Fléchettes

Les 50 moments de la décennie – Weber, Sherrock et O’Sullivan, des exploits de précision

Sherrock

Pete Weber, Fallon Sherrock et Ronnie O’Sullivan. Si ces noms ne vous disent peut-être rien, ces trois personnes ont marqué l’histoire de leur sport respectif. Entre phrase culte, performance historique et records en pagaille, retour sur trois moments qui ont marqué la décennie en bowling, fléchettes et snooker.

Who do you think you are ? I am !

Pete Weber a marqué la décennie avec une phrase culte. (Crédits : ESPN Films)

Le bowling n’est peut-être pas le sport le plus suivi ou le plus médiatisé en France, mais il a offert un des moments les plus cultes de la décennie outre-Atlantique. Ce moment, qui est en réalité une phrase prononcée par Pete Weber, eut lieu en 2012 lors de la finale du 69th U.S Open Tournament opposant ce dernier à Mike Fagan. Avant de s’y intéresser, il faut déjà donner un peu de contexte. Pete Weber est une véritable légende du ten-pin bowling. Fils de Dick Weber, considéré comme l’une des premières stars de l’histoire de ce sport, il est l’un des hommes les plus titrés avec cent titres étiquetés PBA (Professional Bowlers Association). Une performance qu’il est le seul à avoir réalisé avec Walter Ray Williams Jr.

En 2012, Weber n’est pas dans la meilleure forme de sa carrière. Loin de la première place mondiale, il ne remporte qu’un seul tournoi, caritatif, en compagnie du basketteur Blake Griffin et de l’acteur Jerry Ferrara. Un mois plus tard, il se rend au U.S Open Tournament avec un objectif qu’il poursuit depuis plus de quatre ans : remporter une cinquième fois ce prestigieux tournoi. Déjà titré à quatre reprises, il est alors à la même hauteur que son père et que Don Carter. Avec un nouveau succès, il se retrouverait donc seul en tête de ce classement. Pourtant, les choses semblent bien mal embarquées pour le natif de St Ann dans le Missouri. Entrant dans le stepladder, tableau final, avec la plus petite tête de série, il doit s’employer pour espérer rejoindre la finale. Lors de son premier match, il réussit à se défaire de Ryan Shafer, finaliste de l’édition précédente. Au tour suivant, il s’offre une victoire presque inespérée face à l’australien Jason Belmonte après que ce dernier ait manqué deux quilles dans la dixième manche. Un succès qui lui ouvrait donc les portes de la finale.

Lors du dernier match de ce tournoi, il fit face à son compatriote Mike Fagan, qui réalisait alors l’une des plus belles saisons de sa vie. Vainqueur de son premier majeur, le USBC Masters, un peu plus tôt dans la saison, il se présentait à North Brunswick en qualité de seed #1 et avec l’ambition de devenir le premier homme à remporter deux majeurs consécutifs depuis Norm Duke en 2008. Déjà vainqueur de Weber lors des match plays, Fagan rentre mieux dans la partie grâce notamment à deux strikes lors des deuxième et troisième manches. Néanmoins, une erreur de ce dernier lors de la cinquième manche permet à Weber de recoller. S’entame alors un véritable mano a mano. Plus régulier, le vétéran pense faire craquer Fagan juste avant la dixième et dernière manche en prenant l’ascendant (+12 théorique).

En difficulté, Mike Fagan frappe alors un grand coup en réalisant trois strikes dans l’ultime reprise. Dans l’obligation de répondre à cela, Pete Weber arrive face aux quilles sous pression. La tension est palpable dans la salle, et ce dernier veut se surpasser pour une raison bien particulière. Tout au long de la rencontre, il s’est invectivé contre un jeune spectateur qui semblait le déranger. De la quatrième manche à ce moment, chaque coup semblait être une réponse à ce jeune perturbateur. Dans cette ultime ligne droite, il réalise d’abord un spare et se voit alors obligé de signer un strike pour l’emporter. La boule part parfaitement, frappe au bon endroit et renverse les dix quilles : strike, Pete Weber remporte son cinquième U.S Open Tournament.

Victorieux, il peut laisser exploser sa joie. Dans un élan de rage, il va alors prononcer une phrase qui marquera à jamais l’histoire du bowling et renforcera sa légende : « WHO DO YOU THINK YOU ARE, I AM! ». Partie d’une plus longue tirade adressée toujours à la même personne, cela peut-être traduit par « Qui penses-tu être pour me critiquer, je suis le meilleur ! » Une phrase culte qui restera dans les mémoires et qui offre un moment exceptionnel d’émotion et d’amusement à tout fan de sport.

Fallon Sherrock pour l’histoire

Fallon Sherrock, première femme à battre un homme lors des championnats du monde de fléchettes (Crédits : Rex Features)

Dans le monde assez fermé et méconnu du grand public des fléchettes, Fallon Sherrock a réalisé l’un des plus grands exploits de l’histoire au cours de la décennie. Native de Milton Keynes en Angleterre, elle grandit dans l’univers des fléchettes dès le plus jeune âge, son père et sa mère pratiquant ce sport occasionnellement. À 17 ans, elle commence sa carrière sur le circuit jeune, puis gravit peu à peu les échelons pour finalement rejoindre le tour féminin de la British Darts Organization. Véritable experte, elle enchaîne alors les performances de haute volée et réussit même à se hisser jusqu’en finale des championnats du monde féminin en 2015 (défaite contre Lisa Ashton). De plus en plus reconnue sur le circuit, elle remporte quelques compétitions – dont le BDO World Trophy en 2018 – et finit par être invitée aux PDC World Championship en 2020, la compétition reine où très peu de femmes ont eu le droit de participer. L’histoire est alors en marche.

