La Coupe du Monde du biathlon et le spectre des Jeux Olympiques

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Ligue 1

Les Championnats du Monde de biathlon ont pris fin la semaine dernière. Avec eux, comme chaque année, leurs lots de surprises. Certains biathlètes ont déçus, d’autres se sont relevés après quelques étapes difficiles. Saisons après saisons, les mondiaux deviennent les objectifs principaux d’un plus grand nombre de biatlètes, délaissant la course au classement général le reste de la saison. La question est donc toute simple : vaut-il mieux se battre pour un petit globe et une belle place au général ou tout miser sur LA semaine clé de la saison. 2022, année olympique, accentuera très certainement ce phénomène tant les JO sont un événement à part, le plus important dans la carrière de tout sportif.

Dominik Windish, Lauweil Bayley, Susan Dunklee… Ces biathlètes ont obtenu un titre ou une médaille mondiale sans jamais faire aussi bien en Coupe du Monde. “Bonne préparation” me direz-vous, et vous aurez très certainement raison. Mais pourquoi, dans ce cas, ne pas se préparer pour être à 100% dès le début de saison pour placer le général en tête des objectifs, quitte à se reposer avant les mondiaux si la course aux points devient perdues d’avance ?

La cannibalisation franco-norvégienne

Depuis le début des années 2000, on est habitué à voir les Français et Norvégiens dominer le biathlon mondial, laissant quelques petites miettes à leurs concurrents. Le réservoir est tel que depuis le premier sacre de Raphaël Poiré en 2000, seul un gros globe a échappé à l’une de ces deux nations (en 2007 l’Allemand Michael Greis) ainsi que 15 petits globes sur les 80 attribués. On en est venu à un point tel que leurs concurrents semblent abandonner la course aux points pour se concentrer sur certaines courses uniquement, devant leur public ou lors des échéances mondiales. Cette saison, seuls 8 non Français ou Norvégiens sont montés sur le podium de la Coupe du Monde (soit 20.5%) et seul Doll est parvenu à l’emporter. Lors des Mondiaux, un quart des places sur la boîte (3/12) a été trusté par Allemands, Russes et Autrichiens. En 2019, le constat est encore plus criant. Un peu plus d’un tiers des places sur le podium (23/63) n’ont pas été remportées par des Français ou Norvégiens. Et même, un seul “autre” biathlète (Loginov sur le sprint d’Oberhof) est parvenu à remporter une course. Aux mondiaux, on passe à la moitié des médaillés dont 3 champions du monde sur 4. Même si les , Fillon-Maillet et autre Fourcade restent en forme aussi pendant les championnats du monde, il est clair que les objectifs sont maintenant différents entre les franco-norvégiens et le reste du monde. L’Allemagne, qui était une nation forte du biathlon ne vise maintenant plus que des bonnes places sur des relais et mise tout sur les deux étapes de coupe du monde à domicile ainsi que sur les championnats du monde sans forcément beaucoup de réussite.

Chez les femmes pas de domination bleue mais plutôt italo-norvégienne. Si Wierer et Olsbu ont raflé toutes les médailles d’or, 3 athlètes ont réussi à monter sur le podium alors qu’elles n’y étaient pas parvenues en cours de saison. Susan Dunklee a même remporter sa seconde médaille mondiale après l’argent obtenu en 2017 sur l’individuelle de Hochfilzen. Mais encore une fois, la reine de ses championnats du monde, Marte Olsbu, a fait une croix sur la course aux points en zappant l’étape française du Grand Bornand pour se préparer au mieux pour Antholz. Alors, le gros globe et la médaille d’or sont-ils vraiment incompatibles ?

Les mauvais exemples Fourcade et Bø

Il faut dire qu’on ne nous a pas vraiment bien éduqué ces dernières saisons. Les gloutons que sont Johannes Bø et Martin Fourcade n’ont pas beaucoup calculé et ont joué (et gagné) sur tous les tableaux. Ultra dominateurs en Coupe du Monde, ils ont été tour à tour les grands Monsieur des Mondiaux des années précédentes. Cette année encore, ils ont remporté 2 des 4 courses individuelles. Avant l’arrivée du Norvégien, généralement, le ou les rivaux du Français lors de la saison restaient les mêmes aux mondiaux : Svendsen, Schemp, Shipulin

La collection de médailles de Fourcade et Bø aux Mondiaux de 2016 – Image L’Express

Même constat chez les femmes où Dalhmeir, Kouzmina et Domratcheva dominaient le circuit et les semaines mondiales. Est-ce vraiment un problème d’avoir des nouvelles têtes qui émergent lors d’événements importants ? Pas forcément à condition qu’ils ou elles confirment. La Suédoise Anna Oeberg s’est révélée lors des Jeux Olympiques de 2018 en Corée du Sud. Elle a confirmé l’année suivante en s’imposant comme une des leaders de la discipline.

Jeux Olympiques 2022, le véritable objectif

L’année prochaine devrait encore être surdominée par les bleus (on l’espère) et les rouges. La montée en puissance des lieutenants (devenus capitaines) de Bø et Fourcade accentue de plus en plus cette hégémonie. Qu’en sera-t-il en 2022 ? Année olympique, qui pourra jouer sur les deux tableaux ? Mis à part Johannes Bø, qui osera jouer à 100% la coupe du monde au risque de se cramer pour l’échéance olympique ? Là encore, il faudra très sûrement regarder du côté de l’hexagone et de la Scandinavie. On ne sait pas encore si Martin Fourcade vivra ces Jeux en tant que retraité ou athlète. Une chose est sûre, s’il va à Pekin, ça ne sera pas pour y jouer des places d’honneur. Les Jacquelin et Fillon Maillet devraient aussi y jouer les premières rôles. Quant à la Coupe du Monde, elle devrait a fortiori être quasi abandonnée par les “autres”. Ceux que j’ai cités plus haut auront-ils assez de ressources pour barrer la route aux opportunistes qui seront à l’affût de leur moindre erreur pékinoise ?

Le podium du sprint des JO de Pyeongchang : Peiffer, Krcmar et Windish – Image Le Dauphiné

L’IBU tente pourtant de minimiser l’impact des Jeux sur la saison. Les courses olympiques ne comptant plus pour le classement général de la Coupe du Monde, les biathlètes ne peuvent plus compter sur les JO pour augmenter leur avance ou revenir au classement général. Le meilleur contre-exemple est évidemment la dernière olympiade. Martin Fourcade, alors ultra dominateur sur les précédentes étapes (il n’a pas quitté le podium une seule fois avant les Jeux), a continué sur ses bases et remporté 3 titres olympiques. Comme quoi, on peut jouer sur plusieurs tableaux… à condition d’être une légende. Bref, vous l’aurez compris, l’équation ne sera pas simple et les impasses en décembre et janvier rythmeront elles aussi la Coupe du Monde 2022. Et peut-être que d’ici là, un nouveau glouton fera son apparition.

Durant sa carrière, même Martin Fourcade a fait de sa quête olympique son principal objectif en carrière, même s’il a parfaitement su rester performant sur l’ensemble des saisons. Il titre son autobiographie “Mes rêves d’or et de neige” mettant ainsi l’accent sur ses désirs olympiques et non sur son envie de ramener à tout pris le cristal des globes chez lui. Si on lui demandait de choisir entre un seul de ses titres olympiques et tous ses globes, il choisirait l’émotion des Jeux. Pourquoi reprocher aux autres ce que notre plus grand champion aurait fait sans hésiter ? Peut-être notre envie de suspense toujours plus grande…

Source Image en Une : Républicain Lorrain

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