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JO Tokyo – En route pour le doublé : l’équitation française à nouveau puissance deux ?

Aux Jeux olympiques de Rio il y a cinq ans, la France avait obtenu 42 médailles, record d’après-guerre, dont dix titres olympiques. Parmi ces dix champions, certains tenteront de conserver leur titre et d’autres espéreront que leurs compatriotes leur succéderont. Parmi les neuf disciplines qui viseront un doublé Rio/Tokyo (seul le deux de couple poids légers homme en aviron n’est pas qualifié pour les JO après son titre en 2016), zoom aujourd’hui sur les équipes de France de concours complet et de saut d’obstacles, titrées au Brésil et qui défendront leur bien au Japon.

Les disciplines : concours complet et saut d’obstacles par équipe

Épreuve olympique depuis l’édition de 1900 à Paris, l’équitation se décline aujourd’hui en trois disciplines équestres majeures : le saut d’obstacles, historiquement la première des trois à voir le jour, mais aussi le concours complet et le dressage, toutes deux apparues en 1912 à Stockholm. À partir de ces JO, les sports équestres ne quitteront plus le programme olympique.

Première de ces trois épreuves à avoir vu le jour sur la scène olympique, le saut d’obstacles repose sur un principe très simple. En effet, le cavalier et son cheval doivent franchir un certain nombre d’obstacles dans un ordre précis sans les renverser ou les refuser. Chaque obstacle touché entraînera une pénalité pour le cavalier, qui viendra se rajouter à celle concédée si le couple dépasse le temps imparti pour réaliser l’entièreté du parcours.

L’autre discipline ici abordée, le concours complet, s’apparente plus ou moins à un triathlon des sports équestres avec trois épreuves à la suite pour le couple cavalier/cheval. Tout d’abord, chaque cavalier devra se confronter à une épreuve de dressage, troisième discipline équestre des Jeux olympiques. Dans le cadre du concours complet, chaque couple devra effectuer une reprise, composée d’une série d’une vingtaine de figures, à laquelle un jury donnera une note. La deuxième épreuve est un cross-country, discipline exclusive au concours complet. Similaire au saut d’obstacles, elle consiste à passer des obstacles fixes dans un environnement naturel, afin de boucler un tour dans un temps déterminé au préalable. Enfin, il faut réaliser un parcours de saut d’obstacles, dont le principe est énoncé ci-avant.

La France avant 2016

Avant Rio, la France se présente comme affaiblie mais avec une certaine tradition avec laquelle le pays veut renouer. Parmi les nations les plus titrées en sports équestres avec l’Allemagne, la Suède ou encore les États-Unis et le Royaume-Uni, l’Équipe de France sort d’une période assez difficile. Après de nombreuses médailles d’or glanées jusque dans les années 60, la France cale avec seulement trois titres depuis les Jeux Olympiques de Montréal : le saut d’obstacles par équipe en 1976, le saut d’obstacles individuel pour Pierre Durand en 1988 à Séoul et enfin le concours complet par équipe en 2004 à Athènes.

Plus récemment, la France n’avait pas brillé dans les épreuves équestres. Absents des podiums à Pékin et à Londres, les Français ne firent pas mieux qu’une septième place en 2008 en dressage lors des épreuves par équipe. En saut d’obstacles ? Une septième place à Londres. Et en concours complet ? Une huitième place, toujours en Grande Bretagne. Pas forcément de bon augure pour lancer la route vers Rio.

Une double succession à assurer

Après le fiasco de Londres, les cavaliers français arrivaient au Brésil avec la ferme intention d’oublier ces olympiades ratées. L’objectif avoué ? Au moins deux médailles, qu’importe le métal et la discipline. Grâce à une génération talentueuse, la France fera encore mieux que cela.

L’ascenseur émotionnel du concours complet

Karim Laghouag, Mathieu Lemoine, Astier Nicolas et Thibaut Vallette (de gauche à droite), champions olympiques du concours complet en 2016 (Crédit : Sud Ouest)

Pour ouvrir les épreuves par équipe, la France se présentait au concours complet avec la ferme intention de rapporter au moins une médaille. Parmi les principaux challengers de l’Allemagne, double championne olympique en titre et ayant remporté tous les titres européens et mondiaux depuis Londres, les Français partirent le couteau entre les dents. Propres sur le dressage, les cavaliers français ne furent devancés que par l’Allemagne (+0,20 pts) à l’issue de la première épreuve avant de se classer troisième du cross-country. Après deux épreuves, l’Australie (150,30 pts) et la Nouvelle-Zélande (154,80 pts) font étonnamment la course en tête grâce à un excellent cross-country, devançant alors la France (161,00 pts) et l’Allemagne (172,80 pts) dans la course au titre qui allait assurément se jouer entre ces quatre nations.

