepo, contre roi-tour-cavalier-2 pions pour Carlsen. Si les ordinateurs tenaient la nulle, en pratique, la position était injouable pour un humain. Le Russe doit s'incliner et laisser la première victoire du match au champion.

 

Nouvelle défaite et les espoirs qui s'envolent

À l'occasion de la 8e partie, avec toujours un avantage d'un point, Carlsen ouvre par 1.e4. Nepo rentre de nouveau dans la défense Petroff, la même ouverture qu'il avait utilisée lors de la 4e partie (il avait tenu la nulle). Magnus Carlsen, lui aussi bien préparé joue une petite ligne et met en difficulté Nepomniachtchi. Le Russe joue, en un peu plus de trois minutes, 8.fd6, un coup qui pose des problèmes suite au roque des blancs. Nepo comprend alors son erreur et commence à réfléchir, pour finalement jouer h5. Dans la foulée et après 45 minutes de réflexion, Carlsen joue 10.de1+, un coup étonnant puisqu'après dame e7 et l'échange des dames, la position semblait égale. Nouvelle décision surprenante, le Russe refuse l'échange des dames.

La véritable gaffe arrive après 21.b5, un coup qui perd un pion à cause d'une double attaque. Dans la finale, le champion n'aura aucun mal à convertir et profite d'un cadeau de son adversaire pour mener de 2 points et se rapprocher plus que jamais d'un nouveau règne.

Le craquage à la partie 9

Cette 9e partie clôt très certainement tous les enjeux de la rencontre. Pourtant, le Russe avait laissé de côté son espagnole pour 1.c4, l'ouverture anglaise. Il part pour le plan g3 – fou g2, qui est un plan relativement classique dans cette ouverture. Nepomniachtchi, arrivé avec une nouvelle coupe de cheveux pour l'occasion, sort de l'ouverture avec une position correcte. Visuellement, la position semble même agréable à jouer avec les blancs.

Nepo va enchainer des coups sans trop de réflexion et laisser ainsi Carlsen prendre progressivement un petit avantage. Après l'échange des dames, la partie semble serrée. Mais au 26e, coup de tonnerre. Nepo joue 25.c5, qui est une grosse faute puisqu'après c6, son fou est enfermé. Carlsen va ensuite assurer la finale avec une pièce de plus pour avoir désormais trois points d'avance. Le mental semble avoir lâché côté russe, les chances de revenir sont maintenant inexistantes. Pour le moment, Nepomniachtchi n'a jamais réussi à trouver les coups quand il le fallait et la moindre erreur a été exploitée par son adversaire.

 

Le match n'est toujours pas terminé, il reste encore quatre parties mais les chances de victoire finale de Ian Nepomniachtchi sont microscopiques. En effet, une victoire ou deux parties nulles suffisent à Carlsen pour remporter le match, puisqu'il possède déjà 6.5 points et que le premier à atteindre 7.5 points est déclaré vainqueur. Si le titre semble perdu, la question est de savoir de quelle manière le Russe réussira-t-il à se remettre de cette désillusion. Une chose est sûre, le roi Magnus Carlsen a encore triomphé.

 

Crédit une : Niki Riga / Flickr / FIDE

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