Judo

JO Tokyo – En route pour le doublé : Teddy Riner & Romane Dicko

Romane Dicko

Aux Jeux Olympiques de Rio il y a cinq ans, la France avait obtenu 42 médailles, record d’après-guerre, dont dix titres olympiques. Parmi ces dix champions, certains tenteront de conserver leur titre et d’autres espéreront que leurs compatriotes leur succéderont. Parmi les neuf disciplines qui viseront un doublé Rio/Tokyo (seul le deux de couple poids légers homme n’est pas qualifié pour les JO après son titre en 2016), zoom aujourd’hui sur le judo où Teddy Riner tentera d’accroître sa suprématie et où la jeune Romane Dicko voudra s’illustrer.

Les disciplines : judo +100 kg & +78 kg

Art-martial japonais dont l’invention remonterait à la fin du XIXe siècle (il commença à être enseigné dans les écoles au Japon en 1882), le judo, ou voie de la souplesse dans sa traduction littérale, n’a fait son apparition aux Jeux olympiques qu’en 1964. Alors sport de démonstration pour les olympiades de Tokyo, il intégrera définitivement le programme olympique huit ans plus tard, lors des JO de Munich en 1972. On y retrouve alors de nombreuses catégories de poids chez les hommes, dont celle des lourds (aujourd’hui +100 kg), mais il faut attendre quelques années pour voir des femmes sur les tatamis. En effet, les premières compétitions de judo féminin eurent lieu à Barcelone en 1992, notamment pour la catégorie des lourds (+78 kg).

Le règlement appliqué aux Jeux olympiques est le même que celui utilisé en compétitions officielles tout au long de la saison, à savoir celui décidé par l’IJF (International Judo Federation). Chaque combat dure cinq minutes chez les hommes ou quatre minutes chez les femmes, mais peut prendre fin prématurément si l’un des combattants subit un ippon. Ce dernier survient si un judoka envoie son adversaire au sol avec force, vitesse et contrôle, provoquant un impact sur le dos de ce dernier. Si un judoka provoque une chute mais qu’il manque certains de ces éléments, l’arbitre peut accorder un waza-ari (et anciennement un yuko). Toutes ces situations sont transposables en cas d’immobilisation au sol, différentes durées pouvant amener à un ippon (20 sec) ou à un waza-ari (de 10 à 19 sec).

La France avant 2016

Depuis l’arrivée du judo aux Jeux olympiques, la France ne cesse de truster les podiums. Si les judokas et judokates français sont encore loin du Japon, seul en tête au classement des médailles (84 médailles dont 39 en or), les Français se classent deuxièmes (49 breloques dont 14 dorées), devançant ainsi la Corée du Sud, la Chine ou encore la Russie.

Chez les lourds, la France s’est construite un très solide palmarès au fil des années, surtout chez les hommes. Si aucun judoka français n’intégra le podium lors des trois premières éditions, Angelo Parisi devint le premier champion olympique dans cette catégorie de poids à Moscou en 1980. Le Franco-Britannique obtint également l’argent en 1984 avant de passer le flambeau à un géant du sport français : David Douillet. En trois JO (1992, 1996 et 2000), il obtiendra d’abord le bronze avant de devenir double champion olympique. Un chemin que suivra également Teddy Riner quelques années plus tard dans la même catégorie, le Guadeloupéen obtenant également le bronze (2008) avant d’être deux fois sur la plus haute marche du podium.

Chez les femmes, les judokates ont également accumulé quelques médailles, sans pour autant décrocher le moindre titre. Lors des deux premières compétitions féminines aux Jeux olympiques, la France s’invita sur la troisième marche du podium chez les lourds grâce à Nathalie Lupino (1992) puis Christine Cicot (1996). Des débuts prometteurs mais malheureusement annonciateurs d’une période creuse. Entre 2000 et 2012, la France ne décrocha aucune médaille dans cette catégorie et dut se contenter de places d’honneur. Pas de quoi décourager la future représentante française qui arriva à Rio avec une soif de victoire.

Se succéder à soi-même et à Émilie Andéol

Teddy Riner et Émilie Andéol, médaillés d’or aux Jeux olympiques de Rio (Crédit : Midi Libre)

Qualifiés pour Rio grâce à leur classement mondial, Teddy Riner et Émilie Andéol arrivaient avec de l’ambition. Pour ses premiers Jeux, la Bordelaise venait compléter un palmarès qui ne cessait de s’étoffer depuis quelques années. Championne d’Europe en 2014, en bronze lors des championnats du monde la même année puis première lors des Jeux européens 2015, Andéol surfait sur une bonne dynamique malgré une élimination précoce aux championnats d’Europe 2016 (battue en repêchages), quelques mois avant les JO.