Sur le saut d’obstacles, l’Australie et la Nouvelle-Zélande craquèrent une première fois, laissant entrevoir une possibilité de titre pour la France. Mathieu Lemoine concède alors huit points de pénalité en faisant tomber deux obstacles, mais les Français sont toujours dans le coup avant le passage de leur dernier cavalier, Astier Nicolas. Parfait sur le cross-country en ne concédant aucune pénalité, le benjamin de cette Équipe de France n’a pas la droit à l’erreur s’il veut assurer une médaille. En effet, l’Allemagne vient de réaliser un sans-faute et met la pression sur les Bleus qui ne comptent alors plus que 3,80 points de moins que leur voisin d’outre-Rhin. Le talent d’Astier Nicolas va alors s’exprimer et ce dernier ne concédera aucun point de pénalité, assurant à la France le podium. Mieux, Australiens et Néo-Zélandais commettront à nouveau des erreurs sur leurs derniers passages, propulsant la France sur la première marche du podium. Après Athènes en 2004, la France est à nouveau championne olympique grâce à Karim Laghouag, Matthieu Lemoine, Astier Nicolas et Thibaut Vallette.

L’or quarante ans après Montréal

Roger-Yves Bost, Pénélope Leprévost, Kevin Staut et Philippe Rozier (de gauche à droite), championne olympique de CSO à Rio (Crédit : AFP)

Absente des podiums en saut d’obstacles par équipe depuis Barcelone en 1996, la France arrivait au Brésil avec un statut très sérieux d’outsider. Si les Pays-Bas, médaillés d’argent quatre ans plus tôt mais surtout champions d’Europe et du monde en titre, font office de grandissimes favoris, les Bleus ainsi que l’Allemagne semblent armés pour jouer les troubles fêtes et cela se vérifiera très rapidement dans la compétition. Si quatre nations (Pays-Bas, Allemagne, USA et Brésil) terminent la première manche sans concéder la moindre pénalité, la France est en embuscade, se classant cinquième avec seulement un point de pénalité.

La deuxième manche sera donc décisive, et les cavaliers français seront les plus réguliers. Si les quatre nations initialement sans pénalité commettent toutes des erreurs, les Bleus ne craquent pas et Roger-Yves Bost, avec Sydney une Prince, a la possibilité d’offrir l’or à la France. Sans trembler, le cinquantenaire enchaîne les obstacles et réalise un parcours parfait, ne concédant qu’un point de pénalité au temps. Quarante ans après l’or de Montréal, le seul titre français dans cette discipline par équipe, Roger-Yves Bost, Kevin Staut, Pénélope Leprévost et Philippe Rozier – dont le père Marcel fut titré dans la même épreuve en 1976 – sont champions olympiques. Un titre qui vient conclure des JO réussis après le titre en concours complet par équipe donc, mais aussi la médaille d’argent d’Astier Nicolas dans cette même discipline en individuel.

Les chances en 2021

Cinq ans après l’euphorie de Rio, la France va repartir en mission à Tokyo pour tenter de conserver ses titres olympiques. Néanmoins, les DTN ont dû composer avec plusieurs forfaits au moment d’effectuer leurs sélections, ce qui compliquera forcément la tâche pour les Jeux. Ainsi, Thierry Pomel, sélectionneur pour le saut d’obstacles, a dû s’adapter aux blessures des chevaux de Kevin Staut, champion olympique à Rio, et Julien Epaillard, en vue depuis les dernières olympiades, tandis que Thierry Touzaint, sélectionneur pour le concours complet, a dû faire face aux absences de dernière minute d’Astier Nicolas et Thibaut Vallette, titrés au Brésil, pour les mêmes raisons.

Ainsi, les équipes de France se sont adaptées. En saut d’obstacles, la France pourra compter sur Pénéloppe Leprévost, qui montera néanmoins une monture différente de celle de Rio (Vancouver de Lanlore remplacera ainsi Flora de Mariposa), Nicolas Delmotte avec Urvoso, Mathieu Billot avec Quel Filou et Simon Delestre avec Berlux Z. Du côté du concours complet, la France composera avec Thomas Carlile sur Birmane, Christopher Six sur Totem de Brecey mais aussi le champion olympique 2004 Nicolas Touzaint sur Absolut Gold*HDC et Karim Laghouag sur Triton Fontaine, seul rescapé de 2016 même s’il concourra avec un cheval différent (Entebbe à Rio).

Concernant les chances de titres, les instances dirigeantes se veulent confiantes mais prudentes quant aux résultats attendus à Tokyo. Dans un contexte toujours aussi particulier sanitairement conjugué à des conditions météorologiques pas forcément favorables (beaucoup d’humidité) et aux nombreux forfaits français, prudence sera donc mère de sûreté. Dans ces deux disciplines, la France se présentera avec autant de certitudes que de doutes. Sur le saut d’obstacles, les Français ont bien rebondi à Rotterdam début juillet en signant une troisième place en Coupe des Nations, effaçant partiellement les désillusions de Sopot (6e) et La Baule (9e). En concours complet, il faudra réussir à composer sans Astier Nicolas et Thibaut Vallette, deux tauliers de Rio forfaits à quelques semaines de l’évènement. La France aura la possibilité de briller, mais mieux vaut être prudent afin de ne pas connaître le même échec qu’à Londres il y a maintenant neuf ans.

Pour savoir si la France réalisera le doublé Rio/Tokyo, rendez-vous du 30 juillet au 2 août pour le concours complet puis du 3 au 7 août pour le saut d’obstacles.

Crédit image en une : @Wikipédia

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