Pourquoi il faut considérer sérieusement les fléchettes

On vous voit venir ! « Les fléchettes ? Un sport ? Mais la dernière fois que j’y ai joué, j’étais au PMU de St-Hilaire-les-Croisilles, et j’avais 5 grammes dans chaque saucisse ! J’appelle pas ça un sport ! ».

Alors, bien sûr, on ne va pas vous mentir. Les fléchettes ne sont pas un sport ni très physique ni très technique. Mais ce n’est pas pour ça qu’il ne faudrait le prendre très au sérieux. Explications.

Un sport populaire

Il y a déjà une évidence : les fléchettes (ou darts dans les pays anglophones) sont génétiquement une pratique d’estancot. Ça sent la bière ambrée et les cacahouètes de 3 jours ; les paris hippiques et les rires gras.

Il n’y aura, donc, aucune surprise à constater une corrélation entre attachement viscéral à ces lieux de convivialité, et ferveur pour les fléchettes. Angleterre, Pays-Bas, Belgique, Allemagne, Pays de Galle, Ecosse. Tout serait dit.

Alors que rien n’est dit ! Dans ces pays, pas question de blaguer avec les darts. Compétitions en prime time, diffusion dans tout bistroquet qui se respecte et le gratin du lanceur mondial. Ainsi, la toute puissante Professional Dart Corporation compte 7 millions de joueurs dans le Royaume britannique, et en revendique une cinquantaine à travers le monde

Le mâle blanc de plus 50 ans

Les soirs de compétition, ce ne sont pas moins de 2 millions de spectateurs qui se pressent pour suivre l’agilité des Benito van de Pas, James Wade et autres Peter Wright.

Il faut dire que le spectacle est au rendez-vous : lumières tapageuses, blondes à forte poitrine et musique à fond les ballons. Le show est complet et le cœur de cible net : le mâle blanc de plus 50 ans. Celui qu’on trouve, dès potron-minet, accoudé au zinc de n’importe quel pub à Düsseldorf, Brighton ou Charleroi. La boucle est bouclée.

My Taylor is rich

Dès lors, comment se forgent les légendes aux fléchettes ? LA légende, l’exemple à suivre, le Fedartsrer, c’est sans nul doute Phil Taylor. 59 ans, surnommé « The Power », il a enchainé les titres comme les pintes de Lager. 16 championnats du monde dont 8 d’affilée. Surtout, il a été le premier à enquiller 2 9 darts dans le même match.

Un point de règlement s’impose. Dans la catégorie reine, le 501, il faut, pour l’emporter, parvenir à partir d’un capital de départ 501, à atteindre 0, les zones dans lesquelles vos fléchettes se plantent retrachant autant de points. La combinaison 9 darts est la plus rapide pour atteindre cet objectif (3 volées de 3 fléchettes), et, par conséquent, la plus dure.

L’Anglais, qui a mis un terme à sa carrière cette année, est considéré comme le meilleur joueur de tous les temps, et l’idole de tout un pays. Une manière de Paul McCartney ou Sir Bobby Charlton, à considérer que les deux soient réunis dans un seul corps.

Darts are pop

Aussi, on aurait tort de sous-estimer les fléchettes comme pratique sportive. Les darts demandent maitrise, sang-froid et calcul. Surtout, il en retourne de toute une pop culture. Celle qui considère les choses graves légèrement, et les choses légères gravement. Il n’y a guère que le plus pop des peuples au monde, celui qui a l’a par ailleurs inventée, cette pop culture, pour hisser aussi fièrement et sérieusement la pratique d’un sport habitué des lieux interlopes en un art.

Les Anglais ont tout compris, et c’est pour ça qu’on les aime. Et les fléchettes avec !

A propos de l'auteur

Fan de foot mais aussi de Serie A, je prends autant de plaisir à voir jouer Gilles Simon qu'à attendre une arrivée au sprint entre les Alpes et les Pyrénées. Talking Heads et Panetonne.

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