32e et dernière franchise en date à avoir rejoint la NHL (National Hockey League), le Kraken de Seattle peine encore à se faire une place au sein de la division Pacifique. Bon dernier, il ne devance que les Coyotes de l’Arizona au sein de la Ligue. Des débuts poussifs pour une franchise qui espérait emboîter le pas des Golden Knights de Las Vegas. Ce premier article fait partie d'une série regroupant les récentes entrées de franchises au sein de la NHL.

À l’origine du Kraken

Le 4 décembre 2018, la NHL annonçait qu’une nouvelle franchise rejoindrait la Ligue à l’horizon 2021, et que Seattle avait été retenue pour l’accueillir. Le chèque donné en contrepartie, très généreux (on parle de 650 millions de dollars), lui garantissait le droit d’entrée. Alors que seuls les Seahawks faisaient jusqu’à présent le bonheur de la ville, depuis le départ des SuperSonics pour l’Oklahoma, la capitale de l’État du Washington allait enfin pouvoir vibrer pour un autre sport que le football américain.

Il est décidé que l'équipe évoluera au sein de la Seattle Arena, renommée plus tard Climate Pledge Arena, où l'engagement pour le climat est directement placé dans le nom. Amazon, qui possède l'enceinte, voulait faire de cette salle basée en plein centre-ville une salle écoresponsable.

Granato en capitaine de route

Dans la foulée, et dans l’optique de la draft de repêchage, le board confiait son recrutement à Catherine Granato. Première femme à occuper ce poste en NHL, elle possède un CV assez impressionnant. Capitaine de l’équipe nationale de hockey féminin entre 1998 et 2005, elle remporte avec les USA la première médaille d’or de l’histoire du hockey féminin à Nagano en 1998. Elle a aussi participé à 9 championnats du monde, pour 8 médailles d’argent et une médaille d’or. Elle est intronisée au Temple de la renommée de l’IIHF et du hockey américain en 2008 et au Temple de la renommée du hockey en 2010. Un vrai mastodonte de ce sport.

Plus d’un an et demi suivant cette attribution, le nom de la franchise est dévoilé. Après avoir présélectionné près de 1200 noms, dont les Cougars, les Eagles, les Firebirds, les Seals ou les Whales, c’est finalement le Kraken qui l’emporte. Le monstre aquatique, issu des légendes médiévales scandinaves, est notamment choisi pour la proximité de Seattle avec l’océan, et parce qu’il règnerait dans les profondeurs du Pacifique. D’ailleurs, le nom des Metropolitans, l’ancienne franchise basée à Seattle au début du siècle dernier n’était même pas envisagé. L’équipe avait besoin d’un visage neuf. Le directeur de la franchise, Tod Leiweke, s’en félicitait d’ailleurs : « c'est le choix des amateurs, qui l'ont promu et défendu ».

Une draft en demi-teinte

En juillet de cette année avait donc lieu la draft de repêchage, qui permettait au Kraken de Seattle de sélectionner un joueur de chaque équipe, excepté pour les Golden Knights de Las Vegas, arrivés seulement il y a 3 ans. Les règles étaient claires : le Kraken devait obligatoirement sélectionner au moins 3 gardiens, 9 défenseurs et 14 attaquants, les 4 dernières places étant laissées libres à leur appréciation. Chaque équipe subissant cette draft était évidemment en mesure de protéger certains de ses joueurs.

Parmi les joueurs notables débarqués dans l’État du Washington, on peut mettre en avant Mark Giordano, l’ancien défenseur des Flames de Calgary et non protégé par son équipe, tout comme Carey Price – non sélectionné pour autant. Au site de nhl.com, il déclarait que « c’était une expérience plutôt cool pour nous tous. La plupart du temps, quand vous retrouvez votre équipe, il y a 13, 14 gars avec qui vous avez joué l’année précédente. Cette année, aucun d’entre nous n’a joué avec les autres ». Et cette ambiance presque joyeuse n’a pour l’instant pas laissé place à la magie entrevue il y a quelques années du côté du Nevada.

Des résultats en dessous des attentes

La première année des Golden Knights de Las Vegas avait tout d’un conte de fée. En atteignant la finale de la prestigieuse Stanley Cup, la franchise du Nevada avait déjoué tous les pronostics. Pour le Kraken, l’herbe est moins verte. Après une défaite inaugurale contre ces mêmes Golden Knights, puis de larges défaites et de courts mais précieux succès, il navigue toujours en eaux troubles. La mystérieuse créature marine n’inspire pas encore la peur espérée par tout un peuple.

Si Marc-André Fleury avait porté la franchise du Nevada tout en haut, une silhouette tarde à se détacher dans l’État du Washington. Un homme sort tout de même du lot. Brandon Tanev, canadien débarqué de Pittsburgh, est aujourd'hui devenu la coqueluche de la Climate Pledge Arena. Et s’il est populaire pour son côté décalé, il l’est aussi pour ses performances sur la glace. Bien loin d’avoir le plus gros temps de jeu, il est tout de même le 5e meilleur marqueur de l’équipe. De quoi s’assurer un avenir radieux sur la côte Pacifique ? 

Le Kraken de Seattle est encore tout jeune, et bien sûr l’espoir est de mise. La première année heureuse qu'avait vécu les Golden Knights de Las Vegas est un épiphénomène, tant on a pu voir par le passé de nouvelles franchises  avancer à tâtons. L’avenir nous le dira sûrement, mais Seattle peut déjà célébrer le retour du hockey sur ses terres, et c'est déjà très bien.