Coupe du monde Rugby

Top 10 des matchs des Bleus en Coupe du Monde : France – Nouvelle-Zélande 2007, l’exploit venu de nulle part

Une Coupe du Monde, dans n'importe quel sport, reste un moment à part dans sa mémoire. Des matchs à répétition, des oppositions qu'on n'a pas l'habitude de voir, et forcément des rencontres qui sont ancrées dans les têtes des supporters.

Le rugby n'y fait pas exception, même si la première compétition du genre n'est pas si vieille que cela : 33 ans exactement. 9 éditions depuis, et des moments inoubliables, conclus sur des victoires pleines de panache, ou au contraire des défaites les plus cruelles : chacun a évidemment sa propre vision et ses propres souvenirs.

Pour faire passer ce satané confinement un petit peu plus vite, la rédaction de We Sport a décidé de relater les 10 matchs historiques des Bleus en Coupe du Monde : plusieurs époques, des joueurs et équipes différentes, mais les émotions sont encore au rendez-vous…

 

Le contexte 

“Son” Mondial, sur ses terres : la France accueille la plus grande compétition internationale de rugby en cette année 2007.

L'attente est évidemment énorme, l'engouement du public ne se dément pas, et les Bleus font des émules partout où ils passent : à Paris, Toulouse ou Marseille, les stades sont remplis de bleu pour pousser le XV de France vers l'objectif ultime, celui d'être champion du monde à domicile, comme leurs cousins manchots 9 ans plus tôt.

La poule française est difficile, mais pas insurmontable : l'Irlande, la Géorgie et la Namibie viennent compléter une poule où l'autre favori est une certaine Argentine, bête noire des Français depuis quelques années déjà.

Et dès le match d'ouverture, sous la pluie de Saint-Denis, c'est le drame : les Bleus tombent face à l'Argentine dans une rencontre où ils auront montré une énorme fébrilité, alors que l'expérience est pourtant l'une de leur marque de fabrique.

Si le XV de France remporte ses trois autres rencontres, il doit malheureusement rencontrer l'ogre de la compétition, la Nouvelle-Zélande, à Cardiff en prime !

Autant dire que les hommes de Bernard Laporte ne partent pas favoris du tout, et se retrouvent dos au mur au moment de pénétrer dans le Millenium Stadium ce 6 octobre 2007…

 

L'équipe face à la Nouvelle-Zélande

Le déroulé de la rencontre

Alors que le traditionnel haka néo-zélandais, les Français offrent une première surprise au public de Cardiff : affublés de t-shirts bleus, blancs et rouges, ils s'avancent au-devant des All Blacks jusqu'à se coller à eux, alors que ces derniers exécutent leur danse de manière très intense.

Le ton est donné, et l'arbitre de la rencontre, Wayne Barnes, a toutes les peines du monde à sortir les 30 acteurs de leur transe après ce moment ô combien transcendant…

Le début de match est féroce, et chaque impact est terrible : Serge Betsen, le guerrier français, est sonné suite à un plaquage, et doit sortir au bout de 4 minutes seulement. Celui qui le remplace, un certain Thierry Dusautoir, ne sait pas encore qu'il sera l'homme du match au bout des 80 minutes, après avoir découpé de la viande pendant toute la partie…

C'est Dan Carter qui ouvre le score de ce 1/4 de finale, où les Bleus sont dominés physiquement et tactiquement (0-3, 14ème) : les contacts sont toujours aussi rudes, avec notamment la troisième ligne néo-zélandaise composée de golgoths musculeux.

Suite à un dégagement au pied de Beauxis, le ballon arrive en touche, dans les bras d'un Néo-Zélandais : celui-ci joue rapidement, et le cuir termine dans les mains de Carter, replacé pour la contre-attaque. Fixant parfaitement la défense, il lance McAllister dans l'intervalle, qui navigue parfaitement et cherche à retrouver le soutien.

Il retrouve alors Jerry Collins, qui poursuit l'action tout en puissance : au moment de tomber, il remet au centre All Blacks, qui avait bien suivi, et peut terminer l'action sur la ligne d'essai française (0-10, 17ème).

On a peur que cet essai fasse démarrer une déferlante de la part des hommes de Graham Henry, qui semblent bien au-dessus des Bleus en ce début de rencontre : chaque attaque des Blacks fait passer un frisson dans la défense française, et Carter peut aggraver le score par une nouvelle pénalité à la demi-heure de jeu (0-13).

Juste avant la mi-temps, Beauxis convertit une pénalité qui redonne du baume au cœur à son équipe : le premier acte, épuisant physiquement, ne se conclut “que” sur le score de 3-13, et l'espoir est permis.

Dans les vestiaires, les Bleus se remettent de leurs émotions et se promettent de ne rien lâcher, sachant bien que les Blacks peuvent parfois pêcher par orgueil : la suite leur donnera raison.

