Athlétisme

Les 30 Moments marquants de 2021 : Warholm/Benjamin, duel supersonique

Après onze mois fournis en évènements sportifs, notamment à cause du report de nombreuses compétitions qui devaient avoir lieu l’an passé, le mois de décembre conclut un cru 2021 encore riche en émotions. De la septième bague de Tom Brady au titre de champion du monde de Fabio Quartararo en Moto GP, en passant par les Jeux olympiques et paralympiques, We Sport revient sur 30 moments marquants qui ont rythmé l’année civile. Aujourd’hui, retour sur une course qui a marqué les Jeux olympiques de Tokyo, le 400 m haies masculin.

Une course au record du monde

Pour comprendre pourquoi le 400 m haies des J.O de Tokyo cet été fut historique et donner un peu de contexte, il faut revenir un peu plus tôt dans l’histoire. Beaucoup plus tôt même. 6 août 1992, stade olympique de Barcelone. En finale des Jeux olympiques, déjà, l’Américain Kevin Young affole les chronos et boucle un tour de piste stratosphérique en 46.78, pulvérisant le précédent record du monde de son compatriote Edwin Moses (47.02) établi en 1983. Pour la première fois de l’histoire, un homme est passé sous les quarante-sept secondes, une performance d’autant plus spectaculaire qu’elle restera longtemps inatteignable.

En effet, pendant plus de vingt-cinq ans, ce record sera plus que jamais intouchable. Pendant plus de vingt-cinq ans, personne ne s’approchera de l’idée de pouvoir battre ce record. Pire, personne ne repassera sous les quarante-sept secondes. Les seuls à s’en approcher ? Kevin Willis himself en 1993 (47.18), puis un autre Américain, Brian Bronson, en 1998 à La-Nouvelle-Orléans (47.03). Encore plus symbolique de la performance stratosphérique réalisée par Willis en Catalogne et du creux vécu par la discipline, personne ne fera mieux que les 47.63 de Félix Sanchez (chrono réalisé aux J.O de Londres en 2012) entre 2010 et le printemps 2018. Pourtant, les temps s’apprêtaient à changer.

À partir de 2018 donc, les chronos commencent à nouveau à s’affoler. Un soir de juin au stade Charléty à Paris, une partie de la nouvelle génération s’affirme. Au cours de la même course, le Britannique* Kyron McMaster réalise un chrono encourageant de 47.54, mais c’est surtout ce qui se passe devant lui qui est impressionnant. Devant, c’est le Qatari Abderrahman Samba qui rentre dans l’histoire en bouclant sa course en 46.98, devenant ainsi le deuxième coureur de à passer sous les quarante-sept secondes. La chasse au record du monde semble pouvoir reprendre, mais ce n’est pas lui qui en sera le principal protagoniste.

En parallèle de la prouesse de Samba, deux autres coureurs se font peu à peu un nom : l’Américain Rai Benjamin et le Norvégien Karsten Warholm. Pétris de talent, ces deux hommes vont rapidement devenir les têtes d’affiche de la discipline, enchaînent par ailleurs les chronos supersoniques. Pour donner une idée du monde qui sépare ces deux là du reste du plateau, il suffit de regarder les vingt meilleurs performances mondiales de tous les temps avant les Jeux olympiques de Tokyo : Warholm en détient huit, Benjamin cinq. Encore plus impressionnant, alors même qu’un seul coureur, Samba, était passé sous les quarante-sept secondes depuis le record du monde de Kevin Willis, l’Américain et le Norvégien ont cassé cette barre à cinq reprises. Renversant.

Si ces statistiques donnent le tournis, faire le point sur les semaines qui précèdent les olympiades tokyoïtes donne encore plus la mesure de l’exploit qui se profile gentiment. Le 26 juin 2021 à Eugene, lors des sélections américaines, Rai Benjamin s’approche du record du monde en réalisant 46.83. Impressionnant, mais pas autant que ce que s’apprête à réaliser son adversaire norvégien. Chez lui, à Oslo, le 1er juillet 2021, Warholm réalise enfin ce qui semblait impossible en battant le record du monde de Kevin Willis, avec un chrono de 46.70. Les deux hommes semblent au pic de leur carrière, et, de fait, leur affrontement direct aux Jeux olympiques a tout pour être historique.

