Basketball

ITW : Amandine B., passion photo

Au basket, il y a ceux/celles qui shootent au panier, et celle qui shoote des paniers. Si vous avez Twitter et que vous êtes fan de basket, vous êtes très certainement déjà tombé sur l’une de ses photos. La globetrotteuse passionnée de playgrounds nous a accordé quelques mots.

 

WS : Tout d’abord, pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

AB: Je suis quelqu’un qui a un appareil photo et qui aime bien le basket et les playgrounds. Non désolée, je ne sais pas trop comment me présenter autrement …
J’ai pas mal de centres d’intérêt, comme tout le monde en somme : j’aime beaucoup voyager et vadrouiller, j’adore organiser mes trips de A à Z, prendre des avions etc. Même les décalages horaires m’amusent pas mal. Je m’intéresse aussi au cinéma, j’ai la chance d’avoir des amis cinéphiles avec qui c’est passionnant de discuter des films. Pour le reste, cela restera privé.

 

WS :Qu’est-ce qui est venu en premier ? le basket ou la photo ?

AB : La photo d’abord. On va dire que depuis une petite dizaine d’années, j’essaie de faire des photos qui sortent de l’ordinaire quand je voyage, autre chose que des photos de tourisme. J’aime bien les petits détails : un sticker sur un pilier dans une rue, un gros plan sur du street-art, des reflets de lumière, ce genre de choses. Mais ce n’étaient que des photos pour moi, avec zéro prétention.
Je regarde beaucoup ce que font les autres, sur le net, il y a tellement de photographes avec des projets fascinants et une identité forte ! Ceux qui sont des experts du N&B me passionnent vraiment, je pense par exemple au britannique Greg Williams. Et aller voir des expos aussi, c’est important : ça change tout d’aller voir des travaux photographiques sur tirages, avec une scénographie un peu stylée parfois.

Le basket est venu tardivement. J’ai toujours aimé le sport en général, le foot évidemment, un peu le handball, suivre les JO, etc. Mais le basket… j’ai eu une sorte de coup de foudre il y neuf ans de ça, en allant voir un peu par hasard un Lakers @ Blazers (à Portland donc). Comme je dis souvent, je suis entrée dans le Rose Garden (qui s’appelait comme ça à l’époque) en me disant : « Trop cool, je vais voir jouer Kobe Bryant ! » ; et j’en suis ressortie en me disant : « Mais pourquoi je ne me suis pas intéressée à la NBA avant ?! … » Quelques mois après ce match, j’ai rencontré  quelqu’un qui a fait ensuite mon éducation basket, qui m’a permis de mieux comprendre le jeu, les systèmes, les enjeux des transferts, etc … Et voilà, j’en suis là aujourd’hui.

 

 

WS : A quel moment le projet “tour du monde des playgrounds” a pris forme dans ta tête et pourquoi des terrains/paniers alors que tu aurais pu choisir des joueurs ou des atmosphères de match ?

AB : Photographier des playgrounds un peu partout où je vais, ça me trottait dans la tête mais de façon vraiment très vague. J’avais vu quelques photographes qui faisaient ça, le Boss de la discipline étant le français Kevin Couliau (voir ici), qui shoote des playgrounds depuis plus de 15 ans au moins !
Il y a trois ans, je me suis retrouvée à gérer brutalement quelque chose de difficile, et j’avais besoin de me mettre dans une bulle de positivité en quelque sorte. Et le plus rapidement possible. Il me fallait un projet neuf, que je pouvais démarrer facilement, et tout de suite. Alors j’ai repensé à cette vague idée qui était dans un coin de mon esprit, et je me suis dit : « Allez, let’s do this NOW. »

J’ai pris des billets d’avion pour Cuba, et un mois après je partais 2 semaines faire le tour de l’île, seule avec mon sac à dos et mon appareil photo, sans internet et coupée de tout, en me disant que j’allais essayer de trouver des playgrounds cubains. Tout a commencé comme ça.

 

WS : Si tu devais choisir une seule photo, un seul lieu, ça serait lequel ? pourquoi ?