 

L'exploit impensable se produit

Premier indice d'un possible retournement de situation : les Bleus sont bien plus conquérants et semblent désormais regarder leurs adversaires dans les yeux.

Sur une touche dans les 22 des Néo-Zélandais, un ballon porté enfonce les Blacks jusque dans leurs 5 mètres : M. Barnes donne l'avantage aux Bleus, et Elissalde joue le coup sur l'extérieur. Beauxis récupère le ballon, et tape un petit coup de pied par-dessus de la défense : Jauzion, lancé pour essayer de récupérer le ballon, subit une obstruction manifeste de la part de McAllister. M. Barnes n'hésite pas une seconde et sort le carton jaune à l'encontre du centre, qui laisse ainsi ses partenaires à 14 pour 10 minutes.

Beauxis passe la pénalité, et revoici les Bleus à 7 petits points de leurs adversaires, qui semblent avoir un peu plus de mal dans ce début du deuxième acte (6-13, 46ème).

Plus en phase avec leurs intentions, les Français commencent à développer leur jeu de manière plus efficace : suite à un ballon récupéré devant les 22 des Blacks, Jauzion sort le cuir vers Szarzewski alors que la défense adverse n'est pas en place.

Le talonneur se lance à l'assaut de la ligne et se fait plaquer, regroupant un peu plus encore la ligne de défense : le jeu rebondit dans le sens par Elissalde, qui transmet à Jauzion, puis le cuir vole jusqu'à… Thierry Dusautoir, qui rentre sa course pour planter le premier essai des Bleus dans ce 1/4 de finale, déclenchant la folie dans le stade, mais aussi dans la France entière (13-13, 54ème) !

Assommés mais pas KO, les Néo-Zélandais reviennent à leurs esprits et repartent de l'avant : dans un jeu restrictif où ils peuvent profiter de leur puissance à volonté, les Blacks se rapprochent dangereusement de la ligne des Bleus.

Dans un dernier effort, Leonard lance So'oialo qui termine sur la ligne malgré les plongeons désespérés des défenseurs bleus : fort heureusement, la transformation est ratée côté All Blacks, ce qui laisse les Français à portée d'un essai transformé (13-18, 63ème).

La rencontre atteint un paroxysme d'intensité à l'orée du dernier quart d'heure : les deux équipes ne veulent pas commettre d'erreur, et sont tellement proches qu'il faudra un petit clin d'oeil du destin pour les départager.

Ce clin d'oeil arrivera sur une action française, l'une des actions légendaire qui personnifie le French Flair. Mêlée aux 40m pour les Bleus, qui prennent l'ascendant et sortent le cuir par Harinordoquy : la Basque bondissant transmet à Traille, qui prend la ligne et sert Michalak, rentré quelques minutes plus tôt, dans l'intervalle.

La passe, à la limite de l'en-avant (vous avez dit mauvaise foi ?), termine donc dans les mains de l'ouvreur remplaçant : ce dernier accélère, évite le retour désespéré de Leonard, mais voit la défense se resserrer autour de lui.

Mais c'était sans compter sur le soutien de Yannick Jauzion, qui avait senti le coup, comme toujours : Michalak l'entend, se retourne et transmet en tombant au niveau des 15m.

Le centre français n'a plus qu'à plonger dans l'en-but (et prendre une charge en règle du dernier défenseur Black) pour égaliser : Elissalde, un autre Toulousain de ce XV de France, parachève le chef d'oeuvre en convertissant la transformation (20-18, 69ème).

11 minutes à jouer, 11 minutes à tenir pour les Bleus : les Blacks jettent évidemment toutes leurs forces dans la bataille, et jouent le tout pour le tout.

Rokocoko fait passer un vent de panique dans la défense, mais il est rattrapé par le bout du short par un Français, un drop trop court ou des attaques de tous les côtés font plier le roseau bleu, qui ne se coupe pas.

Alors que le chrono défile, Bernard Laporte lance ses derniers guerriers sur le terrain, dont la coqueluche Sébastien Chabal : les Néo-Zélandais, contenus dans leur camp, jouent avec l'énergie du désespoir avec ce dernier ballon. Caveman, qui prend le joueur Black et lui arrache le ballon au moment de le plaquer : Elissalde, en couverture, prend ce si précieux cuir et fonce vers la ligne de touche en travers du terrain.

Cette course, que tout supporter des Bleus connaît par cœur et fait toujours autant remonter d'émotions, termine au moment où le demi-de-mêlée bleu expédie le cuir dans les tribunes, pour un authentique exploit qui restera comme l'un des plus beaux et des plus intenses au vu de sa physionomie.

 

La victoire, fêtée dans les règles de l'art à Cardiff et en France, ne débouchera hélas pas sur la célébration que tout le rugby bleu attendait, avec cette défaite aussi frustrante que rageante quelques jours plus tard en 1/2 finale face à l'Angleterre…

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