Il y a deux jours à peine, Juan Toscano-Anderson faisait le tour de Twitter, après une réaction incroyable sur un tir à 3 points de son coéquipier aux Warriors Stephen Curry. Il faisait part de son grand étonnement la veille au média The Undefeated, déclarant que “Ils [les comptes officiels des Warriors, ndlr] postent des vidéos de mes entraînements avant le match. C'est juste incroyable”. Gamin de Californie, non présenté à la Draft, JTA a un parcours atypique, mais son cœur appartient à la Baie. Bientôt, son two-way contract pourrait bien se transformer en un contrat NBA garanti jusqu'à la fin de la saison.

Voyage initiatique

Né à Oakland (Californie) le 10 Avril 1993, d'une mère Mexicaine et d'un père Afro-Américain, Juan Toscano-Anderson a grandi dans la Baie de San Francisco. Issu de plusieurs cultures différentes, il a toujours su en faire une force, surtout dans l'adversité. Au collège, il touche pour la première fois au basketball, sport pour lequel il noue une réelle passion. Il croise le chemin de Wilhelmina Attles, femme d'Al Attles, Hall of Famer, au sein de son collège d'Oakland's Stonehurst. Celle-ci lui permet d'ailleurs d'intégrer le camp de jeunes des Warriors. Il est, pour la petite histoire, le premier joueur des Warriors à être passé par ce camp au préalable.

Au lycée, il continue à jouer au basketball, cette fois pour Castro Valley. Lors de la saison 2010-2011 avec les Trojans, il participe à une campagne légendaire, enregistrant un record de 30 victoires pour 2 défaites, leur permettant de remporter le championnat de Californie. Avec son numéro 10 sur les épaules, Juan Toscano-Anderson est un élément inamovible lors de sa saison senior. Il se tourne ensuite vers l'Université de Marquette, sans pour autant marquer les esprits plus que ça. Il ne s'inscrit d'ailleurs pas à la Draft de 2015, jugeant de son propre aveu que le basket était terminé pour lui.

En 2016, il rejoint tout de même l'équipe du Mexique de basketball lors du Tournoi de Qualification Olympique à Turin. Deuxième de son groupe, le Mexique s'incline en demi-finales contre l'Italie d'un certain Danilo Gallinari. Juan Toscano (nom inscrit à son dos, comme sur son passeport mexicain) ne marque que 6 points et 4 rebonds en 16 minutes de jeu. Son pays ne verra pas Rio. Il poursuit sa carrière de basketteur au sein du pays natal de sa mère, puis au Venezuela, sans pour autant être pleinement épanoui.

L'appel des Warriors

En 2018, Golden State décide d'ouvrir des tests à 30 joueurs de basket en partenariat avec son équipe de G-League, les Warriors de Santa Cruz. Parmi eux, un certain JTA, qui y retrouve beaucoup de connaissances de Marquette. Tous sont plus ou moins des enfants de la Baie, perdus entre petits boulots, métiers stables ou encore basket pro-am. Les sélectionnés, dont Toscano-Anderson, ont la chance d'aller au camp d'entraînement de la franchise. Là-bas, il tape dans l'œil d'Aaron Miles, le coach d'alors de Santa Cruz, grâce à sa détermination et son jeu athlétique. Aujourd'hui coach assistant de GSW, c'est lui qui pousse pour lui offrir une place dans le roster, ce que JTA accepte, non sans avoir hésité. Lors de la saison 2018-2019, il avoisine les 12,5 points, 9,2 rebonds et 2,6 passes en 31 matchs de G-League. Il fait tout pour atteindre son but ultime, la NBA, qu'il touche enfin des doigts.

Le rêve devient réalité lorsqu'en février 2020, les Warriors lui offrent un contrat minimum de 3 ans. Consécration pour cet enfant d'Oakland, qui a toujours rêvé de porter un jour les couleurs de sa franchise de cœur. Si son numéro fétiche est déjà pris (par Jacob Evans), il décide d'arborer le 95, en l'honneur du numéro de rue de sa maison familiale. Anecdotique car trop courte (5 matchs), sa première saison avec Golden State n'est pas significative. En revanche, depuis cette année, les compteurs s'affolent. D'abord pressenti pour aller jouer avec la G-League, il est finalement coupé puis signe un two-way contract, lui permettant de rester dans le roster des Warriors. Mais aujourd'hui, la donne a encore changé.

Un contrat NBA pour Juan Toscano-Anderson

Steve Kerr déclarait, toujours à The Undefeated, que c'est “un grand fan de Juan. Son histoire est incroyable, il est parti de tellement loin pour en arriver là. On ne fait pas tout ce chemin sans avoir énormément de volonté et beaucoup de confiance en soi.” Visiblement très fier de son joueur, les prochains jours pourraient bien donner encore plus raison au coach principal. Actuellement, son contrat ne lui permet de participer qu'à 50 des 72 matchs de la saison. Sur les 26 disputés jusqu'à présent (14-12), JTA en a disputé déjà 15, ce qui signifie qu'il ne peut plus en jouer que 35 sur les 46 restants. Dernièrement, il a vraiment contribué aux efforts collectifs, au regain de forme de son équipe. Avec 6,1 points, 5 rebonds et 2 passes par match, il est un membre solide de la second unit des Warriors. Cela s'est remarqué contre Orlando, les Spurs ou Dallas.

Autre limite à son contrat, avec les Warriors qui poussent pour accéder aux playoffs, il ne pourrait pas y participer, les two-way contracts ne le permettant pas. Le front office doit donc lui faire signer un véritable contrat NBA s'il veut bénéficier de lui même en playoffs. Il s'avère alors plutôt logique que Smailagic pourrait être coupé et se voir offrir un two-way contract, laissant la place vacante dans le roster au numéro 95. D'autant plus que le rookie joue d'avantage en G-League. Sa place assurée, il y a de grande chances pour que JTA demande un contrat courant jusqu'à la fin de la saison seulement, et non pas sur 3 ans au salaire minimum. Avec une valeur augmentant de match en match, il serait dommage pour lui de passer à côté d'une bonne occasion. Il n'y a pas urgence, étant donné que Toscano-Anderson peut encore disputer 35 matchs. Le front office a tout le loisir de le voir évoluer, avant de passer aux choses sérieuses.

Artisan du renouveau des Warriors sur ces derniers matchs, joueur engagé dans la lutte contre les injustices sociales et les violences policières, itinérant d'Amérique centrale et du Sud, mélange de cultures… Juan Toscano-Anderson est un joueur à part qui fédère, rassemble, motive ses coéquipiers. À l'heure où les Warriors de Golden State lui ont enfin donné sa chance, profitant il est vrai des blessures minant l'équipe, c'est aujourd'hui à lui de la saisir, de s'y agripper, et de ne plus la lâcher. Il a encore une vingtaine de matchs pour prouver qu'il a bien sa place parmi les Curry, Green ou Wiggins, et décrocher enfin ce qu'il attend depuis tant d'années : un contrat NBA.

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