Avec un bilan de (11-5), les Washington Wizards réalisent leur meilleur début de saison depuis 1974-1975 et se classent actuellement troisième de la Conférence Est, ayant même occupé la tête du classement la semaine dernière. Après plusieurs années compliquées, les pensionnaires de la Capital One Arena semblent enfin avoir trouvé la recette du succès, mais comment et est-il possible d'espérer une pérennisation de ces résultats dans le futur ?

Un Bradley Beal libéré

Loin d’être parmi les favoris des bookmakers pour aller en playoffs, les Wizards sont en train de déjouer les pronostics en ce début de saison. Si le départ de Russell Westbrook – bien que souhaité par une partie de la fanbase de la franchise de Washington – avait soulevé des doutes quant à la compétitivité de l’équipe, ce dernier semble finalement avoir fait le plus grand bien à Bradley Beal et ses coéquipiers.

En effet, assez loin d’avoir affiché une entente idyllique avec celui qui enchaîne les saisons en triple-double de moyenne et, par conséquent, phagocyte le jeu ainsi que le ballon, la star des Wizards semble bien plus à l’aise sur le terrain, notamment grâce à l’apport de ses néo-coéquipiers. Arrivés dans l’échange ayant envoyé Westbrook à Los Angeles, Montrezl Harrell et Kyle Kuzma apportent tous les deux quelque chose de bénéfique à leur nouvelle franchise. En sortie de banc, Harrell, ancien meilleur sixième homme de l’année, renoue avec ses heures les plus glorieuses. Diablement efficace en attaque (139.9 d’offensive rating, n°1 en NBA) et au rebond, il avoisine ses moyennes de 2019/2020, année qui l’avait vu être couronné comme le meilleur remplaçant de la ligue. Sa présence dans la second unit est primordiale et permet à Washington de garder le cap lorsque les titulaires doivent souffler.

De son côté, Kyle Kuzma s’affirme (étonnamment) comme une solide option au poste 4. En l’absence de Rui Hachimura, le 27e choix de la Draft 2017 tourne à près de 14 points et 9 rebonds de moyenne, faisant taire certaines critiques qui entouraient son niveau de jeu à l’aube de sa première saison loin de la Californie. En complément, Spencer Dinwiddie, arrivé lui aussi pendant l’intersaison en provenance de Brooklyn, retrouve peu à peu des sensations après une saison presque blanche (trois matchs joués avant de se blesser au genou) et s’installe en tant que titulaire à la mène depuis le début de saison. Encore loin des moyennes qu’il affichait à ses plus belles heures avec les Nets, il pèse déjà plus de plus de 15 points de moyenne et 5 passes décisives par match, de quoi permettre à Bradley Beal d’être plus actif dans d’autres secteurs de jeu.

Oui, car la différence pour Beal est bien là en ce début de saison. Encore en rodage (23,7 pts/match, 42,8% au tir et 27,8% à 3pts) et absent à trois reprises des parquets, le natif de St. Louis a moins de pression sur les épaules et peut donc s’investir dans d’autres secteurs de jeu que le scoring, à commencer par la défense. Loin d’être une référence, le n°3 se donne et aide à l’effort collectif, un effort qui participe à faire des Wizards l’une des défenses les plus solides de ce début de saison (voir ci-après). Mieux, sa franchise est capable de gagner en son absence (3-0), signe que le supporting cast est plus qu’à la hauteur.

Une défense, un coach et un groupe

L’autre point frappant lorsqu’on regarde le début de saison des Wizards, peut-être même plus impressionnant que le niveau offensif autour de Bradley Beal, réside en la capacité des Sorciers à défendre. Souvent moqué ces dernières saisons suite à de piètres performances, la franchise étant dans le dernier tiers de la ligue au defensive rating lors de ses trois dernières saisons, Washington a aujourd’hui changé de mentalité. Dans le sillage de son nouveau coach, Wes Unseld Jr., les Wizards possèdent aujourd’hui le quatrième defensive rating de la ligue (104.0), devancés uniquement par les Warriors, Clippers et Suns. Des chiffres que D.C. n’avait plus connu depuis la saison 2014/2015 (102.4, 5e en NBA), lorsque Nenê Hilario et Marcin Gortat occupaient la raquette sous la houlette de Randy Wittman.

Alors, comment expliquer ce regain de vitalité défensivement ? La principale raison s’appelle, comme à peine évoqué, Wes Unsel Jr., fils de la légende de la franchise Wes Unseld. Dans une franchise qu’il connaît par cœur, son père ayant été joueur – apportant à la franchise le seul titre de son histoire –, vice-président, coach et manager général, Unseld Jr. a su insufflé ses valeurs, surtout sur le plan défensif. Assistant réputé, notamment à Denver où il officia six ans aux côtés de Mike Malone, aidant à la création d’une défense encore aujourd’hui parmi les plus solides de la ligue, sa mentalité fut parfaitement transposée dans la capitale fédérale. Depuis sa prise de fonction, Washington tient bon, limitant notamment les percées adverses vers le cercle et forçant ses opposants à tirer à mi-distance.