Seulement la cinquième femme à participer à la compétition, Fallon Sherrock se retrouve opposée à Ted Evetts, un jeune compatriote de vingt-deux ans classé 77e mondial. Si l’Anglais remporte le premier set, la jeune femme (vingt-cinq ans à l’époque) s’accroche et fait mieux que résister, remportant même la deuxième manche pour égaliser à 1-1. Dans la manche suivante, elle elle mènera 1-0 puis 2-1 mais ne réussira pas à concrétiser ses occasions de remporter la manche, laissant Evetts remporter ce set qui la place dos au mur. N’ayant plus le droit à l’erreur, Sherrock répète le même schéma dans le quatrième set mais réussit finalement à conclure pour forcer un cinquième set. La magie va alors opérer et après avoir mené deux zéros, l’outsider remporte finalement le set trois à un, s’adjugeant ainsi le match. La foule est en ébullition et l’exploit retentissant : une femme a battu un homme aux championnats du monde !

Sur un nuage après sa victoire historique, Fallon Sherrock se retrouva face à une montagne au deuxième tour : Mensur Suljovic. Habitué des championnats du monde, l’autrichien semblait être un obstacle insurmontable pour la jeune femme. Et pourtant… Menée 2-0 dans le premier set, l’Anglaise réalise un premier exploit en renversant totalement le score pour l’emporter 3-2. Si elle est victime du scénario inverse dans la manche suivante, la jeune femme est plus que jamais capable de marquer l’histoire une deuxième fois. Dans cette partie décidément si particulière, Sherrock se retrouve à nouveau menée deux jets à rien mais s’impose à nouveau 3-2 dans un set notamment marqué par deux 180 de la jeune femme. Désormais en position de gagner, la native de Milton Keynes ne veut définitivement pas se simplifier la tâche et aime les revirements de situation. Une nouvelle fois menée, cette fois-ci 2-1, elle déjoue encore les pronostics pour remporter le set, finissant sur un sublime bullseye, et se qualifie pour les 16e de finales !

Si elle sera ensuite battue par son compatriote Chris Dobey, son double exploit reste l’un des plus beaux de l’histoire de ce sport. Fallon Sherrock a marqué l’histoire des fléchettes et il ne serait pas étonnant qu’elle récidive lors de la prochaine décennie…

Ronnie O’Sullivan toujours plus dans la légende

Ronnie O'Sullivan

Ronnie O’Sullivan est un peu plus rentré dans la légende du snooker au cours de la décennie (Crédits : World Snooker)

Légende vivante du snooker, Ronnie O’Sullivan a un peu plus que marqué l’histoire de son sport au cours de la décennie en faisant tomber de nombreux records. Joueur fantasque, souvent critiqué, l’Anglais au style offensif a aujourd’hui inscrit son nom sur de nombreuses lignes de records.

Déjà multiplement titré depuis le début de sa carrière en 1992, O’Sullivan s’est imposé comme un expert dans les tournois de la Triple Crown (UK Championship, World Championship & The Masters). Avant 2011, il en avait déjà remporté onze. Sur la décennie qui vient de s’écouler, ce chiffre a tout simplement doublé. Vainqueur des UK Championship 2014, 2017 et 2018, il a porté son total à sept et est ainsi devenu le recordman de victoires sur cette épreuve (7). Même constat sur The Masters, où après quatre victoires sur ses dix-huit premières années de carrière il a remporté le tournoi trois nouvelles fois (2014, 2016, 2017) pour également devenir le joueur le plus victorieux de l’histoire du tournoi (7).

Si ces victoires sont prestigieuses, que dire de ses performances aux championnats du monde ? Déjà titré en 2001, 2004 et 2008, il a tout simplement doublé son nombre de victoires. En effet, il s’est imposé consécutivement en 2012 et 2013, avant de finir la décennie en apothéose avec le titre mondial en 2020 où il fit tomber de nombreux records. Plus grand nombre de participations consécutives aux championnats du monde (28), plus grand nombre d’apparitions en quarts de finale (19) et, avec sa victoire finale, il devint également le deuxième joueur le plus titré dans cet évènement (6) derrière Stephen Hendry (7).

Toutefois, les records battus par Ronnie O’Sullivan ne s’arrêtent pas là. Grâce à son titre mondial, il devint le joueur ayant remporté le plus de ranking tournaments (37), dont plus de la moitié dans des tournois Triple Crown (20), là aussi un record. Sur le plan individuel, O’Sullivan a également fait tomber quelques marques. La plus notable d’entre elles concerne les century breaks. Performance consistant à inscrire cent points ou plus en un seul passage à la table, le natif de Wordsley en est désormais le recordman. Avec plus de mille century breaks en carrière, il est le seul joueur de l’histoire à avoir dépasser ce stade. Par ailleurs, il est également le seul homme à avoir atteint les quinze maximum breaks – performance où un joueur atteint le 147 points, le maximum possible, en un seul passage – en carrière. Tout simplement du jamais vu.

Avec plus de vingt-huit saisons à son actif dans le snooker professionnel, Ronnie O’Sullivan a marqué, marque et marquera l’histoire de son sport. Véritable légende, il détient désormais une grande majorité des records de cette discipline. Ce qui lui manque ? Un dernier titre mondial pour aller chercher l’écossais Stephen Hendry, récemment sorti de sa retraite, en tête du classement. Un dernier objectif avant de commencer à songer à la retraite ?

Crédits Image en Une :Steven Paston | AP

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