AB : Elle est impitoyable cette question !!…
Alors, bon … Je crois que je vais choisir une photo faite sur le playground de Mission Beach qui se trouve au sud de San Diego. C’est un terrain sur la plage, l’archétype du terrain californien. Il est plutôt connu, ça y joue avec un bon niveau. Il y avait donc pas mal de streetballers ce jour-là, et comme je le fais toujours, je leurs ai demandé s’ils étaient OK pour que je photographie pendant qu’ils jouaient. J’ai dû passer deux heures à shooter sous plein d’angles différents. Puis ils ont terminé leur match, le début de soirée approchait, ils ont pour la plupart quitté le terrain ; alors j’en ai profité pour aller prendre des photos des panneaux en cadrage plus resserré. J’étais d’un côté du terrain, le dos tourné à l’autre panneau et à un moment je me suis retournée, et j’ai vu ces deux joueurs qui se tenaient debout de part et d’autre du panneau. Avec quasi une symétrie parfaite. Ils regardaient dans la même direction, et en arrière-plan  il y avait une ligne d’horizon magnifique, les palmiers aussi …

Bref, tout ça est passé dans ma tête en un dixième de fraction de seconde, je me suis dit que cette image était parfaite à cet instant précis, et j’ai eu moins d’une seconde pour appuyer 2 fois sur mon appareil avant que les deux gars se mettent à bouger. Et voilà, ça donne ce cliché dont j’adore la symétrie et la perspective !

Ce que j’aime bien avec cette photo, c’est qu’on pourrait se dire qu’il a fallu moins d’une seconde pour la faire, que ce n’est rien du tout en fait, presque de la chance. Mais en même temps, elle est aussi le résultat de deux heures passées sur ce playground… Quand on me demande si j’ai des ‘conseils’ pour faire des ‘bonnes photos’, la seule réponse que j’ai à donner c’est « prendre son temps ».

 

 

WS : Vivre de la photo est viable à plus ou moins long terme ou as-tu d’autres casquettes ?

AB :Je ne vis pas de la photographie, ce n’est pas mon métier. Et je ne souhaite pas que cela le devienne. Je suis très contente de développer cette activité sans aucune pression financière. De ce fait, je n’ai aucune urgence, j’avance à mon rythme. Du coup je ne suis pas en permanence en train de faire des photos, ni de traquer les playgrounds. Je laisse parfois cette activité en veille pendant un, deux, trois mois…C’est mon fil rouge en quelque sorte : je sais que c’est là, et que je peux y revenir dès que j’en ai envie, ou besoin.

 

WS : D’autres sports, d’autres projets t’attirent ou sont en prévision ?

AB: D’autres sports, je ne sais pas. J’avoue que sans être une experte, les sports de glisse (le skate, le snowboard) seraient super intéressants à photographier, du strict point de vue esthétique. Et aussi pour toute la culture qui existe autour. Le skate et le snow’ sont d’ailleurs probablement les sports qui ont le plus cet aspect en commun avec le basket et le streetball : dépasser la simple pratique sportive pour faire naître autour d’eux toute une culture qui passe par la musique, les fringues, le look, le culte des sneakers, etc …Mais ce sont des sports de vitesse, donc en photo ça demande de savoir gérer avec précision le mouvement, et ça c’est un skill que je dois encore énormément améliorer.

Côté projets, j’ai des idées en tête, notamment une série photos au long court que j’aimerais peut-être commencer prochainement, là aussi en parcourant des pays les plus différents possibles … Mais je n’aime pas trop parler de ce qui n’existe pas encore. Je suis un peu superstitieuse. Mais ce qui est sûr, c’est que ça n’aura rien à voir avec le sport.
Et j’ai aussi un petit rêve de fan : il y a un groupe français qui a splitté il y a 25 ans, et qui ne se reformera jamais, c’est une certitude. Je n’ai donc jamais pu les voir ensemble en concert (leurs concerts étaient complètement dingues !), et c’est assez haut dans le top de mes frustrations. Tous les membres du groupe – ils sont nombreux – sont encore là et bien là, et j’aimerais bien réaliser des portraits N&B en très gros plan de chacun d’eux. Puis trouver ensuite une petite galerie qui aurait envie d’exposer ces portraits. Ce serait une façon de les réunir ensemble, à défaut qu’ils se réunissent un jour sur une scène. Je ne vous dis pas de quel groupe il s’agit … la superstition, encore une fois.

 

 

WS : Certains artistes Français sont de plus en plus reconnus et s’exportent maintenant. Est-ce que c’est un objectif ?