* Kyron McMaster est en réalité originaire des Îles Vierges britanniques, dont le gentilé est à la fois Britannique et Insulaire des Îles Vierges britanniques.

Une course d’anthologie

Après des séries et des qualifications assez quelconques en termes de chrono, le décor est planté pour la finale. Au cœur du duel pour le titre, on retrouve bien évidemment Karsten Warholm (couloir 6) et Rai Benjamin (couloir 5). Autour d’eux, le casting est également très séduisant : du Brésilien Alison dos Santos (couloir 7) au Turc Yasmani Copello (couloir 3) en passant par le Qatari Abderrahman Samba (couloir 8) et le Britannique Kyron McMaster (couloir 4), la lutte pour la médaille a tout pour être aussi intéressante que celle pour le titre.

Dès le coup de pistolet du starter, la course s’enflamme. Si Abderrahman Samba prend sensiblement le meilleur départ, il voit rapidement Karsten Warholm fondre sur lui et se placer en tête de la course après avoir refait son retard sur les deux hommes qui le précédait. Appliquant une tactique différente, son concurrent direct Rai Benjamin part sur des bases légèrement moins rapides, mais se porte lui aussi aux avants-postes pour finalement revenir à hauteur du Norvégien à l’entrée de la dernière ligne droite. Les deux hommes sont au coude à coude, mais Warholm va porter une nouvelle accélération décisive. Créant un écart que Benjamin ne réussira pas à combler, il file vers son premier titre olympique, ne laissant à l’Américain que des miettes, à savoir la médaille d’argent.

Si les deux hommes se sont livrés une bataille mémorable sur la piste, cela se ressent également au chronomètre. Véritable flèche sur le tartan, Karsten Warholm coupe la ligne avec un temps inhumain de 45.94 ! Pour la première fois de l’histoire, un homme passe sous la barre des quarante-six secondes, alors même que celle des quarante-sept secondes semblait encore inatteignable pour une grande majorité de coureurs il y a quelques années. Renversant. Renversant également, le temps de son dauphin Rai Benjamin. S’il dût se contenter de la seconde place, il repart de Tokyo avec un chrono hallucinant de 46.17, pulvérisant lui aussi le précédent record du monde. Grandiose.

Warholm et Benjamin ont donc contribué à faire de cette course la plus rapide de l’histoire de la discipline, mais lorsqu’on regarde leurs poursuivants, cela devient encore plus impressionnant. Troisième, le Brésilien Alison dos Santos a bouclé sa course en 46.72, record continental et quatrième meilleure performance de tous les temps. Au pied du podium, Kyron McMaster (47.08) et Abderramahn Samba (47.12), respectivement quatrième et cinquième, s’offrent eux les quinzième et vingtième performances de l’histoire. À noter également que le Turc Yasmani Copello (6e en 47.81) et l’Estonien Rasmus Mägi (7e en 48.11) ont tout deux battu ou égalé leur record national au cours de cette course. Impressionnant et historique sur tous les plans, ce 400 m haies masculin de Tokyo 2021 restera à jamais comme l’un des plus légendaires de l’histoire.

Bien aidés par des nouvelles pointes propices pour améliorer les chronos sur le tartan, les athlètes de la finale du 400 m haies masculin ont rendu la course historique de par leurs performances, dans le sillage du duel titanesque entre Karsten Warholm et Rai Benjamin. Rendez-vous après-demain pour la suite de notre série, avec un focus sur les performances du sport adapté français aux Jeux paralympiques, et notamment la médaille d'or rapportée par Charles-Antoine Kouakou.

Crédit image en une : James Lang / USA TODAY Sports

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