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JO Tokyo – En route pour le doublé : Martin Thomas dans la lignée de Gargaud et Estanguet ?

Martin Thomas

Aux Jeux olympiques de Rio il y a cinq ans, la France avait obtenu 42 médailles, record d’après-guerre, dont dix titres olympiques. Parmi ces dix champions, certains tenteront de conserver leur titre et d’autres espéreront que leurs compatriotes leur succéderont. Parmi les neuf disciplines qui viseront un doublé Rio/Tokyo (seul le deux de couple poids légers homme n’est pas qualifié pour les JO après son titre en 2016), zoom aujourd’hui sur le canoë et le C1, où Martin Thomas tentera de succéder à Denis Gargaud-Chanut.

La discipline : C1 slalom hommes

Le slalom est une discipline particulière du canoë-kayak, qui se distingue notamment des courses en ligne. Pratiqué en eau-vive, généralement une rivière naturelle ou un bassin artificiel, il voit s’élancer tour à tour des athlètes dans un canoë (ici monoplace, d’où l’appellation C1) sur un parcours qui devra être réalisé le plus rapidement possible. Sur une distance d’environ 300m, chaque athlète doit traverser entre 18 et 23 portes dans l’ordre indiqué par le numéro inscrit sur chacune d’entre elles. Ces portes peuvent être franchies de deux façons différentes : dans le sens du courant (portes blanches et vertes) ou en remontant la rivière (portes blanches et rouges). Ces dernières sont au nombre de six et le parcours doit être conçu afin qu’il puisse être complété dans un temps avoisinant les 90 secondes. À noter que si un céiste touche une porte ou en manque une, il concède des points de pénalité (respectivement 2 et 50 points) qui seront convertis en secondes (1 point = 1 seconde) et ajoutées au temps final réalisé par le concurrent.

Le canoë-kayak et les Jeux olympiques, c’est une très longue histoire. Apparu pour la première fois comme sport d’exposition en 1924 à Paris, la discipline devient officiellement olympique douze ans plus tard à Berlin et ne quittera plus jamais le programme. Initialement composé uniquement de courses en ligne (1000m ou 500m, monoplace ou biplace, masculin ou féminin), le canoë et le kayak voient finalement le slalom intégrer le programme des Jeux olympiques de 1972 à Munich. Intégration de courte durée car la discipline sera retirée jusqu’en 1992 – le temps que les futures villes hôtes s’équipent de rivières artificielles – où elle fera son retour à Barcelone pour, cette fois-ci, ne plus quitter la programmation. À noter que si le canoë en slalom est présent pour les hommes depuis maintenant sept olympiades, il sera ouvert pour la première fois aux femmes (qui ne le disputait qu’en kayak) à Tokyo cet été, tandis que le slalom en C2 (canoë biplace) disparaîtra.

La France avant 2016

Si la France est la quatrième nation ayant remporté le plus de médailles dans l’histoire de Jeux olympiques (36), le slalom y est pour beaucoup avec la moitié des médailles qui y ont été remporté en seulement sept olympiades. Le K1, masculin et féminin, et le C2 hommes ont rapporté douze breloques (dont trois en or), mais c’est bien le C1 masculin qui s’est le plus illustré. Depuis 1992 et le retour de la discipline, la France a presque toujours été sur le podium (seul Pékin en 2008 fait exception).

Après deux médailles de bronze remportées à Barcelone puis Atlanta par Jacky Avril et Patrice Estanguet, c’est le frère de ce dernier, Tony, qui en marquera l’histoire. Champion olympique en 2000, 2004 et 2012, le Pallois est, avec le Slovaque Michal Martikán, le plus grand céiste dans cette discipline. S’il échoua en 2008 à Pékin, où il était par ailleurs le porte drapeau de la délégation française, il permit de mettre la lumière sur un sport longtemps méconnu avant de passer le flambeau à Denis Gargaud-Chanut pour les Jeux olympiques de Rio.