AB : Bon alors déjà, le mot « artiste » me perturbe toujours un peu, je me sens tellement loin de cette dénomination. J’ai déjà du mal à dire « je suis photographe » (parce qu’il y a des gens dont c’est le métier quand même, et il faut respecter ça). Je m’évertue à dire « je fais de la photo », je suis plus à l’aise comme ça. (rires) Pour répondre à ta question, ‘s’exporter’ c’est quand même assez facile de le faire de nos jours, puisqu’il suffit de publier ses travaux sur le net, pour qu’ils se retrouvent ensuite sous les yeux de n’importe qui de l’autre côté de la planète. Je voyage aussi assez régulièrement, alors quand je rencontre des gens sur un playground à San Diego, à Quito ou à Marrakech, ils me posent souvent des questions et je peux ainsi leur parler de ce que je fais. C’est une façon de s’exporter très concrète.

Ensuite, la chance, le hasard – ou un peu des deux -, ont fait que ma toute première exposition personnelle, elle s’est faite à Essaouira au Maroc en 2018, dans le cadre d’un Festival photographique pour lequel j’avais candidaté et où j’ai été sélectionnée. Je me suis retrouvée à emmener mes tirages photos là-bas, c’était une expérience un peu folle mais géniale. Certaines de mes photos ont été achetées par des clients allemands ou norvégiens, ce qui reste encore aujourd’hui un truc incroyable quand j’y pense.

Après, il n’y a pas d’objectif précis d’envoyer mes photos se balader à l’étranger. Je ne raisonne pas vraiment comme ça. Je pense plutôt en terme de projets : qu’est-ce que je peux faire de ces photos, comment les exploiter, comment les faire vivre une fois que j’ai appuyé sur le bouton de mon appareil, … Les expos, ce n’est même pas une fin en soi d’ailleurs. J’ai d’avantage des envies de collab’ par exemple, que mes photos nourrissent éventuellement la créativité d’autres personnes, qu’elles servent de matière première pour créer autre chose ; ça, ça m’intéresse beaucoup plus.

 

WS : Ici, on nous prend un peu pour des fous lorsqu’on veut accrocher une photo de panier de basket dans son salon. Sais-tu si c’est pareil à l’étranger ? La France est-elle en retard à ce niveau-là ?

AB : En gros, peut-on présenter un sport comme le basket sous l’angle esthétique, artistique, et pas uniquement sportif ? Je n’ai pas suffisamment de recul pour répondre précisément à cela. Il faudrait en discuter avec des personnes dans des pays différents pour confronter tous les points de vue, les ressentis. D’une façon générale, je crois en tout cas que l’idée de voir le sport à travers le prisme esthétique voire artistique, ça reste encore un concept autour duquel il y a TOUT à faire en France. L’idée qu’il y ait du ‘Beau’ dans le sport, qu’on puisse imaginer et développer de la création artistique autour du sport, c’est loin d’être acquis chez nous, clairement.

En Amérique Latine par exemple, dans des pays où ils sont capables de vouer un véritable culte à certains sportifs, on n’hésite pas à décliner l’imagerie de ces sportifs dans des créations artistiques assez folles parfois ! Et tout le monde trouve ça normal. Néanmoins, les choses avancent quand même dans le bon sens en France. Il y a des gens qui font progresser cette idée que le sport et la création artistique peuvent se rencontrer et donner naissance à des projets originaux et extrêmement intéressants. Ça passera très certainement par le business, par l’implication des marques qui ont les moyens d’investir dans des projets créatifs autour du sport, par des Clubs avec un peu d’ambition aussi, ça c’est très important. À titre personnel, on commence à me contacter parfois pour que je vienne exposer des séries photos à l’occasion d’une soirée de lancement d’un projet, ou même à l’occasion d’un match, c’est assez gratifiant.

Je me réjouis également de voir que depuis cette année, il y aura tous les ans à Paris dorénavant un Festival de la photo de Sport ! (ndlr, la première édition – voir ici – s’est tenue du 14 au 17 novembre 2019) C’est une super initiative de la Ville ; il faut vraiment continuer à imaginer des évènements et des projets artistiques de ce genre autour du sport, il y a tant à montrer et à mettre en valeur.

 


Pour retrouver Amandine B.
sur Twitter : @AmandineB_
ou son site internet : http://www.shoot-around.pro

 

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