Au Brésil, son tournoi débute doucement avec deux victoires aux pénalités, face à la Mexicaine Vanessa Zambotti puis contre la Tunisienne Nihel Cheikrouhou. Dans le dernier carré, la Française ne laissa aucune chance à ses adversaires. Après deux combats remportés aux shidos, elle terrassera coup sur coup deux adversaires coriaces. Tout d’abord, elle se défit de la Chinoise Yu Song, championne du monde en titre, par ippon. Ensuite, elle finit par battre la Cubaine Idalys Ortiz, championne olympique à Londres, grâce à une immobilisation dans le golden score. En larmes, Émilie Andéol remporta ainsi à 29 ans le plus beau titre de sa carrière.

Parallèlement à l’avancée d’Émilie Andéol, Teddy Riner entamait lui la quête de son deuxième titre olympique. Porte-drapeau de la délégation française et invaincu depuis plusieurs années sur les tatamis, le Guadeloupéen était au sommet de son art et personne ne semblait en mesure de l’arrêter. Aux Jeux, la logique sera rapidement respectée. Vainqueur de l’Algérien Mohammed Amine Tayeb par ippon au deuxième tour puis du Brésilien Rafael Silva par waza-ari en quarts, le tenant du titre fila tout droit vers une nouvelle médaille olympique. En demi-finale, il s’imposa à nouveau sur waza-ari face à l’Israélien Or Sasson et se qualifia pour une deuxième finale olympique consécutive. Opposé au Japonais Hisayoshi Harasawa, Riner sera accroché mais s’imposera finalement aux pénalités (deux shido pour Harasawa, un seul pour Riner). Quatre ans après Londres, Riner domine alors toujours autant la discipline.

Leurs chances en 2021

Depuis Rio, de l’eau a coulé sous les ponts pour Teddy Riner. Souvent loin des tatamis, le judoka n’a que très peu combattu et a même concédé deux défaites en 2020, mettant notamment fin à une série de 154 victoires en compétitions officielles. Néanmoins, le grand Riner (2m04) aura toujours pour ambition de conserver son titre olympique à Tokyo, afin d’arriver à Paris en 2024 – pour le clap de fin de sa carrière – en tant que tenant du titre. Malgré son relatif manque de compétition (seulement huit combats depuis 2018, soit autant que sur toute l’année 2017), le Français sera l’un des favoris au Japon. Sur leurs terres, les Japonais seront ses plus sérieux concurrents à l’image de Kokoro Kageura, 3e mondial, champion du monde en titre et tombeur de Riner au Grand Slam de Paris en 2020, mais aussi Hisayoshi Harasawa, 2e mondial et finaliste à Rio il y a cinq ans. Les Russes Tamerlan Bashaev et Inal Tasoev pourraient également se mêler à la lutte, tout le monde voulant faire tomber un Teddy Riner qui considère déjà cette échéance comme « le plus grand défi de sa carrière ».

Chez les femmes, Émilie Andéol, retraitée le 12 août 2018, laissera sa place à la jeune Romane Dicko. À seulement 21 ans, la native de Clamart affiche déjà un palmarès plus qu’intéressant. Championne de France des +78 kg en 2016 alors qu’elle n’est que cadette, elle remportera par la suite son premier titre de championne d’Europe en 2018. Gênée par des blessures assez importantes, elle revint finalement en forme l’année dernière en remportant le prestigieux Grand Slam de Paris puis en devenant une nouvelle fois championne d’Europe. Vainqueur du Masters de Doha puis des Grands Slams de Tel-Aviv et Kazan en 2021, Romane Dicko arrivera à Tokyo avec de l’ambition pour ses premiers Jeux. Parmi ses principales concurrentes pour le titre et la médaille, on peut citer la n°2 mondiale Sarah Asahina, championne du monde en titre, mais aussi sa compatriote japonaise Akira Sone ou la vétérane cubaine Idalys Ortiz, n°1 du classement IJF chez les +78 kg. Pas de quoi décourager Romane Dicko pour autant, qui arrivera au Japon dans le but de performer face aux meilleures judokates du monde.

Pour savoir si la France réalisera le doublé Rio/Tokyo, rendez-vous le 30 juillet pour suivre la quête d’un troisième titre consécutif chez les +100 kg pour Teddy Riner et voir si Romane Dicko succédera à Émilie Andéol chez les +78 kg.

Crédit image en une : Getty Images

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