Parmi les facteurs permettant aux Wizards de tenir le coup en défense, on peut citer l’excellent apport de Daniel Gafford au poste de pivot. Arrivé en cours de saison dernière, l’ancien Bull est le point d’ancrage de cette défense à un poste plus qu’en délicatesse l’an dernier. Autour de lui, d’autres joueurs donnent à Washington une dynamique intéressante en défense, parmi lesquels Kentavious Caldwell-Pope, également arrivé dans l’échange ayant envoyé Russell Westbrook chez les Lakers, ou encore Aaron Holiday.

Plus que de citer des noms, il est intéressant de louer le groupe que Wes Unseld Jr. est en train de créer à quelques encablures de la Maison Blanche. En seulement quelques semaines, Washington a montré sa capacité à évoluer en tant qu’équipe, ne se reposant plus uniquement sur le talent de Bradley Beal en attaque et voyant tous les membres de l’effectif donner du leur en défense. De quoi laisser présager un futur proche radieux et de nourrir quelques ambitions à court-terme ?

Des raisons d’y croire ?

De la bouche de certains fans et insiders locaux suivant assidûment la franchise depuis plusieurs années, les Wizards version 2021-2022 ont quelque chose de différent. Dans une ville qui n’a vu son équipe de basketball remporter qu’une fois sa division et ne passer qu’à cinq reprises un tour en playoffs depuis 1979, année de la dernière finale atteinte par ceux qui s’appelaient encore Bullets, l’espoir semble plus que de mise, surtout que D.C. a les moyens de faire encore mieux.

Tout d’abord, et comme évoqué précédemment, Bradley Beal, le franchise player, n’a pas encore trouvé son rythme. Capable de coups de chaud comme face à Boston le 30 octobre dernier (36 pts, 7 rbd, 6 ast en 46 minutes), Beal n’a shooté qu’à deux reprises au-dessus des 50%, ne se montrant guère plus à l’aise derrière l’arc. Réputé comme un diesel ayant besoin de temps avant de prendre sa vitesse de croisière, sa mise en marche définitive pourrait donner une nouvelle dimension à l’attaque de Washington, seulement dans la moyenne aux points marqués et à l’offensive rating.

Par ailleurs, Washington compose actuellement sans deux de ses titulaires de l’an dernier. Sujet à des problèmes personnels depuis le début de l’exercice actuel, le Japonais Rui Hachimura n’a toujours pas foulé les parquets cette saison. Habituel occupant du poste 4, il devrait faire son retour dans les semaines à venir et, par la même occasion, offrir aux siens encore plus de sécurité en défense afin de poursuivre sur la lancée du début de saison. Même son de cloche pour Thomas Bryant, pivot titulaire l’an dernier et dont le retour n’est pas attendu avant janvier. Précieux l’an passé, la franchise n’a aucun intérêt à précipiter ses retrouvailles avec la Capital One Arena, le duo Gafford-Harrell fonctionnant pour l’instant à merveille.

Néanmoins, si Washington ne semble pas encore avoir maximisé son potentiel, certaines interrogations restent en suspens. Actuellement dans le peloton de tête à l’Est, les Wizards seront-ils capables de tenir le rythme ? Si l’effectif s’est densifié et que tout le monde est impliqué par le nouveau coach, la franchise semble moins armée que d’autres prétendants et pourrait être sujette à un coup de mou en cours de saison. Le potentiel effet de surprise provoqué par cette réussite inattendue devrait également disparaître, et Washington devra alors trouver de nouvelles solutions face à des adversaires qui arriveront préparés pour les faire chuter. Également à noter, la défense semble évoluer légèrement au-dessus de son niveau supposé, l’effort d’équipe cachant pour l’instant certaines lacunes qui pourraient grossir à mesure que la saison avancera.

Si les Wizards n’étaient pas attendus aussi haut et qu’ils pourraient légèrement rentrer dans le rang, il faut aujourd’hui reconnaître que le début de saison réalisé par les hommes de Wes Unseld Jr. est prometteur et que Washington s’affirme désormais comme un candidat plus que crédible aux playoffs, un statut auquel D.C. était loin de prétendre après sa pré-saison sans la moindre victoire.

Un intersaison bien négocié, un groupe qui s’adapte parfaitement à un coach qui a su redresser une défense presque en perdition et une star mieux entourée, la recette du succès semble avoir été trouvée par Washington en ce début de saison. Plus que prometteur, ce premier mois de compétition crée de l’espoir dans la capitale fédérale, un espoir nouveau et légitime qui devra maintenant se confirmer à mesure que la saison avancera.

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