Succéder à Denis Gargaud-Chanut

Après Tony Estanguet, Denis Gargaud-Chanut est à son tour devenu champion olympique à Rio en 2016 (Crédit : AFP)

Après la domination presque sans partage de Tony Estanguet sur le début de la décennie, Denis Gargaud-Chanut eut la lourde tâche de lui succéder après sa retraite sportive en novembre 2012. Barré par Estanguet à Londres alors même qu’il était devenu champion du monde en 2011, l’Aptois voulait prendre sa revanche au Brésil. Enfin sélectionné pour les Jeux olympiques en 2016, il fait alors partie des favoris mais doit faire face à une rude adversité. En effet, plusieurs pointures semblent en meilleure forme que lui avant le début de la compétition. Parmi elles, on peut citer Matej Beňuš, successeur désigné de Michal Martikán en Slovaquie, l’Allemand Sideris Tasiadis, vice champion du monde en 2015, mais aussi l’Anglais David Florence, champion d’Europe un an avant les J.O, et surtout le Slovène Benjamin Savšek, champion du monde et vice champion d’Europe en titre.

En qualifications, la logique semble respectée. Dans le quintet de favoris, les cinq se placent dans le top 6 avec un Denis Gargaud-Chanut auteur du deuxième meilleur temps en ayant concédé deux secondes de pénalité. En demi-finales, Florence et Beňuš craquent un peu mais assurent leur qualification pour une finale qui s’annonce très indécise. Gargaud-Chanut, lui, garde le rythme avec le troisième temps, tandis que Sideris Tasiadis domine encore les débats avec le meilleur chrono. La suite appartient désormais à l’histoire.

Seulement huitième des demi-finales, Matej Beňuš va vite, très vite en finale et s’installe confortablement sur la première marche du podium provisoire avec un temps de 95’’02’’’. Derrière, tout le monde se casse les dents dans le bassin de Deodoro : Florence craque complètement et termine en 109 secondes, tandis que Savšek passe tout juste en-dessous de la barre des 100 secondes. Denis Gargaud-Chanut se présente alors au départ avec une vraie chance de médaille et de titre. Clinique tout au long du parcours, le Français ne tremble pas et boucle son slalom en 94’’17’’’, prenant ainsi la première place après n’avoir commis aucune faute. Si la médaille est assurée, cette dernière se transformera ensuite en or après que l’Espagnol Ander Elosegi et Sideris Tasiadis aient commis des erreurs, terminant ainsi derrière le Français. Après Tony Estanguet, Denis Gargaud-Chanut devient à son tour champion olympique.

Les chances en 2021

Néanmoins, le champion olympique 2016, également champion d’Europe cette année à Ivrée en Italie, ne défendra pas son titre cet été à Tokyo. En effet, dans un groupe français extrêmement dense qui compte notamment Cédric Joly, champion du monde en titre, ou encore le jeune Jules Bernardet (19 ans), passé tout proche d’une qualification olympique, c’est Martin Thomas qui a tiré son épingle du jeu. Profitant d’un processus de qualification révisé pour remplacer Denis Gargaud-Chanut, le natif de Jarnac disputera ses premiers Jeux olympiques.

Vice champion d’Europe 2019, le Charentais n’est pas encore à son pic de forme. Battu lors des championnats de France où il ne termina que quatrième puis éliminé en demi-finales des championnats d’Europe, Thomas manque encore de repères à quelques semaines de l’évènement même si ses performances n’ont rien d’alarmantes. Comme Denis Gargaud-Chanut il y a cinq ans, Martin Thomas se battra pour la médaille et pour le titre même s’il fera également face à un plateau relevé. Parmi ses adversaires on peut noter quelques noms connus comme Savšek, champion d’Europe 2019, Beňuš et Tisiadis, médaillés derrière Gargaud-Chanut aux derniers championnats d’Europe et revanchards après leur échec de Rio, mais aussi des surprises potentielles comme le Tchèque Lukáš Rohan, médaillé d’argent aux championnats d’Europe 2020 et récent vainqueur d’une étape de coupe du monde à Prague.

En clair, Martin Thomas ne partira peut-être pas avec le même statut que Tony Estanguet ou Denis Gargaud-Chanut avant lui, mais pourrait bien offrir à la France une nouvelle médaille afin de perpétuer la tradition dans une discipline où la France a pris l’habitude d’être couronnée de succès.

Pour savoir si la France réalisera le doublé Rio/Tokyo, rendez-vous les 25 et 26 juillet dans le centre de canoë slalom de Kasaï où Martin Thomas tentera de succéder à Denis Gargaud-Chanut, lui-même successeur de Tony Estanguet.

Crédit image en une : David Le Deodic/Sud-Ouest

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